LES PRESAGES DE LA MORT DE ROLAND
En France éclate une étrange tourmente.
Le vent mugit et le tonnerre gronde. Partout ce n'est que pluie, grêle, tempête.
La foudre tombe, et tombe, et tombe encore.
La terre tremble, oui vraiment elle tremble, de Saint-Michel du Péril de la Mer jusqu'à Cologne où sont saintes reliques', de Besançon jusqu'au port de Wissant.
Dans les maisons les murs craquent et crèvent.
En plein midi, viennent grandes ténèbres. Il n est clarté que du feu des éclairs.
Chacun le voit et est pris d'épouvante.
Plusieurs disaient : « C'est le grand jugement : tout est fini ; les temps sont consommés ! »
1. Des textes indiquent ici Reims; dniitres Sens. Je me rallie i l'inlerprétalioD de Léon Gautier et de M. G.iston Paris. Diins l'empire de Charlemagne, de même que Besançon était à l'opposilc de Wissant, situé entre Rouiogne et Calais, Cologne était à l'opposile du Mont Saint-Michel en Normandie.
LES PRODlGIiS DES PRKUX. 177
Mais on se trompe ; on ne sait pas les choses. C'est le grand deuil pour la mort de Roland.
L'orage est grand ; les signes sont terriblea.
Depuis midi jusqu'à la fin du jour, se fait partout une épaisse nuit noire que le soleil ni la lune n'éclairent.
Le sol bondit; les murailles se fendent.
Tous ceux qui sont les témoins de ces choses ont l'âme en peine et croient qu'ils vont mourir.
Ah ! c'est bien droit que tous soient dans l'angoisse, quand Roland meurt, lui le grand capitaine, tel que jamais meilleur ne tint l'épée pour batailler et terres conquérir.
1. Ce couplet et les deux suivants sont tirés du manuscrit de Venise, sauf quelques vers pris à d'autres manuscrits.
Millier, dans son édition de 1818, donne un double extrait du manuscrit de Venise et du manuscrit de Paris. — Le manuscrit de Paris (treizième siècle) ne souffre pas la comparaison avec le manuscrit de Venise. Mais il tient le premier rang parmi les manuscrits de second ordre où se trouve paraphrasée et remaniée la Chanson de Roland.