I. LA TRAHISON
| est terminée ; ils quittent la terre d'Espagne : ils . chevauchent vers la France. Le soir, ils atteignent le pied des monts. Le comte Roland plante au sommet d’un tertre l’enseigne de l’empereur et les Francs dressent leurs tentes tout à l’entour.
Cependant, par les profondes vallées, les paiens, eux aussi, chevauchent, équipés en guerre, armés de leurs hauberts, de leurs heaumes, de leurs écus, de leurs lances. Ils font halte dans les montagnes, au milieu d’une forêt. Ils sont là quatre cent mille hommes, qui attendent.
Hélas ! les Français ne le savent pas. Et pourtant, certains avertissements sont venus à Charlemagne.
La nuit, tandis qu’il dormait, il a rêvé qu’il se trouvait aux grands ports de Cize, tenant au poing sa lance de frêne; et voici que le comte Ganelon la lui arrachait et la brisait avec une telle violence qu’elle volait en éclat.
Il a aussi rêvé qu’il se trouvait à Aix-la-Chapelle : un ours, symbole de l’hostilité, venait le mordre au bras droit; et de l’ Ardenne sortait un léopard;- autre animal funeste, qui l’attaquait furieusement au corps. Alors un lévrier, image de la fidélité, s’élançait de la salle et engageait
avec le léopard un combat terrible, dont l’issue demeurait inconnue.
Mais Charles n’a pas saisi le sens de ces présages, Il ne pouvait comprendre qu’ils annonçaient la trahison de Ganelon et que, plus tard, à Aixla-Chapelle, contre Pinabel, champion du traître, se présenterait le comte Thierry pour défendre, en combat judiciaire, la cause de Roland et celle de l’empereur.
Le jour revenu, il poursuit donc sa route et, parvenu à l’entrée des défilés, il se préoccupe de constituer son arrière-garde.
. Sans soupçonner la présence d’une immense armée sarrasine, embusquée, tout près de là, et impatiente de fondre sur sa proie, le conseil de l'empereur va délibérer ; et la scèné est une réplique à celle où Ganelon a été désigné pour l’ambassade. La première fois, Charles avait commandé : « Élisez-moi un homsne de ma marche pour porter mon message à Marsille ! » Et Roland avait répondu : « Ce sera Ganelon, mon parâtre. » Maintenant Charles commande
« Choiïsissez-moi qui fera l’arrière-garde ! » Et Ganelon répond aussitôt : « Ce sera Roland, mon fillâtre ! » Ces dernières paroles jaillissent comme une flamme qui illumine soudainement les physionomies des personnages et leur donne tout leur relief.
Le traître est impassible. Lui qu’on avait vu