III. LE CHATIMENT DES PAIENS
Charles, douloureusement, tire sa barbe blan: che. Comment se consolerait-il de n’avoir pas été là au début de la bataille? Ses chevaliers pleurent de deuil et de pitié : ils pleurent leurs fils, leurs frères, leurs neveux, leurs seigneurs. À
Mais la mort de tant de preux leur commande d’abord de les venger : « Regardez, dit le duc Naimes à Charles, regardez à deux lieues devant vous. Vous pouvez voir les routes qui poudroient : elles sont couvertes dé paiens, Allons, chevauchez! Et vengez ce malheur ! » Et l’empereur, laissant à la gatde du champ funèbre quatre de ses meilleurs barons avec deux mille chevaliers, fait sonner ses clairons et sé remet à SE avec toute son armée.
Ceux d’Espagne ont tourné le dos ; il fuient précipitamment ; ils sont déjà loin, emportés par leurs montures rapides; et le jour commence à décliner. Il ne faut pourtant pas qu’ils échappent ; et Charles, mettant pied à térre, adresse
üne prière à Dieu : que le soleil s’arrête dans sa
course, que la clarté du jour se prolonge ! Or, un ange descend vers lui, qui lui annonce : « Charles, chevauchel La clarté ne te manquera pas. Tu as perdu la fleur des barons de France, Dieu le sait. Tu pourras tirer vengeance de la race criminelle ! »
De la terre où il s'était prosterné, Charles se relève : il remonte à cheval ; et le soleil, en effet,
s’arrête, immobile, dans le ciel. Les Francs poursuivent les païens en fuite ; ils les pressent, les chassent à toute allure dans la direction de Saragosse ; ils les atteignent enfin près du Val Ténébreux. Ils les abattent à grands coups ; ils leur barrent les chemins. Devant les fuyards voici le cours de l’Ébre ; l’eau en est profonde, torrentueuse ; pour la passer, ni barges, ni dromons, ni chalands. Les païens, invoquant leurs dieux maudits, s’y jettent affolés. Revêtus de leurs armures, qui les alourdissent, ils coulent à pic et sont emportés par le courant. Il n’en est pas un seul qui échappe à la noyade. Par le fer ou par l’eau les voilà tous détruits.
Alors Charles redescend de cheval, se prosterne et rend grâces à Dieu. Quant 1l se relève, le soleil est couché. Il est temps de camper : on ne saurait songer ce jour-là à revenir vers Roncevaux. Car la nuit est venue et la fatigue accable l’armée. Les Francs mettent pied à terre ; ils dessellent leurs montures, les débrident, les laissent se rafraîchir dans les prés : ils ne peuvent davantage. Les chevaux, harassés, ne tiennent plus debout : l’herbe des prés, s’ils en veulent, ils la broutent couchés. Les cavaliers sont à bout de force ; ils s'étendent sur la terre nue, sans quitter leurs
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