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de cette espèce : ils lui arrachent les poils de sa barbe, le frappent à coups de poing et à coups de bâton, lui passent une chaîne autour du cou comme à un ours, le hissent ignominieusement sur une bête de somme. Puis, sans perdre un.
instant, l’empereur se remet en route vers l’Espagne; et les chevaliers de France, piquant de leurs éperons, se hâtent à travers les défilés. Ils vont, pleins d'angoisse et de courroux, pleins de pitié pour Roland. Ils repassent les monts altiers et ténébreux, longent les profondes vallées où courent les torrents. Ils forcent leurs montures. De leurs clairons ils répondent à l’olifant, Ah ! comme ils regrettent de n’être pas aux côtés de Roland ! Comme ils prient Dieu de le protéger jusqu’à ce qu’ils l’aient rejoint! Leur armée est magnifique : dans la lumière de ce clair aprèsmidi leurs hauberts et leurs heaumes jettent de grandes flammes, et, au-dessus de leurs écus peints de fleurs, flottent les gonfanons d’or et d’azur de leurs bons et lourds épieux. Quels coups ils sauront frapper contre les Sarrasins !.…..
Mais à quoi bon leur amour, leur zèle, leur vaillance ? Ils ont trop tardé : ils n’arriveront pas à temps. Ke
La mort d'Olivier (vers 1.851-2.034). — Certes, avec les soixante hommes qui lui restent, avec Olivier, avec Turpin, Roland multiplie ses
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exploits. La pitié qu’il éprouve pour tant de bons
barons dont les corps sans vie jonchent les monts et les landes lui inspire une énergie nouvelle. Il les pleure ; il prie Dieu de les accueillir au paradis, parmi les saintes fleurs ; il plaint la douce terre de France qui restera déserte de si vaillants guerriers. Et, transporté du désir de les venger, il s’élance de nouveau dans la bataille. De Durendal il tranche par le milieu Faldron de Pui et vingt-quatre autres des plus redoutés. Les païens s’enfuient devant lui comme le cerf devañt les chiens. Les Français, à son appel, recommencent à frapper, terribles comme des lions. Et quand il atteint Marsille, qui vient d’abattre Bevon, puis Ivoire et Ivon, puis Gérard de Roussillon, Roland, d’un coup d’épée, lui tranche le poing droit et, tout aussitôt, fait voler la tête de
son fils Jurfaleu le Blond. Alors, les païens épouvantés se mettent à fuir en foule : ils sont cent mille qui ne reviendront plus.
Mais, si Marsille s’est enfui, suivi de tant des siens, son oncle Marganice, l’Algalife, reste 1à, venu du pays de l’effroi, formidable aux plus braves. Il règne sur Carthage et sur l'Égypte, terre de malédiction. Ses sujets sont les noirs a grand nez et à larges oreilles, race abominable, sombre comme l’encre et qui n’a de blanc que les dents : ils sont, avec lui, cinquante mille qu chevauchent avec furié.
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Roland, En met que les Français vont -périr, les exhorte au sacrifice : « Ici, leur dit-il, nous recevrons le martyre, et maintenant je sais bien que nous n’avons guère à vivre. Mais félon
ui, d’abord, ne se vendra cher ! Frappez, seigneurs, de vos épées brillantes et faites payer vos morts et vos vies, Que notre douce France ñe soit pas honnie! Quand Charles, mon seigneur, viendra sur ce champ, qu’il verra comment nous ‘aurons traité les'Sarrasins et que, pour un des
nôtres, ils auront laissé quinze des leurs, il ne
manquera pas de nous bénir. » Et tous les Français, répondant à cet appel, chargent de nouveau dans la masse. | Pourtant, les païens voient comme ils sont peu nombreux : ils en prennent confiance et hardiesse ; et un grand malheur ne tarde pas à arriver : car Marganice en personne, réussissant à frapper Olivier par derrière, lui transperce la poitrine de son épieu. Oui, le païen peut bien se vanter, comme il le fait, d’avoir vengé tous les siens par ce seul coup ! Voilà Olivier blessé à mort, Olivier le plus noble et le plus touchant dés preux ; Olivier dont l’intrépidité sans espoir s’est magnifiquement dépensée dans une bataille qu’il savait, lui, le sage, perdue d’avance ; Olivier qui, mortellement atteint, usera contre les Sarrasins, en un sursaut surhumain, le reste d’une énergie plus indomptable que jamais ; Olivier qui, dans l’effort
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héroïque de ses derniers instants, se surpassera lui-même et, à demi délirant, aveuglé par le sang, manquera de donner à Roland, par un coup d’épée involontaire et fatal, la preuve tragique que jamais sa sagesse n’a diminué sa ‘bravoure ; Olivier qui, mourant par la faute initiale de Roland, quittera alors toute rancune et qui, ne conservant que la fidélité de l’amitié avec la cons- * cience d’une vaillance bien employée, oubliera tendrement, dans la réconciliation finale, le souvenir de tout désaccord. Pour Roland, quelle douleur que la perte de ce preux, de cet ami, le plus cher de tous |
Olivier sent qu'il est frappé à mort. Il tient Hauteclaire, dont l'acier est bruni. Il en frappe Marganice sur son heaume doré et pointu, dont il fait tomber les fleurons et les cristaux. Il lui tranche la tête jusqu'aux dents de devant. Du coup qu'il a asséné il l’abat mort. Il dit ensuite : « Païen, malheur à toi! Je ne dis pas que Charles n’ait rien perdu. Mais tu n’iras te vanter à aucune femme, à aucune dame de ton royaume, de m'avoir enlevé la valeur d’un denier ni de m'avoir fait tort, à moi ni à personne ! » Puis il appelle Roland à son aide.
