CLXX
Roland s'aperçoit qu'il lui prend son épée. Il ouvre ses yeux et lui dit cette parole : « Que je sache, tu n’es point des nôtres ! » Il tient l’olifant, qu'il a bien gardé, et l’en frappe sur le heaume
orné de gemmes et d’or. Il.brise l'acier et les os du
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crâne, fait sauter les deux yeux de la tête et l’étend moft à ses pieds. Puis il lui dit: « Païen, fils de serf, comment as-tu été si hardi que de porter la main sur moi, à tort ou à raison ? Personne ne l’entendra dire qui ne te tienne pour fou. Le pavillon de mon olifant en est fendu : le cristal et l'or en sont tom-
bés. »
Roland sent qu’il a perdu la vue. Il se met sur ses pieds, il ramasse toutes ses forces. Les couleurs ont disparu de son visage. Devant lui se trouve une pierre brune. Il y frappe dix coups avec douleur et rage. L’acièr grince, mais ne se brise ni ne s’ébrèche :
« Ah ! dit le comte, sainte Marie, aidez-moi ! Ah ! Durendal, bonne épée, quelle pitié de vous! Puisque je meurs, je n'ai plus besoin de vous. Par vous j'ai gagné tant de batailles, dompté tant de vastes terres que tient Charles à la barbe chenue ! Ne tombez jamais aux mains d’un homme capable de fuir devant un autre! C’est un très bon vassal qui vous a longtemps tenue : il n’y en aura jamais de pareil en France, saint pays. »
Roland frappe sur le perron de sardoïine. L’aciet grince, mais ne se rompt ni ne s’ébrèche. Quand il voit qu'il ne peut le briser, il se met, en lui-même, à dire sa plainte :
« Ah ! Durendal, comme tu es GER et belle, et blanche ! Comme tu reluis et flamboïes au soleil ! Charles se trouvait aux vaux de Morienne quand, du ciel, Dieu lui manda par son ange de te donner à
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