‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 55 sur 173 · II LA MORT DE ROLAND · texte numérisé non relu

II LA MORT DE ROLAND

nous ! Il vous a trahi celui qui vous avait en garde. Il est fou le roi qui vous a laissés en ces défilés. Aujourd’hui votre douce France perdra son renom et Charlemagne son bras droit ! » Mais Roland l’a entendu. A lui le premier coup ! Il éperonne son cheval. De sa lance il brise l’écu du païen, lui troue son haubert, lui transperce la poitrine, lui rompt l’échine. Il lui arrache l’âme du corps et le met, vibrant sous le choc, à bas de son cheval.

Les autres peuvent accourir, et Falsaron, et Corsablix, ces maudits, et Malpramis de Brigal, et l’amirafle, et l’almaçour, et tous leurs pairs ! Ils peuvent vomir leurs injures et brandir leurs armes ! Ceux de France les reçoivent, Olivier, Turpin, Garin, Gérier, et tous leurs compagnons, qui les trouent de leurs lances, aussi irrésistibles dans leur élan que Roland, leur modèle. Seul des pairs d’Espagne, Margariz, le brave Margariz, a réussi à s'échapper. Il s’est élancé contre Olivier et a atteint son bouclier; mais sa lance a glissé le long du corps, sans le blesser, et a volé en éclats. Margariz a passé, sans dommage pour lui-même, et il sonne de sa trompe pour rallier les siens.

C’est une dure bataille pour les Sarrasins. Ils ont perdu onze de leurs chefs. Roland a pu le proclamer, et Turpin après lui : « Le premier coup est nôtre ! » Beau présage !

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Dans la mêlée, Roland s’évertue. Sa lance, après quinze coups qu’il en a portés, s’est rompue. Il a tiré Durendal, sa bonne épée. Et quels ravages il exerce ! Quand il a rencontré Chernuble, il lui a, d’un seul effort, fendu son heaume, brisé le crâne, tranché le corps, malgré le haubert, jusqu’à l’enfourchure ; et la lame, sans s’arrêter, est encore entrée dans la selle d’or battu, coupant ‘ en deux l’échine de la monture, Roland chevauche

à travers le champ. Il entasse les morts sur Îles tnorts, noyés dans des flaques de sang clair. Son haubert en est tout rouge, et rouges sont ses deux bras, et rouge est son bon cheval.

Olivier n’est pas en reste. Il chevauche, lui aussi, à travers la mêlée. Il a brisé sa lance, Du tronçon qui lui reste en mains, il sait encore abattre trois Sarrasins. Mais le tronçon lui-même se brise au ras de son poing : « Que faites-vous, compagnon ? lui crie Roland. En pareille bataille que vient faire un bâton ? C’est au fer et à l’acier de s’employer! Où est votre épée Hauteclaire? » — « Je ne pouvais la tirer, répond Olivier ‘j'avais tellement à faire! » Il la tire; à son tour il montre comme il peut s’en servir; et pour commencer il frappe Justin de Val Ferrée : il lui fend la tête par le milieu, lui tranche le corps en même temps que sa brogne fauve, et aussi sa selle, et “aussi l’échine de son cheval.

De toutes parts le cri de « Montjoie! » retentit.

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