‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 9 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

pas davantage besoin de la Chanson de Roland :

. Cordoue était l’une des cités les plus renommées

de l'Espagne et, depuis le viri° siècle, elle tenait une large place dans l’histoire comme le centre principal de la puissance musulmane, étant restée jusqu’en 1031 la capitale du califat de POccident. Une notion communément répandue parmi les clercs suffit, sans recours à la Chanson de Roland, pour expliquer que le nom de cette cité soit venu à la pensée d’Adhémar quand il a voulu évoquer l’idée d’une ville prestigieuse jusqu'où Charlemagne avait porté son effort triomphant.

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Tout bien considéré, rien ne donne à supposer que la légende de Roland se soit constituée antérieurement au milieu du xr° siècle.

Certes, si rien ne signale son existence avant les environs de l’année 1050, on ne saurait le tenir pour une preuve qu’elle n’ait pas existé dès cette date : les arguments ab silentio sont sujets à caution. Mais la preuve qu’elle n’existait pas encore se laisse découvrir, suffisamment convaincante, dans l’esprit même qui l’anime.

La Chanson de Roland, sous la forme où nous la possédons, ne pou de l’histoire, qui en a été la première occasion, qu’une image profondément altérée. D'abord en ceci que les Basques, auteurs

de l’agression de 778, y sont devenus des Sarrasins. L’ennemi n’y est plus le montagnard turbuient et pillard : il est, maintenant, le paien. Charles, le roi Charles, est Charles le Grand, l’empereur, le support de la chrétienté. La guerre qu’il mère est la guerre contre l’infidèle ; c’est la guerre sainte. Roland qui, à lui seul, soutient l’attaque de cent mille assaillants, dépasse toute mesure humaine. Sa bravoure prodigieuse le met au-dessus de la crainte : elle le met aussi audessus de tout péril. Car, s’il meurt, il reste pourtant vainqueur ; et les circonstances de sa mort sont proprement surnaturelles. De son épée il fend les roches ; c’est en soufflant de son cor qu’il rompt ses tempes; et, glorieux martyr, quand il tend son gant vers Dieu, saint Gabriel se présente pour le recevoir.

Ces traits, que contient la chanson, appartiennent à la légende dans ce qu’elle a de plus profond : ils y sont essentiels et certainement primiufs ; ils représentent, dans l'édifice, des pièces de fondation. Pour que la mort de Roland soit le grand drame qu’on y reconnaît, il ne suffit pas qu’elle relève de l’héroïsme : il faut qu’elle soit le sacrifice d’un homme qui montre, par son exemple, que tout intérêt doit s’effacer là où commandent le service féodal et la loi chrétienne ; il faut que l’ennemi soit celui de la vraie religion; il faut que l’empereur incarne la double idée de

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