LA GRANDE ARMÉE ANNONCÉE A LA PETITE TROUPE
Yoici venir la foule des païens.
Ils ont lacé leurs bons heaumes d'Espagne ; ceint leurs épées faites d'acier viennois ; et revêtu des hauberts sarrasins, pour la plupart doublés d'un triple cuir.
Il fait beau voir leurs lances de Valence et leurs écus aux peintures dorées.
Leurs gonfanons sont blancs, bleus et vermeils.
Laissant mulets et chevaux de voyage, ils vont montés sur leurs coursiers de guerre.
A rangs serrés leur chevauchée s'avance.
Le jour est clair ; le soleil resplendit ; et chaque armure étincelle et flamboie ; et les clairons par milliers retentissent, pour que ce soit un spectacle plus beau.
Grand est le bruit, et les Français l'entendent.
Olivier dit : « Nous pourrions bien, amis, avoir bataille avec les Sarrasins. »
Roland répond :
« Ah ! que Dieu nous la donne !
» Nous devons tous tenir pour notre roi.
» Pour son seigneur on doit souffrir détresse, et endurer le grand chaud, le grand froid ; risquer sa peau, risquer aussi sa tête*.
» Soyons tous prêts à frapper de grands coups! Que contre nous on ne chansonne pas ^ !
» Païens ont tort, et chrétiens ont bon droit.
» One ne viendra de moi mauvais exemple. »
Sur un haut pic Olivier est monté.
Il guette à droite, au fond du val herbu, et voit venir toute l'armée païenne.
Lors, appelant son compagnon Roland :
« Quei de coursiers, quel tumulte d'armures je vois venir du côté de l'Espagne !