Olivier sent qu'il est blessé à mort. Jamais il ne sera rassasié de vengeance. Il frappe en baron au plus fort de la mêlée ; il tranche lances, boucliers, pieds, poings, selles et échines. Qui l'aurait vu dé-
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membrer les païens, jeter le mort sur le mort, saurait ce qu'est un bon vassal. Il n'oublie point l'enseigne de Charles : « Montjoie ! », crie-t-il à voix haute et claire. Il appelle Roland, son ami, son pair : « Seigneur compagnon, venez à mes côtés ! Nous allons être, en ce jour, cruellement séparés. »
Roland regarde le visage d'Olivier : il le voit : s’assombrir, se ternir, décoloré, tout pâle. Le sang . clair coule le long de son corps ; les caillots en tombent sur la terre.
« Dieu ! dit ie comte, je ne sais plus que faire. Seigneur compagnon, c'est grand’pitié de votre bravoure ! Jamais homme ne vous vaudra. Ah |! douce France, comme tu resteras vide maintenant de bons vassaux, diminuée, déchue ! Quelle perte pour l’empereur ! »
A ces mots, il se pâme sur son cheval.
Voilà Roland pâmé sur son cheval et Olivier blessé à mort. Olivier a tellement saigné que ses yeux se sont troublés. Ni de loin ni de près il ne peut voir assez clair pour reconnaître qui-que ce soit. Son compagnon est devant lui : il le frappe sur le sommet de son heaume doré et gemmé ; il le lui tranche jusqu’au nasal ; mais il ne lui atteint pas la tête.
A ce coup, Roland l’a regardé et lui demande avec douceur et tendresse : « Seigneur compagnon, l’'avez-vous fait exprès ? C’est moi, Roland, qui vous aime tant. Vous ne m’aviez porté aucun défi. »
Olivier dit : « Ah ! je vous entends parler. Je ne vous vois pas : que Dieu ait son regard sur vous | Je vous ai frappé : pardonnez-le-moi. »
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Roland répond : « Je n’ai point de mal. Je vous :
pardonne, ici et devant Dieu, »
À ces mots, ils s’inclinent l’un vers l'autre. ra voilà séparés en pleine amitié.
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Olivier sent que la mort l’étreint. Ses deux yeux se renversent ;:il perd l’ouïe et la vue. Il descend de son cheval, s'étend sur la terre, bat sa coulpe à haute voix, les mains jointes et tournées vers le ciel ; il prie Dieu de lui donner le paradis, de bénir Charles et la douce France et, plus que tous les autres, son compagnon Roland. Son cœur défaille, son heaume retombe sur sa poitrine, son corps s'affaisse contre terre. Le comte est mort: tout est fini pour lui. Roland, le preux, le pleure et gémit jamais on ne verra un homme plus affligé,.
Roland voit que son ami est mort, étendu face contre terre. Il se met à prononcer tendrement l’adieu funèbre : « Seigneur compagnon, hélas ! comme vous fûtes hardi ! Nous avons vécu'ensemble et des ans et des jours : jamais vous ne me fîtes de mal, jamais je ne vous en fis. Maintenant que vous êtes mort, c’est douleur que je vive. »
A ces mots, le marquis se pâme sur Veillantif, son cheval, Il est retenu par ses étriers d’or pur : par où qu'il penche, il ne peut pas tomber.
La mort de Turpin (vers 2.035-2.258). — Avant que Roland revienne de sa pâmoison et qu’il ait
. recouvré ses sens, tout ce qui lui restait de Fran-
çais a été tué, à l'exception de Turpin et aussi de Gautier de l’Humé, qui, après avoir perdu tous ses chevaliers, est redescendu des montagnes où il avait été posté, lance brisée, ét «m pièces,