‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 35 sur 173 · I. LA TRAHISON · texte numérisé non relu

I. LA TRAHISON

Naimes, ni d'aucun des douze pairs, ni de l’archevêque Turpin. Tous s'étant offerts et tous ayant été refusés, qui donc ira porter le message ?

I1 faut, pour l’ambassade, un baron de France. ‘Or n’en est-il pas un, haut seigneur, beau-frère de l’empereur, auquel i1 soit naturel de penser ? Si Naimes, qui a fait prévaloir finalement au conseil l’avis de traiter avec Marsille, s’est cru engagé d’honneur, pour cette seule raison, à s’offrir comme messager, n’en est-il pas un autre, le promoteur même de l’idée, que son initiative semble désigner, avant tous les autres, au choix de l’assemblée ? Comment ne pas songer à Ganelon, malgré son silence ? Aussi, quand Charlemagne, n’ayant voulu ni de Naimes, ni de Roland, ni d'Olivier, ni de Turpin, ni d'aucun des pairs, commande : « Élisez-moi un baron de ma marche ! », Roland n’a qu’à dire : « Ce sera Ganelon, mon parâtre ! » pour qu’aussitôt les Francs approuvent cette réponse d’une approbation unanime.

Mais alors, en face des preux, si magnifiquemen purs et loyaux, apparaît, bien différent d’eux, déjà inquiétant, mais soudainement suspect, le personnage de Ganelon, violent, insolent, “ haineux, beau seigneur dont la fierté hautaine » dissimule mal une âme trouble, Ganelon, en s'en- » tendant nommer, conçoit un violent dépiÿ, J] » rejette de ses épaules le grand manteau de martres

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qui lé recouvre; et le voici dans son bliaut de soie. Il est de large et noble stature : tous le regardent tant il est beau. Sa prunelle est ardente et ses traits expriment le courroux. Il prend à partie Roland, l’accuse de noirs desseins ; et comme Roland, qui le juge, accueille ses menaces avec une ane dédaigneuse, sa fureur est portée à son comble.

(Il dit à Roland ) : « Insensé, quelle rage te saisit ? On le sait bien que je suis ton parâtre ! Et c’est parce que je le suis que tu veux m'envoyer à Marsille. Mais, si Dieu permet que j’en revienne, je t'en ferai repentir pour le reste de ta vie. »

Roland lui répond : « Voilà de l’orgueil et de la frénésie ! Nul n’ignore que la menace ne me touche point. Mais, pour porter un message, il faut un homme Taisonnable : si le roi veut, je le porterai à votre place |! »

Et Ganelon : « Tu n’iras pas à ma place ! Tu n’es pas mon vassal et je ne suis pas ton seigneur. Charles m'a commandé pour son service : j'irai donc à Saragosse trouver le roi Marsille. Mais je

m'aviserai de quelque tour qui me soulagera le cœur. »

Quand Roland l'entend, il se ne à rire.

Voyant que maintenant Roland rit, Ganelon est si cruellement blessé qu'il ne se sent plus de colère et qu’il en perd presque la raison. H dit au

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