CE QUE LES FRANÇAIS FONT A SARAGOSSE
Il fait grand chaud, la poussière se lève ;
Païens fuyaient, les Français les poursuivent ; Chasse durajusques à Saragosse.
En haut des tours, Bramimonde est montée Ensemble avec les clercs et les chanoines De leur loi fausse et que Dieu n’aime pas.
Ces prêtres n’ont d’ordre ni de tonsure.
Quand elle vit les païens confondus,
Elle cria : « Mahomet, aidez-nous!
« Eh ! noble roi, nos hommes sont vaincus,
« Nos chevaliers occis à grande honte,
« Et les Français vont prendre Saragosse. » Marsile entend, se tourne vers le mur.
Pleure des yeux, et sa tête s’affaisse.
Il meurt de deuil. Comme péché l’encombre,
Les diables vifs ont emporté son âme.
Tous les païens sont morts ou mis en fuite,
Et Charlemagne a gagné sa bataille.
De Saragosse il renverse la porte :
Or il sait bien qu’on ne peut la défendre.
Il prend la ville; sa gent y est venue,
Et cette nuit l’occupe par la force.
Charles est fier, à la barbe chenue.
Les tours lui rend la reine Bramimonde, Dix grosses tours et cinquante petites.
Travaille bien celui que Dieu protège!
Passe le jour, arrive la nuit sombre ;
Claire est la lune et les étoiles flambent. Notre empereur est maître à Saragosse.
Mille Français vont chercher dans la ville La synanogue et les mahomeries,
De leurs maillets, de leurs haches ils brisent Tous les portraits et toutes les idoles :
Nul sortilège ou fausseté n’y reste.
Le roi croit Dieu, veut faire son service : Eau du baptême ont béni les évêques;
Au baptistère ils mènent les païens.
S’il y en a qui contredisent Charles,
Il les fait pendre, ou brûler, ou tuer.
Cent mille et plus y furent baptisés Et vrais chrétiens, mais la reine exceptée î En France douce on l’emmène captive :
Le roi la veut convertir par amour.
La nuit passa, le jour clair apparut.
Charles garnit les tours de Saragosse ;
Il y laissa mille bons chevaliers,
Qui garderont la ville pour le roi.
Charles chevauche et ses hommes aussi,
Et Bramimonde, il l’emmène captive;
Mais il ne veut lui faire que du bien.
CHANT XXXIV
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