E-MERSON
CHARLERtAGNE A RONCEVAUÎ
Roland est mort : Dieu a son âme aux cieux...
Cependant Charle arrive à Roncevaux.
Là, pas de route ou de petit sentier, pas de coin
vide ou d'une aune ou d'un pied, où l'on ne voie Français et Sarrasins, étendus morts.
Et l'empereur s'écrie :
« Mon beau neveu, Roland, oiî êtes-vous?
» Où sont Turpin et le comte Olivier? Où sont Gérin et son ami Gérier? Où sont Otto, le comte Béranger, Jvore, Ivon, que tant je chérissais, le duc Samson et le fier Anséis?
» Qu'est devenu le Gascon Angelier? Où est le vieux Gérard de Roussillon?
» Les douze pairs laissés derrière moi, où donc sont-ils? »
Hélas! Il crie en vain...
Nul ne répond.
« Dieu, puis-je assez gémir, d'être arrivé trop tard pour la bataille! » dit Charlemagne. Et, tout désespéré, les yeux en pleurs, il s'arrache la barbe.
Ses chevaliers versent aussi des larmes; ils sont bien mille à terre évanouis.
« C'est grand'pitié ! » s'écriait le duc Naime.
Pas un baron, pas un seul chevalier qui de regret ne pleure amèrement.
Ce sont leurs fils, leurs frères, leurs neveux, et des amis, des alliés, qu'ils pleurent.
Ils sont plusieurs qui tombent tout pâmés.
Mais le duc Naime agit en preux très sage ; et, le premier, il dit à l'empereur :
« Voyez là-bas, sire, à deux lieues de nous; voyez combien poudroient les grands chemins ; ils sont couverts de hordes sarrasines...
» Donc, chevauchez ! vengez notre douleur!
— « Hé Dieu! dit Charle, ils ne sont que trop loin...
» Faites-moi droit et rendez-moi Thonneur, grand Dieu du ciel! Mort à tous ces païens! De douce France ils m'ont ravi la fleur. »
Le roi commande Othon et Gebouïn, Thibaut de Reims et le comte Milon :
« Gardez ce champ, ces vallées et ces monts ; laissez les morts étendus comme ils sont...
» Qu'aucun lion ou animal quelconque, qu'aucun valet ou écuyer n'y touche !
» Je le défends.
» Qu'ils restent respectés, jusqu'à ce que Dieu ici nous ramène ! »
Eux, pleins d'amour, répondent doucement .
« Nous le ferons, droit empereur, cher sire. »
Mille des leurs demeurent avec eux.