COMMENT L*ARCHEVÊQUS TURPIN DONNE L’AESOUTE AUX FRANÇAIS
Païens s'en vont, fâchés et courroucés;
Devers l’Espagne ils se précipitaient.
Le preux Roland ne les a poursuivis,
Il a perdu son cheval Vaillantif.
Qu’il veuille ou non, à pied il est resté.
Puis il alla pour aider à Turpin,
Il délaça son casque de la tête,
Il enleva le blanc haubert léger.
Il découpa son surtout en entier,
Il en plaça les morceaux sur les plaies,
Contre son sein il embrassa Turpin,
Sur l’herbe verte avec soin le coucha Et doucement lui fit cette prière :
« Homme de cœur, donnez-moi mon congé.
« Nos compagnons qui nous étaient si chers,
« Ils sont tous morts : ne les oublions pas.
«Je veux aller les chercher dans la foule.
« Et devant vous les porter et ranger. »
CHANT XXVI
Turpin lui dit : « Allez et revenez :
« Le champ est vôtre et mien, grâces à Dieu! »
Roland tout seul, par le champ de bataille, Fouille les vaux et fouille les montagnes.
Le preux trouva Gérer avec Gérin,
Et Béranger et le marquis Qthon,
Puis il trouva Sanche avec Anséis,
Trouva Gérard, le vieux de Rossillon.
Le preux Roland les a pris un par un.
Les a portés tous devant l’archevêque,
Et les a mis en rang à ses genoux.
Turpin ne peut s’empêcher de pleurer.
Lève sa main et puis il les bénit.
11 dit après : « Vous eûtes du malheur!
« Seigneurs, que Dieu place toutes vos âmes « Au paradis, parmi les saintes fleurs.
« Ma propre mort me donne tant d’angoisses :
« Je ne verrai plus le grand empereur (1) ! »
Roland retourne, il cherche dans le champ,
Lors il retrouve Olivier, son ami, '
Contre son sein étroitement l’embrasse,
Du mieux qu’il peut revient à l’archevêque,
Sur un écu près des autres le couche,
Et l’archevêque absout et les bénit.
Lors la douleur et la pitié redoublent,
Et Roland dit : « Olivier, bel ami,
« Vous fûtes fils au vaillant duc Renier,
(I) Remarquez avec quelle vénération et quel amour les chevaliers français parlent de Charlemagne. Olivier a dit qu’on ne verra pas un pareil roi.
« Chef du pays jusqu’au val de Runers.
« Pour rompre lance et pour briser écu,
« Pour conseiller et soutenir les braves, t( Pour effrayer et vaincre les gloutons,
« N’y eut sur terre un meilleur chevalier !