Livre VII, v
I1 s’agit d’une part d'un songe, d'autre part a’une vision: Charlemagne dort, les Pompéiens sont parfaitement éveillés : c’est une différence. La ressemblance tient à la nature même des objets représentés et à la signification du symbole. Le songe de Charlemagne n’est pas d’un type traditionnel dans la littérature médiévale et l’on ne voit pas bien comment il s'adapte aux circonstances : car cette grande destruction d'armes par le feu du ciel ne correspond pas à ce que sera la bataille de Charlemagne avec Baligant, à savoir une victoire décidée en partie par l'intervention de Dieu. Au contraire, le prodige auquel assistent les soldats de Pompée se justifie par une situation particulière : il indique que cette troupe, engagée dans la guerre civile, marche à une bataille criminelle et maudite. C’est pourquoi l’on peut ici penser à un emprunt du poète français, révélé comme tel par son étrangeté et par l'imperfection de l'adaptation.
rencontre, comme chez Virgile et ses successeurs, des scènes de conseil, des songes prophétiques, des dénombrements de troupes, des descriptions d’armes et de présents, des harangues de chefs à leurs soldats, des irvectives de guerriérs au cours de la bataille, on ne saurait assurer qu'aucun de ces thèmes ait été exploité par l’auteur à l’imitation des modèles classiques.
Ce qui, par contre, peut être tenu pour certain, c’est que le poète connaissait les Écritures et qu’il les a exploitées.
Il est vrai que plusieurs particularités de son œuvre, qui se rattachent à la tradition biblique, ne suffiraient point à prouver qu’il avait lu la Bible même. Pour nommer, par exemple, comme il l’a fait, Dathan et Abiron, qui se révoltèrent contre Moïse, il n’était pas nécessaire qu’i: connût le Livre des Nombres, où il est question de ces deux personnages : les noms des deux rebelles apparaissent fréquemment dans les formules de malédiction fournies par des documents de son temps, où ils sont associés à ceux d’autres réprouvés fameux, comme Caïphe, comme Pilate, comme Julien l’Apostat, comme Simon le Magicien. -- S'il a imaginé que Charlemagne, poursuivant les agresseurs de Roland, obtient de Dieu d'arrêter le soleil dans sa course