COMMENT L’ARCHEVÊQUE REND SON AME A DIEU
Le preux Roland, quand il voit morts ses pairs. Sire Olivier qu’il avait tant aimé,
Il s’attendrit, il commence à pleurer,
Et son visage est tout décoloré ;
Il a tel deuil qu’il ne peut se tenir ;
Qu’il veuille ou non, à terre il choit pâmé. Turpin lui dit : « Vous fûtes malheureux! »
Quand l’archevêque a vu Roland pâmer,
Il eut tel deuil, jamais n’en eut si grand.
Il étendit la main et prit le cor.
En Roncevaux il est une eau courante,
Il veut aller pour donner à Roland.
Son petit pas il marche en chancelant,
Si faible il est qu’il ne peut avancer,
N’en a la force, a trop perdu dé sang.
Avant qu’il puisse aller un seul arpent,
Le cœur lui faut, il retombe en avant,
Et de la mort il ressent les angoisses.
Le preux Roland revient de pâmoison,
Se met sur pieds, mais a grande douleur,
CHANT XXVII
Car il regarde en amont, en aval :
Sur Therbe verte, un peu devant les autres,
Il voit gésir le noble chevalier,
Turpin, que Dieu mit sur terre en son nom.
« Med culpd , » dit-il, les yeux au ciel ;
Et les deux mains jointes, il priait Dieu Qu’il le reçoive en son saint paradis.
Mort est Turpin, le bon guerrier de Charles !
Par grands combats et par très- beaux sermons, Contre païens il fut toujours champion.
Lui donne Dieu sa bénédiction ! aoi.
Le preux Roland voit l’archevêque à terre ;
Hors de son corps il vait gir les entrailles,
Et sur le front bouillonner la cervelle.
Sur la poitrine, entre les deux mamelles,
Il a croisé ses blanches mains, les belles.
Puis il le plaint à la mode de France :
« Eh ! chevalier de bonne aire, homme noble,
« Je te confie au Glorieux du ciel :
« Plus volontiers nul ne le servira !
« Nul ne sut mieux, depuis les saints apôtres,
« La foi garder et convertir les hommes.
« Que n’ait votre âme aucun mal ni souffrances! «Du paradis lui soit la porte ouverte ! »