‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 83 sur 173 · I. LE CHATIMENT DES PAIESS · texte numérisé non relu

I. LE CHATIMENT DES PAIESS

de Charlemagne, étalant comme lui sur la brogne leurs barbes aussi blanches que neige sur glace,

Bientôt, sous le clair soleil, les combattants s’abordent de tout l’élan de leurs puissants chevaux.

Les deux lieutenants de l’émir, les rois Torleu et Dapamort, vont en tête des païens : les lances de Rabel et de Guinemant les ont vite transpercés.

Malpramis, qui vient derrière eux monté sur son cheval blanc, et d’abord plus heureux, frappe de tous côtés dans les rangs des chrétiens et jette les morts sur les morts. Baligant contemple avec fierté les exploits de son fils et excite les autres à l’imiter : « Oh! mes chevaliers, s’écrie-t-il, je vous ai longtemps nourris. Voyez mon fils qui cherche à joindre Charles, comme il frappe, au passage, tous ces barons! Je ne demande pas plus de vaillance : secondez-le de vos épieux tranchants! » Et les païens se ruent, enflammés par les paroles de leur seigneur, qui leur promet des femmes, et des fiefs, et des terres.

Mais les Français savent ce qu’ils doivent à leurs fils, à leurs frères, à leurs parents, qui sont tombés, à Roncevaux ; ils savent que Charles, leur emprreur, a le droit pour lui contre les païens. Jamais ils ne seront défaillants ; et de leurs lances, de leurs épées ils rendent les coups pour les coups. Le duc Naïmes a aperçu Malpramis,

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un regard terrible, il s’élance, et il lui enfonce en plein corps le fer et l’enseigne de son solide épieu. Et quand le roi Canabeu, frère de l’émir, accouru pour venger son neveu, a manqué de trancher Naimes en deux, Charles est là pour l’accueillir : il frappe à son tour le païen de sa lance, lui écrase l’écu sur la poitrine, lui transperce le cœur et le jette à terre.

Baligant, lui aussi, est entré dans la bataille. Suivi de ses hordes redoutables, invoquant ses dieux, Apollin, Tervagant, Mahomet, et leur promettant des statues d’or, il a foncé dans les escadrons chrétiens. Il a tué Guinemant, et Giboin, et Lorant, et Richard le Vieux,

Mais déjà la bataille commence à lui peser lourdement. Il vient d'apprendre la mort de son fils Malpramis et celle de son frère Canabeu. Et quand il demande à son conseiller Jangleu ‘d’'Outre-mer ce qu’il pense des chances des Arabes et des Français, Jangleu lui répond : « Baligant, vous êtes mort! Vos dieux ne vous serviront plus de rien. Charles est un homme terrible : jamais on n’en vit de plus ardent. Mais faites appel aux barons d’Occiant, aux Turcs, aux Enfruns, aux Arabes, aux Géants, Advienne que pourra !

Hâtez- vous ! » Il peut bien, alors, étaler, lui aussi, sur sa brogne, sa barbe blanche comme fleur d’épine, emboucher une buccine éclatante, rallier à plein souffle À travers le champ les escadrons

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- païens, lancer ceux d’Occiant, qui braient et

qui hennissent, ceux d’Argoille, qui glapissent comme des chiens, jeter morts sur la terre plus de sept milliers de Français : il ne peut plus l'emporter.

Car le comte Ogier est là, qui n’eut jamais son pareil. Il s'adresse rudement à Charlemagne « Voyez les païens, lui crie-t-il, comme ils tuent vos hommes ! Ne plaise à Dieu que votre tête porte encore la couronne si vous ne frappez aussitôt pour venger votre honte! » Et Charles, et le duc Naïimes, et Geoffroy se mettent à frapper furieusement. Et Ogier, les dépassant tous en ardeur, arrive jusqu’au gonfalonnier sarrasin qu’il transperce, jetant à terre à la fois l’enseigne de Baligant et l’étendard de Mahomet. :

Victoire de Charlemagne (vers 3.560-3.674). — Mais si tant de bons barons français ont accumulé leurs exploits, si Charlemagne a déjà fait sentir durement aux païens le poids de son épée, s’il a déjà abattu le roi Canabeu, frère de Baligant,

* c’est avec Baligant en personne, c’est avec l’émir

de Babylone qu’il faut que se mesure l’empereur des Francs et des chrétiens. Les deux chefs, en poussant chacun leur cri d'armes, « Montjoie! », « Précieuse! », se sont reconnus dans la mêlée.

4 Et c’est alors que Charles, avec l’aide de Dieu

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