‹ La Chanson de RolandChapitre 21 sur 46 · LA GRANDE ARMEE DES SARRASINS ATTAQUE A SON TOUR NOTRE ARRIÈRE-GARDE · texte numérisé non relu

LA GRANDE ARMEE DES SARRASINS ATTAQUE A SON TOUR NOTRE ARRIÈRE-GARDE

Et les Français ont frappé de bon cœur.

Païens sont morts en foule et par milliers. De cent milliers il ne s’en sauve deux»

Roland a dit : « Nos hommes sont très-braves t « Et sous le ciel nul n’en a de meilleurs.

« Il est écrit dans la geste française « Que Charlemagne a de bons combattants ! » Les Français vont par le champ de bataille, Chacun recherche avec amour les siens.

Et tendrement pleure sur ses parents.

Surgit Marsile avec sa grande armée ! aoi.

Marsile vient le long d’une vallée;

Avec le gros des païens réunis,

Qu’il a rangés pour former vingt colonnes.

On voit briller les casques gemmés d'or,

Les bons écus, les cuirasses frangées.

Sept mille cors y ont sonné la charge ;

Grand est le bruit par toute la contrée.

« Frère Olivier, mon ami, dit Roland,

« Le félon Gane a juré notre mort ; te La trahison ne peut être celée.

« Grande vengeance en prendra l’empereur*

c< Bataille forte et rude nous aurons.

« Homme ne vit une telle rencontre.

« J’y frapperai, moi, de ma Durendal,

« Et vous, ami, frappez de Hauteclaire.

« En tant de lieux nous les avons portées,

<c Et nous avons gagné tant de combats !

<c On ne pourra faire chansons contre elles ! » aoi.

Marsile voit le martyre des siens.

Il fait sonner ses cors et ses trompettes.

Puis il chevauche avec sa grande armée (i). Devant chevauche un Sarrasin, Abisme.

11 n’y a pas plus félon dans leur troupe.

Il est souillé de vices et de crimes.

Il ne croit pas en Dieu, lils de Marie.

Il est tout noir comme la poix fondue.

Il aime mieux trahison et carnage •

Que tout l’argent et tout l’or de Galice.

On ne le vit jamais jouer ni rire ;

Mais il est brave et d’une grande audace,,

Et pour cela cher au païen Marsile,

Tient le dragon où sa gent se rallie.

Jamais Turpin n’aimera ce païen.

Dès qu’il le vit, il voulut le frapper. Tranquillement il se dit en lui même :

« Ce Sarrasin paraît fort hérétique !

<sc Plutôt la mort que de ne pas l’occir :

«Je n’aime pas couards ni couardise. » aol

(i) Le texte dit : Sa grant ost banie ; c’est-à-dire, convoquée par le ban. De même, Roland a dit à Charlemagne :

En Sarraguce menez vostre ost banie.

CHANT XVII

Notre archevêque engage la bataille Sur le cheval qu’il prit au roi Grossaille,

En Danemark, après l’avoir occis.

Le destrier est léger et rapide,

A les pieds fins avec les jambes plates,

La cuisse courte et la croupe bien large,

Les côtés longs et l’échine bien haute,

Blanche la queue et la crinière jaune,

Petite oreille avec la tête fauve.

Aucun cheval qui lui soit comparable !

Turpin de P eims hardiment éperonne.

Ne manque pas de courir sur Abisme*

Va le frapper sur son écu d’émir,

Recouvert d’or, améthystes, topazes,

De diamants, d’escarboucles ardentes;

L’émir Galaf lui transmit cet écu,

Qu’au Val-Métas un diable lui donna.

Sans épargner, Turpin frappe l’écu;

Après ce coup, il ne vaut un denier.

D’un flanc à l’autre il perce le païen Et l’abat mort sur une place vide.

Et les Français disent : « Quel grand courage !

« Avec Turpin la croix est bien gardée ! »

Les Franks voyaient les païens si nombreux! De toutes parts les champs en sont couverts., Chacun réclame Olivier et Roland,

Les douze pairs, pour être leurs garants.

Alors Turpin leur dit tout ce qu’il pense :

« Seigneurs barons, n’allez pas défaillir!

<c Au nom de Dieu, que vous ne fuyiez pas ! a Qu’on n’aille pas chansonner contre nous ! ce 11 nous vaut mieux mourir en combattant!

<£ C'est notre sort : nous finirons ici :

« Après ce jour, ne serons plus vivants.

« Mais je vous suis bien garant d’une chose, « C’est que le saint paradis vous attend :

« Vous siégerez parmi les bienheureux ! »

Et sur ces mots, les Français s’enhardissent. Il n'est aucun qui n’ait crié : Monjoye! » aol

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