II. LA MORT DE ROLAND
Les douze pairs frappent et redoublent, et avec
eux tous les Français. L’enchanteur Siglorel
survient, qui était déjà descendu aux enfers,
conduit par les sortilèges de Jupiter. C’est Turpin qui l’expédie, disant : « Celui-là était marqué pour expier.»
Deuxième bataille : rescousse de Marsille (vers 1306-1525). — Pourtant les paiïens, de leur côté, frappent avec acharnement. De part et d’autre les guerriers tombent. Que de lances brisées et sanglantes! Que de gonfanons, que d’enseignes en lambeaux ! Que de Français arrachés à la vie ! Ils ne reverront plus leurs mères ni leurs femmes, ni ceux qui les attendent à la sortie des défilés. En pensant à eux Charlemagne pleure et s’inquiète. Hélas ! il ne sera pas là pour leur porter secours. Ganelon l’a malement servi, qui alla les vendre, eux, les fidèles dé l’empereur, à Saragosse. Certes, 1l sera jugé plus tard à Aix-la- Chapelle et condamné à être pendu, entraînant dans sa mort trente de ses parents qui ne s’y attendaient pas : mais aujourd’hui les Français, trahis, meurent par milliers.
Là-bas, en France, apparaissent de sinistres
présages. Une tourmente prodigieuse s'élève
LS isa
c'est un orage, qu'accompagnent le tonnerre et le vent, la pluie et la grêle. La foudre tombe à coups
répétés. La terre tremble. De Saint-Michel-du- Péril jusqu'aux Saints, de Besançon jusqu’à Wissant, il n’y a maison dont les murs ne se fendent. En plein midi ce ne sont que ténèbres. Tous s’épouvantent. Ils disent : « C’est la consommation des temps ; c’est la fin du monde qui arrive. » Ils ne savent pas que c’est le grand malheur de la mort de Roland. |
La première bataille, les Français l’ont gagnée : des cent mille païens que Ganelon a conseillé d'envoyer d’abord à Roncevaux, il ne s’en est pas sauvé deux. Mais les Français ont cruellement souffert. Ils parcourent le champ, recueillant ceux des leurs qui ont succombé : combien en ont-ils à relever!
Or voici que surgit le roi Marsille avec sa grande armée, cette seconde armée prévue par Ganelon. Il arrive par le fond d’une vallée ; il conduit vingt corps de bataille. On voit reluire au soleil les heaumes gemmés et dorés, les écus, les brognes fauves. Sept mille clairons sonnent pour l’attaque. Une immense rumeur emplit la contrée. Marsille a vu le grand massacre des siens étendus sur la terre : il a soif de vengeance. Une nouvelle bataille commence.
Cette fois, c’est Turpin qui frappe le premier coup. En avant des paiens chevawhe Abisme, le