XXII-XXIII
« Droit empereur, me voici devant vous : je veux accomplir votre commandement. Je sais qu’il faut que j'aille à Saragosse. Mais quand on y va, l'on n’en revient point. N'oubliez point, surtout, que j'ai pour femme votre sœur et que j'en ai un fils comme il n’y en a pas de plus beau. C’est Baudouin, qui sera un preux. Je lui lègue mes alleux et mes
fiefs. Protégez-le : mes yeux ne le reverront plus. »
Charles lui répond : « Vous avez le cœur trop tendre. Du moment que je l’ordonne, il vous faut aller... »
« Seigneur, c’est Roland qui a tout fait | Je le détesterai toute ma vie, et aussi Olivier, parce qu'il est son compagnon, et aussi les douze pairs, parce qu’ils l’aiment tant. Je les défie, Ses ne en votre présence |! »
Le roi lui répond : « Vous avez trop de colère.
, Allez, vous le devez, puisque je vous le commande ! »
L'empereur tend à Ganelon le gant de sa main droite, qui sera, avec le bâton, le signe de son ambassade. À ce geste solennel, qui le consacre malgré lui dans une dignité qui l’accable, le comte perd possession de lui-même. Au lieu de saisir le gant, il le laisse choir à terre. Présage funeste! Les Francs se disent entre eux : « Dieu! qu'est-ce que cela signifie ? Un grand malheur nous viendra de cette ambassade ! » Et Ganelon leur répond : « Seigneurs, vous en entendrez parler ! ».
Le voilà enñn prêt à partir : il demande son congé. L'empereur le bénit et, faisant sur lui le signe de la croix, il lui remet le bâton en même temps que le bref destiné à Marsille,
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