‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 65 sur 173 · IT LA/MORT DE ROLAND · texte numérisé non relu

IT LA/MORT DE ROLAND

p * 37 FT x Roland dit : « Beau compagnon Olivier, vous étiez fils du duc Renier, qui tenait la matche du val de Runiers. Pour rompre une lance et mettre un écu en pièces, pour vaincre et confondre l’or-. gueil, pour guider et conseiller les prud'hommes, il n'y avait nulle part meilleur chevalier 1... » s

Le comte Roland, quand il voit ses pairs morts, et * aussi Olivier, qu’il pouvait tellement aimer, défaille et commence à pleurer. Son visage a perdu sa couleur. Si grand est son deuil qu’il ne peut plus-rester debout : qu'il le veuille ou non, il tombe à terre,. pimé. 7

L’archevêque dit : « Baron, c'est pitié de vous ! ».

L’archevêque, quand il vit se pâmer Roland, en ressentit la plus grande douleur qu'il eût jamais eue. Il étendit la main, saisit l’olifant. Une eau courante passe à Roncevaux : il veut y aller pour en donner à Roland. A petits pas, il va, chancelant. Il est si faible qu'il ne peut plus avancer : il est épuisé, il a perdu trop de sang. Avant d’avoir parcouru un arpent, le cœur lui manque, il tombe en avant. La mort l'étreint.

Le comte Roland revient de pâmoison : il se remet sur pieds, mais il éprouve une grande douleur. Il regarde en aval, il regarde en amont : sur : l'herbe verte, au delà de ses compagnons, il aperz çoit, gisant, le noble baron, l'archevêque que Dieu avait établi en son nom parmi les hommes. L'arche-

1 Ici une lacune dans le manuscrit.

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vêque confesse ses péchés, élève son regard, tend vers le ciel ses deux mains jointes, et prie Dieu de lui accorder le paradis. Il est mort, Turpin, le guerrie: 4e Charles. Par de grandes batailles et par de très baux sermons il fut toujours son champion contre les païens. Dieu lui octroie sa sainte bénédiction |

Le comte Roland voit l'archevêque à terre ; il voit les entrailles répandues hors de son corps, la cervelle qui dégoutte de son front. Sur le milieu de sa poitrine il a croisé ses blanches et belles mains. Il prononce la plainte funèbre, selon l'usage de son pays :

« Ah ! gentil seigneur, chevalier de noble race, je te recommande aujourd’hui au Dieu du ciel. Ï1 n’y aura jamais homme pour le servir de meiïlleur cœur. Depuis les apôtres on ne vit pareil prophète pour maintenir la loi et pour y attirer les hommes. Que votre âme n'ait point de privation |! Que la porte du paradis vous soit ouverte | »

La mort de Roland (vers 2.259-2.306). — Turpin est mort. Maintenant Roland reste seul. Sa propre mort est prochaine : sa cervelle se répand par sa tempe, qui s’est rompue. Il est temps qu’il songe à lui-même. Assurer son honneur jusqu’au delà de la tombe, sauver sa bonne épée Durendal et empêcher que l’infidèle ne la dérobe, ‘faire bien connaître à Charlemagne qu’il est demeuré vainqueur, maître du champ de bataille, prier enfin pour le salut de son âme : voilà maintenant sa

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préoccupation. Comment dépeindre la beauté de ses derniers instants ? C’est au poète qu’il faut laisser la parole.

Rolsnd sent que sa mort est prochaine. Sa cervelle se répand par ses oreilles. Pour ses pairs, il prie Dieu de les appeler ; et pour lui-même il invoque tange Gabriel.

Pour être sans reproche, il prend l’olifant d'une main et, de l’autre, Durendal son épée. Plus loin qu’une arbalète ne peut lancer un carreau 1s’avance vers l'Espagne, par un guéret. Il monte sur un tertre où, sous un bel arbre, se trouvent quatre perrons de marbre. Il tombe à la renverse sur l'herbe verte : il se pâme, car sa mort est prochaine.

Hauts sont les monts, hauts sont les arbres. Il y a là quatre perrons de marbre qui luisent. Le comte Roland se pâme sur l'herbe verte Or un Sarrasin le guette qui fait le mort et gît parm les autres. {1 a barbouillé de sang son corps et son visage. Il se dresse sur ses pieds et se précipite. Il est beau, fort et plein d’ardeur. Mais son orgueil lui inspire une folie mortelle. Il dit ces paroles : « Il est vaincu le neveu de Charles ! J'emporterai cette épée en Arabie. » Tandis qu’il tire, le comte revient un peu À lui.

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