Dient païen : « De ço avum asez
porterez des branches d'olivier; et de ma part direz à Charlemagne, que, par son Dieu, il ait merci de moi; qu'accompagné de mille de mes gens, j'irai le joindre, avant le mois fini ; que des chrétiens je recevrai la loi, et, par amour, par foi, serai son homme; qu'enfin, s'il veut, il aura des otages. »
Blancandrin dit : « Vous aurez bon succès. »
Marsile fit venir dix mules blanches, beau présent fait par le roi de Séville, avec freins d'or et selles d'argent pur.
Les messagers sur les mules montèrent...
Portant aux mains des branches d'olivier, ils vont où est le roi qui tient la France.
Charle a beau faire ; il sera pris au piège.
CnARLEMAGNE ET BLANCANDRIN
En belle humeur et joie est l'empereur :
Cordoue est pris.
Les machines de guerre, brisant ses tours, ont mis ses murs en pièces.
Les chevaliers ont eu très grand butin, or et argent, et armures de prix.
Pas un païen n'est resté dans la ville sans recevoir la mort ou le baptême*...
L'empereur Charle est dans un grand verger. Avec lui sont Olivier et Roland, le duc Samson et le fier Auséïs, Geoffroy d'Anjou, gonfanonier du roi, Gérin, Gérier, et maints autres seigneurs.
On peut compter quinze mille Français.
Ils sont assis sur de beaux tapis blancs, et, f'amusant, jouent, les uns au trictrac; cVautres, les vieux, les sages, aux échecs. Des jouvencuaux fringants font de l'escrime.
1. Ici apparaît le côté barbare de la figure de Cliarlemagne et de ses barons. Aux couplets 296, 299, 322 on trouvera d'autres témoieuages de cette brutalité intolérante et féroce dont l'inconscience diminue l'horreur.
Sous un grand pin, auprès d'un églantier, est un fauteuil, tout forgé d'or massif.
Là sied le roi qui tient la douce France.
Sa barbe es-t blanche et son chef tout fleuri ; bien fait son corps, fîère sa contenance : qui veut le voir le reconnaît sans peine.
Les messagers descendent de leurs mules, et saluent Charle avec grâce et respect.
Blancandrin prend le premier la parole, et dit au roi :
« Salut au nom de Dieu, que vous devez adorer dans sa gloire.
» Mon vaillant roi vous fait savoir ceci :
» S étant enquis de la loi du salut, il vous fera grands dons sur son avoir ; vous aurez ours, lions, beaux lévriers; sept cents chameaux, mille autours déjà grands, cinquante chars remplis d'or et d'argent, traînés ici par quatre cents mulets ; bref, tant et tant de besants d'or vermeil que vous pourrez payer tous vos soldats.
)) Mais finissez de séjourner ici. En France, à Aix, il vous faut retourner.
» Notre grand roi promet de vous y suivre. »
Lors l'empereur étend ses mains vers Dieu, baisse la tête et commence à penser.
L'empereur-roi reste tête baissée ; car en propos il ne fut jamais prompt. A sa coutume il prend temps pour parler; puis se redresse avec un fiev visage :
— « C'est très bien dit, fait-il aux messagers.
» Mais votre roi est mon grand ennemi.
» Quand il m'envoie d'excellentes promesses, comment puis-je être assuré qu'il les tienne? »
Le Sarrasin répond :
« Par bons otages...
» Vous en aurez ou dix, ou quinze, ou vingt; même un mien fils au risque de sa vie. Vous n'en sauriez avoir qui soient plus nobles.
y> Lorsque, rentré dans le royal palais*, vous
1. Un château de loiile beauté, entouré de douze autres châteaux magnifiques, tel était, d'après les vieilles chansons de geste, le royal palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. On y accédait par un grand perron d'acier sur lequel les chevaliers aiguisaient leurs épées et en éprouvaient la trempe. C'est sur ce perron que Roland avait essayé sa Durandal, quand il l'eut reçue en don des mains de Charlemagne. Il l'y heurta avec force. Elle n'eut pas la plus petite brèche. — Ce perron sera mentionné au couplet 301.
La Chapelle de Charlemagne était la cathédrale qu'il avait fait construire à Aix. On contait sur elle toutes sortes de légendes dont une est celle-ci : L'église était déjà toute bâtie et ornée, à grand
fêterez saint Michel du Péril, mon roi promet qj'ii viendra vous rejoindre, à ces bains d'Aix que Dieu a faits pour vous. C'est là qu'il veut qu'on le fasse chrétien. »
Charle répond : « Ce sera son salut. »
Le soir fut beau et le soleil fut clair.
Uospitalier pour les dix messagers, Charle fit mettre à l'étable leurs mules, et fit dresser au verger une tente, où, jusqu'au jour, ils passèrent la nuit.
Douze sergents durent prendre soin d'eux...
De grand matin l'empereur s'est levé.
Après avoir ouï messe et matines, il va s'asseoir à l'ombre d'un grand pin, et dit qu'on mande au conseil ses barons.
Par ceux de France en tout il veut marcher.
renTort de blocs de marbre et de lingots d'or ou d'argent, lorsque l'empereur s'avisa qu'elle était trop petite pour contenir les grandes foules qui y venaient. Il supplia hieu de l'agrandir. El tout à coup elle se trouva trois fois plus vaste. (Consulter YUistoire poétique de Charinmagn'', par Gaston l'iris.)
Aix renfermait des sources d'eaux chaudes, déjà célèbres du temps des Romains. On conta néanmoins qu'elles avaient miraculeusement jsiîli pour Charlemagne. D'où ce vers :
« Eqz eo voz bainz que Oetis pur vos i Gst. •