‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 7 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

il est trop évident que cette interprétation ne se

défend point. Car à qui attribuer cette conception

de chanteurs qui se seraient tenus, pour les

publier, à l'affût des combats du jour ? A Roland ? Certainement non. Les paroles qui lui

sont prêtées dans le poème ne sont pas des paroles authentiques. Elles n’ont pas la valeur d’un

témoignage. Elles n’ont pas force de preuve pour … l’année 778. Elles ne sont imputables qu’à l’auteur de l’épopée qui les a imaginées et qui vivait, lui, en un temps à déterminer.

Un texte plus digne d’attention est celui d’un

* historien, auteur d’une Vie de Louis le Pieux, qu’on est convenu d’appeler l’Astronome. Cet

écrivain, qui composait peu de temps après

l’année 840, déclare, en parlant des revers subis

par Charlemagne à son retour d'Espagne, que les

noms des guerriers tombés ce jour-là étaient

connus et qu’il pouvait par conséquent se dispen-

ser de les rapporter. Sa phrase, qu’il faut citer sous sa forme latine, est textuellement la sui-

En nt né NUE À a RU dé

Pi vante i :

| Extremi quidem in eodem monte regii caesi sunt agminis : quorum, quia vulgata sunt, nomina dicere supersedeo.

On s’est autorisé de ces mots pour affirmer que “ l'événement des Pyrénées avait particulièrement

t. Chapitre 2.

frappé les contemporains et que, si les noms des héros tombés dans le combat étaient connus, c'était sans doute par des récits ou par des chants composés en leur honneur : la mort de Roland, dès le début du 1x° siècle, aurait fourni matière à poésie.

Maïs, c’est là, forcer le sens du texte de l’Astronome. Les deux lignes du biographe ne contiennent aucune mention de chants ni de poèmes et il n’existe nul indice qu’il y ait songé. D’autre part, quand le vieil auteur écrivait que les noms des guerriers tués à l’arrière-garde étaient connus — vulgata sunt — il n’entendait point signifier qu'ils étaient « bien connus », ni « largement connus », comme s’il s'était agi de renommée ou de popularité. Interprétées selon l’usage du latin médiéval, conforme à celui du latin classique, ses paroles veulent dire que les noms en question avaient été « donnés », ou « publiés », sans que soit impliquée la moindre idée de célébrité. Et telle est bien, en effet, la pensée de l’Astronome, ainsi que le prouve le contexte de la phrase citée. Parlant de la naissance de Louis le Pieux, son héros, qui se produisit au temps de l'expédition d’Espagne, l’auteur a jugé à propos de noter ce synchronisme et il a rappelé l'événement en quelques mots. Sa source d’information, en ce passage, était précisément la Vie de Charlemagne, écrite par Éginhard, à laquelle il a emprunté non

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