‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 68 sur 173 · CLXXIII · texte numérisé non relu

CLXXIII

Roland frappe contre une pierre bise. Il en abat un quartier plus grand que je ne saurais dire. L'épée grince, mais ne s’entame ni ne se brise : elle rebondit vers le ciel. Quand le comte voit qu’il ne la détruira pas, il se met à la plaindre tendrement en luimême :

« Ah ! Durendal, comme tu es belle et sainte ! L'or de ton pommeau est rempli de reliques : une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile, des cheveux de mon seigneur saint Denis, un morceau du vêtement de sainte Marie. Il ne faut pas que des païens te possèdent : c'est aux chrétiens de faire votre service. Ne tombez jamais aux mains d’un homme capable de lâcheté ! Par vous j'aurai conquis tant de vastes terres, que tient Charles à la barbe fleurie et dont il est empereur, puissant et riche ! »

LE POÈME à

Roland sent que la mort s'empare de lui, qu’elle descend de sa tête à son cœur. Il est allé, en courant, jusque sous un pin ; il s’y est étendu sur l'herbe verte, face contre terre. Il place sous son corps l'épée et l’olifant, il tourne sa tête du côté de la gent païenne. Il l’a fait parce qu'il veut absolument que Charles dise, et tous les siens avec lui, qu'il est mort, le noble comte, en vainqueur. Il bat sa coulpe à coups faibles et répétés. Pour ses péchés il tend son gant à Dieu. Roland sent que son temps est fini. Tourné du côté de l’Espagne, il gît sur un tertre escarpé. De l’une de ses mains il bat sa poitrine :

« Dieu, mea culpa, devant ta grâce, pour les péchés petits et grands que j’ai faits depuis l’heure où je suis né jusqu’au jour où me voici abattu. »

Il tend son gant droit vers Dieu. Les anges du ciel descendent à lui.

Le comte Roland est étendu sous un pin, le visage tourné vers l'Espagne. Il lui vient souvenance de maintes choses : de tant de terres qu’il conquit, le vaillant, de la douce France, des hommes de son lignage, de Charlemagne, son seigneur, qui l’éleva. Il ne peut s'empêcher d'en pleurer et d’en soupirer. Mais il ne veut pas se mettre luimême en oubli. Il bat sa coulpe, il demande à Dieu sa miséricorde :

« Père véritable, qu jamais ne mentis, qu ressuscitas saint Lazare d’entre les morts, quisauvas Daniel des lions, sauve mon âme de tous périls pour les péchés que j’ai faits en ma vie

accompagne. Ils emportent Fe. du com paradis.

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