POURQUOI ROLAND NE VEUT PAS SONNER DE SON COR
Olivier dit : cc Païens ont grande force,
cc De nos Français me semble avoir bien peu ; cc Ami Roland, sonnez de votre cor :
cc Charle entendra, ramènera l’armée. »
Roland répond : cc Je ferais comme un fou;
<c En douce France y perdrais mon renom.
« Je frapperai grands coups de Durendal ;
« L’acier sera sanglan* jusqu’à la garde.
« Pour leur malheur les païens sont aux gorges.
(( Je vous le d’s, tous sont jugés à mort! jd aoi.
— cc Ami Roland, sonnez de votre cor :
<t Charle entendra, ramènera l’armée; ce Avec ses preux le roi nous secourra. »
Roland répond : cc Ne plaise au Seigneur Dieu, cc Que mes parents en soient blâmés pour moi, cc Et France douce en tombe en déshonneur, cc Je frapperai fort avec Durendal,
« A mon côté ceinte, ma bonne épée ; cc Vous en verrez la lame ensanglantée, cc Les païens sont rassemblés pour leur perte, cc Je vous le dis, tous sont livrés à mort. » aoi.
— cc Ami Roland, sonnez de votre cor.
u Charle entendra, qui passe aux défilés. g Je garantis que les Franks reviendront. y>
CHANT XIII
— cc Ne plaise à Dieu, lui répondit Roland, cc Qu’ homme vivant puisse dire jamais cc Que j’ai été corner pour des païens !
« N’en auront pas mes parents ce reproche, cc Quand je serai dans la grande bataille, cc Je frapperai mille et sept cents bons coups, cc De Durendal l’acier sera sanglant, cc Français sont bons; ils frapperont en braves, cc N’échapperont les païens à la mort. »
Olivier dit : cc Quel serait le reproche ? cc Je les ai vus, les Sarrasins d’Espagne, cc En sont couverts et les monts et les vaux, cc Et les coteaux et les plaines entières, cc Grande est l’armée à la gent étrangère, cc Nous n’y avons qu’une petite troupe. »
Roland répond : cc Mon courage en grandit.
« A Dieu ne plaise, à ses très-saints anges, cc Que, pour moi, France y perde son renom ! cc Mieux vaut mourir que la honte m’atteigne, cc Plus nous frappons, plus l’empereur nous aime!»
Brave est Roland ; mais Olivier est sage.
Ils ont tous deux un merveilleux courage !
Et dès qu’ils sont à cheval, sous les armes,
Ils ne fuiront la bataille par crainte,
Bons sont les preux et leurs paroles hères.
Les Sarrasins chevauchent avec rage.
Olivier dit : cc Roland, voyez un peu,
<c Les voici près : Charle est trop loin de nous.
<c Sonner du cor tantôt vous ne daignâtes.
« Charle y serait, nous n’aurions nul dommage, cc Regardez là, vers les gorges d’Espagne :
cc C’est une triste arrière-garde à voir !
cc Qui l’aura faite, il n’en fera plus d’autre ! »
Roland répond : cc Ne dites tel outrage !
cc Maudit celui dont le cœur se couarde î
cc Nous resterons fermes en cette place ;
cc A nous ici de battre et de combattre (i)! » aoi.
Quand Roland voit qu’il y aura bataille,
Il se fait fier plus que tigre et lion.
Il parle aux Franks, interpelle Olivier : tMon compagnon, ne parlez pas ainsi.
( Notre empereur nous laissa des Français, i II en lit mettre à part ces vingt mille hommes : jc A son escient, il n’y a pas un lâche î cc Pour son seigneur, on doit souflrir grands maux, cc Tout endurer, et grands froids et grands chauds. <( On doit y perdre et son sang et sa chair.
« Va de ta lance et moi de Durendal, cc Que me donna le roi, ma bonne épée (2); cc Et, si je meurs, qui l’aura pourra dire :
<c Fut cette épée à noble chevalier. »