I. LA TRAHISON
comte : « Je vous déteste parce que vous avez fait tomber sur moi un choix injuste. »
Ganelon a menacé Roland. Mais qu’y a-t-il dans ses paroles de vain ou de sérieux, de colère aveugle ou d'intention précise ? On ne le sait pas encore et Ganelon lui-même ne le sait pas. Ce qu’on a compris, du moins, c’est que le courage de ce seigneur superbe est défaillant : il redoute la mission dont on veut le charger. Cédant successivement à des impulsions diverses, il sent, un instant, qu’il se doit de faire belle contenante ; l’instant d’après, comme il aime la vie et qu’il craint de la perdre, c’est le désespoir qui l’envahit ; mais finalement, quand il songe à Roland, à celui qu’il tient pour l'artisan de son malheur, son cœur, se vidant de toute autre passion, ne bat plus que de haine et n’aspire plus qu’à la vengeance. Comment Charlemagne, qui sait si bien le reprendre de sa faiblesse et de son emportement, ne s’aperçoit-il pas qu’un sentiment plus redoutable commence à germer en lui ?