COMMENT APRÈS LE CINQUIÈME CHOC IL NE RESTE PLUS QUE SOIXANTE FRANÇAIS
Et la bataille est grande et merveilleuse !
Les Franks frappaient de leurs épieux brunis» Vous eussiez vu grande douleur des gens !
Tant d'hommes morts ou blessés et sanglants! L'un gît sur l’autre ou de face ou de dos.
Les Sarrasins n’y peuvent plus tenir.
Bon gré mal gré, ces païens déguerpissent :
Les Franks les ont chassés de vive force, aoi.
La bataille est merveilleuse et hâtive!
Les Franks frappaient avec force et colère. Tranchaient les poings, les côtes, les échines,
Les vêtements jusques à la chair vive,
Et le sang clair coulait sur l’herbe verte. Terre-major, Mahomet te maudit :
Plus que toute autre est ta race hardie !
Il n'est païen qui n’ait crié : « Marsile! c( Chevauche, roi, nous avons besoin d’aide ! »
Le preux Roland interpelle Olivier :
« Mon compagnon, n’est- ce pas votre avis,
« Que l’archevêque est bien bon chevalier?
« Meilleur n’y a sur terre et sous le ciel !
« Il sait frapper et de lance et d’épée ! »
Olivier dit : « Allons donc pour l’aider I »
Et les Français, à ces mots, recommencent. Durs sont les coups, cruel est le combat.
Bien grande perte il y a des chrétiens.
^*tü?lui qui vit Olivier et Roland
Frapper, tailler de leurs bonnes épées,
De bons guerriers pourra se souvenir!
Notre archevêque avec son épieu frappe.
Des païens morts on connaît bien le nombre, Car c’est écrit dans les chartes et brefs.
La geste (i) dit plus de quatre milliers.
A quatre chocs les Franks ont résisté;
Mais le cinquième est cruel et funeste!
Tous sont occis, ces chevaliers français, Soixante hormis ; Dieu les a épargnés !
Ils se vendront bien cher avant qu’ils meurent.