ET COMMENT PINABEL VIENT LE DÉMENTIR
Vers l’empereur retournent les barons.
« Nous vous prions, sire, lui disent- ils,
« De proclamer que Gane est acquitté ;
« Puis qu’il vous serve avec amour et foi.
« Laissez-le vivre ; il est homme très-noble :
« Roland est mort, plus ne le reverrons ;
« Ganelon mort ne nous en rendra rien,
« Nous ne l’aurons pour or ni pour richesses. » Le roi leur dit : « Vous m’êtes tous félons! » agi
Quand Charles voit que tous lui font défaut, 11 s’assombrit et sa tête s’affaisse.
Il a tel deuil qu’il se dit malheureux ;
Mais devant lui s’avance un chevalier ;
C’était Thierry, frère du duc d’Anjou.
Il a le corps maigre, élancé, gracile.
Les cheveux noirs et le visage brun ;
11 n’est pas grand, mais non plus trop petit. Courtoisement il dit à Charlemagne :
« Beau sire roi, ne vous troublez ainsi.
« Je vous ai bien servi, vous le savez.
« Pour mes aïeux je dois tenir ce plaid.
« Quel tort qu’ait fait Roland au comte Gane, « Votre service eût dû le garantir ;
« Gane est félon de ce qu’il l’a trahi.
« Il a commis envers vous un parjure.
« Je le condamne à pendaison, à mort,
« Et que son corps soit jeté dans le feu,
« Comme à félon qui félonie a fait.
« S’il a parents, qui démentir me veuillent,
« Par cette épée, à mon flanc que j’ai ceinte,
« Je soutiendrai mon arrêt sur-le-champ. »
Et les Français : « Or, vous avez bien dit ! »
Devant le roi Pinabel est venu :
Il est grand, fort, agile et courageux.
Celui qu’il frappe, a bien fl ni son temps.
Il dit au roi : « Sire, le plaid est vôtre.
« Or, commandez qu’il n'y ait tant de noise.
<c Voici Thierry qui jugement a fait ;
« Je le démens et je l’en combattrai. »
Il donne au roi le gant de sa main droite. L’empereur dit : « Bons garants je demande. » Trente des siens le cautionnent loyal.
Le roi leur dit : « Vous le garantissez. »
Les fait garder jusques au jugement, aoi.
Quand Thierry voit qu’il y aura bataille,
Il tend au roi le gant de sa main droite.
Le roi cautionne et fournit des otages.
Il fait porter quatre bancs sur la place.
Là vont s’asseoir ceux qui doivent combattre. On reconnaît que tout est bien réglé ;
Tout fut réglé par Ogier des Ardennes.
Ils font venir leurs chevaux et leurs armes, aoi.
Avant d’aller combattre, ils se confessent;
Ils sont absous et bénis tous les deux,