‹ La Chanson de RolandChapitre 15 sur 46 · COMMENT OLIVIER RECONNAIT QUE LES SARRASINS · texte numérisé non relu

COMMENT OLIVIER RECONNAIT QUE LES SARRASINS

s’approchent

Ils se couvraient de leurs hauberts moresques, Dont la plupart sont d’une triple maille ;

i Dans le Covenant Vivien , au vers 1619, il est aussi fait mention d’un pays où le soleil ne se lève jamais et où rien ne pousse.

Il n’est guère admissible que le trouvère, si exact dans ses mentions géographiques relatives à la France, ait imaginé arbitrairement les noms des pays sarrasins. Je crois que ces noms se rattachent tous à quelque souvenir ou à quelque tradition. Mais, après beaucoup de tentatives, suivies d’autant de déceptions, j’ai renoncé, pour mon compte, à trouver l’explication de la plupart des noms de pays qui se trouvent dans la Chanson de Roland. Peut-être arriverait-on à quelques découvertes intéressantes à l’aide des racines arabes, mais plutôt pour les noms d’hommes.

Ils ont lacé leurs bons casques d’Espagne;

D'acier viennois ils ceignent des épées ;

Écus sont forts, les épieux de Valence,

Les gonfalons blancs et bleus et vermeils.

Ils ont laissé mulets et palefrois.

Sur destriers ils chevauchent serrés.

Clair fut le jour et beau fut le soleil :

Ils nJont sur eux rien qui ne reflamboie.

Pour que ce soit plus beau, les clairons sonnent. Grand est le bruit : les Français l’entendirent. Olivier dit : « Ami Roland, je crois « Que nous aurons bataille des païens. »

Roland répond : « Eh ! que Dieu nous l’octroie ! « Pour notre roi, nous devons résister ;

« Pour son seigneur on doit souffrir détresse.

« Tout endurer, et grand chaud et grand froid,

<( Dût-on y perdre et du cuir et du poil !

« Que chacun pense à fournir de grands coups ; « Que contre nous on ne chansonne pas (i) !

« Païens ont tort, chrétiens ont le bon droit.

« Jamais de moi n’aurez mauvais exemple. » aol

Sur un haut pic Olivier est monté,

Regarde à droite et, par le val herbu.

Il voit venir cette gent sarrasine.

Il appelle Roland, son compagnon :

« Quelle rumeur j’entends venir d’Espagne !

« Que de hauberts, de casques flamboyants!

« Pour nos Français voici grande tourmente.

« Il le savait, le traître et félon Gane,

(i) La préoccupation du chansonnement se retrouve dans tous nos pocmes chevaleresques.

CHANT XII

« Quand devant Charle il nous a désignés. » Roland répond : « Taisez-vous, Olivier;

<c N’en sonnez plus un mot : c’est mon parâtre. d

Sire Olivier est monté sur un pic ;

Or il voit bien le royaume d'Espagne Et les païens qui sont en si grand nombre.

Il voit briller ces casques d’or gemmés (i),

Et ces écus et ces hauberts frangés,

Et ces épieux et ces drapeaux hissés :

Mais il ne peut compter les bataillons:

Tant y en a qu’il n’en sait pas le nombre.

Il en est fort en lui-même troublé.

Du mieux qu’il put, il descendit du pic,

Vint aux Français et leur raconta tout.

Olivier dit : « J’ai vu tant de païens,

<t Jamais sur terre un homme n’en vit plus.

€ Là, devant nous, ils sont bien cent mille

[hommes,

« Casques lacés, vêtus de blancs hauberts,

« Lances en l’air, les épieux bruns luisants.

« Bataille aurez comme il n’en fut jamais.

<t Seigneurs français, Dieu vous donne courage ! « Tenez au champ, que ne soyons vaincus! »

Et les Français : « Malheur à qui s’enfuit!

« Mais pour mourir pas un ne vous faudra. » aoi.

(i) Gemmés , c’est-à-dire ornés de pierreries.

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