‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 73 sur 173 · IIL LE CHATIMENT DES PAIENS · texte numérisé non relu

IIL LE CHATIMENT DES PAIENS

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Or, l’émir avait entendu l’appel du roi Marsille ; et s’il n’y avait pas aussitôt répondu, c’est que lointaine était sa résidence, et qu’immense était l’empire dont il avait à convoquer les rois, et que longue était la route pour venir de là-bas, du fond des terres de l’Orient. Mais, après avoir rassemblé les hommes de quarante royaumes, il les avait embarqués dans le port d'Alexandrie et, aux premiers beaux jours de l’année, en mai, il avait lancé sur la mer toutes ses armées,

Voici qu’alors une flotte innombrable de vaisseaux de toute espèce fait force de voiles et de rames vers l'Occident. Au sommet des mâts et des hautes proues brillent à profusion les escarboucles et les lanternes. La nuit, la mer en est tout illuminée. Quand les païens atteignent les côtes d’Espagne, ils n’ont pas besoin d’autre lumière pour leur rendre la terre visible; et quand, quittant la mer, ils entrent dans les eaux douces de l’Ébre pour en remonter le cours, c’est assez pour-éclairer leur navigation.

Les escadres abordent finalement non loin de Saragosse. L’émir sort de son vaisseau, en somptueux équipage, suivi de dix-sept rois et d’une foule de comtes et de ducs. Il réunit ses hommes pour leur signifier ses intentions. Au milieu de la plaine, sous un laurier, on a jeté un tapis de soie

blanche et dressé un siège d’ivoire. C’est là que le Sarrasin prend place, tandis que tous ses che-. valiers restent debout autour de lui. Il parle, et les premières paroles qui sortent de ses lèvres peignent son insolent orgueil. Il proclame qu’au roi Charles, l’empereur des Français, il refuse le droit de manger sans sa permission. Il ira, dit-il, le chercher en France, jusqu’à Aix, s’il le faut ; et il n’aura cesse, dût-il y passer sa vie, qu’il ne l’ait mis à mort ou réduit à s’avouer vaincu. Ex gage de sa résolution il frappe son genou de son gant droit. Puis il s’occupe d’informer Marsille de son arrivée. Et dans le bref qu’il lui adresse par ses deux messagers Clarien et Clarifan, il répète sa résolution de tout faire plier devant sa volonté. Qu'en signe de son engagement Matsille reçoive le gant et le bâton d’or qu’il lui envoie ! Et que le roi vienne aussitôt lui faire hommage de sa terre ! Quant à lui, il ira porter la guerre ên France : si Charlemagne, dit-il, ne vient pas. spontanément se coucher à ses pieds pour implorer sa merci, s’il n’abdique pas la loi chrétienne, il saura lui arracher la couronne de la tête !

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