II. LA MORT DE ROLAND 10Ï
a salué de paroles si joyeuses la nouvelle de la bataille prochaine, ce n’était pas aveuglément. Il n’ignorait pas qu’un excès de bravoure s'appelle témérité. Sa folie, s’il en commet une, il en a conscience, l’ayant expressément voulue. C’est pour cette raison, parce qu’il sait qu’il les conduit à une aventure terrible, qu’il regarde si doucement ses Français. Et c’est pour qu’Olivier saisisse bien son sentiment qu’il lui dit : « Seigneur compagnon, vous disiez bien, Ganelon nous a tous trahis. Il en a reçu pour salaire or, biens et deniers. Puisse l’empereur nous venger ! Le roi Marsille nous a achetés comme marchandise : mais il lui faudra payer avec l'épée. » Il sait. donc, il sait qu’il est trahi, il sait que la partie sera dure et peut-être mortelle. Et il veut qu'Olivier sache qu’il le sait. Mais aussitôt il reprend sa fierté de chef, sûr de lui, sûr. des siens et sûr de la victoire. S’adressant aux Français, il leur crie : « Seigneurs barons, doucement, au pas! Ces païens vont en quête de leur martyre! Avant ce soir nous aurons fait beau butin : nul roi de France n’en posséda jamais autant |! » Olivier, cependant, n’a pas changé d'avis. Il regrette, il désapprouve, il reproche : « Je n’ai pas le cœur aux paroles, dit-il à Roland. Vous n'avez pas daigné sonner de votre olifant et vous n'avez pas le secours &e Charles. Il ne sait pas, le preux : ce n’est point sa faute ni celle des
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barons qui sont là-bas, avec lui. Chevauchez du mieux que vous pouvez ! » Mais qui douterait de son courage, de son ardeur ? Il commande, s’adressant aux Français : « Seigneurs barons, tenez ferme sur ce champ ! Au nom de Dieu, songez à bien frapper! Sachez recevoir et donner! Et n'oublions pas le cri d'armes de Charles ! » Ces paroles enflamment le cœur des Français.
« Montjoie ! » s’écrient-ils. Ils piquent leurs montures de leurs éperons. Ils chargent.
De
Première bataille : mort des pairs d’Espagne (vers 1188-1395). — La bataille qui commence, ce sont les douze pairs d’Espagne qui la mènent pour les païens, ces mêmes douze pairs qui se sont précipités à l’appel de Marsille et qui lui ont juré de tuer Roland. Ils s’élancent contre les pairs de France, un à un, dans l’ordre même où ils ont proféré devant leur roi leurs affreux serments de haine. Les voici maintenant, l’insulte et le blasphème aux lèvres, qui crient leur rage contre la France et contre Charlemagne. Mais ils sont venus là pour leur malheur : ils ne tarderont pas à expier.
En tête de leur armée chevauche Aelroth, le neveu de Marsille, qui a demandé À son oncle l'honneur de frapper le premier : « Français félons, s’écrie-t-il, vous allez vous mesurer à