‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 72 sur 173 · IL LE CHATIMENT DES PAIENS · texte numérisé non relu

IL LE CHATIMENT DES PAIENS

tient un ours enchaîné par deux chaînes. De la forêt d’Ardenne il voit venir encore trente autres

ours, qui parlent comme des hommes et qui

disent : « Sire, rendez-le-nous! Il n’est pas juste

que vous le reteniez davantage. Nous devons

secourir notre parent.» Mais, de son palais

accourt un lévrier qui s’attaque à l’ours le plus

grand. Entre eux se livre un combat prodigieux.

7jt Charles ne peut savoir lequel des deux est

finalement vainqueur.

Charles, sans s’éveiller, a dormi jusqu’au lendemain. Ses songes sont venus et $’en sont allés : les a-t-il retenus ? les a-t-il compris ? en a-t-il perçu le sens prémonitoire? Il est clair, en tout cas, que Dieu, sans le ménager, lui prépare de nouvelles besognes et réclame de lui de notveaux services. C’est qu’en effet, d’abord, à la tête d’une immense armée va survenir le terrible émir Baligant, Baligant en qui s’incarnent tout l’orgueil et toute la puissance du paganisme et avec lequel l’empereur, au cours d’une grande bataille, sera engagé de sa personne dans un duel à mort.

Baligant au secours des païens (vers 2,570- 2.844). — Depuis longtemps déjà les paiens l’attendaient. Dès la première des sept années .que Charlemagne devait passer en Espagne, Mar-

sille lui avait adressé ses brefs, le requérant de lui venir en aide à Saragosse et ajoutant que, s’il y manquait, force lui serait à lui-même d’abandonner les dieux de sa religion, de recevoir la loi chrétienne et de conclure la paix avec les Francs. Et combien, maintenant, les Sarrasins auraient besoin qu’il arrivât ! Le malheur s’est abattu sur eux et ils ne savent plus vers quelle espérance se tourner. Marsille, leur roi, est revenu de Roncevaux le poing tranché. Descendu de cheval, à peine débarrassé de ses armes, il s’est écroulé sur l’herbe du pré. On l’a emporté, perdant son sang, dans la chambre de son palais. Tous les siens poussent des lamentations déchirantes. Les païens maudissent Charles, maudissent la France et ils vont, ces singuliers fidèles, jusqu’à maudire leurs dieux : ils courent aux statues qu’ils ont dans leurs sanctuaires; ils les couvrent d’injures; ils dépouillent leur Apollin de son sceptre et de sa couronne, l’abattent de son piédestal, le piétinent, le brisent à coups de bâton; ils traitent de même Tervagant ; et quant à Mahomet, ils le précipitent dans une fosse où il sera foulé et déchiré par les porcs et les chiens. La reine Bramimonde unit ses cris de désespoir à la rage de vingt mille Sarrasins.

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