I. LA TRAHISON
contre Charles que contre Roland. Et c’est pour ce résultat qu’il joue son existence. Si, finalement, lisant le bref même de-Charlemagne, Marsille et ses barons s’aperçoivent que le messager a menti, Ganelon se souciera peu des colères qu’il aura soulevées par sa fausseté, du moment qu’il restera dans les cœurs quelque chose de la fureur qu’il y aura allumée contre l’orgueil de Roland.
. (Ganelon dit à Marsille) : « Salut, au nom de Dieu, le Glorieux, que nous devons adorer ! Charles, le preux, vous mande ceci : recevez la sainte loi des chrétiens et il vous donnera en fief la moitié de l'Espagne. Si vous ne consentez pas à cet accord, vous serez pris et lié de vive force ; vous serez mené à Aix : un jugement mettra fin à votre vie et vous mourrez dans la honte et l’ignominie. »
Le roi Marsille a frémi. Il tenait un dard empenné d’or. Il en aurait frappé Ganelon si on ne l’avait retenu.
Le roi Marsille a blêmi. Il a dardé son javelot. Quand Ganelon le voit, il met la main à son épée. Il l’a tirée du fourreau la longueur de deux doigts. Il lui dit : « Vous êtes belle et claire. Je vous aurai longtemps portée en cour royale : l’empereur de France ne pourra pas dire que je suis mort en terre étrangère, seul comme je le suis, sans que les meil-
leurs vous aient achetée à votre prix. »
Les païens disent : « Empêchons la mêlée ! »