‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 52 sur 71 · LA POURSUITE · texte numérisé non relu

LA POURSUITE

Le vaillant roi fait sonner ses clairons :

Tous à cheval !

La grande armée s'ébranle ; et va courant sur le dos des païens. Chacun s'empresse à leur faire la chasse.

Mais Charle voit que le soir va tomber.

Lors, de cheval il descend en un pré, sur l'herbe verte, et prosterné à terre, à jointes mains il prie le seigneur Dieu qu'à son soleil pour lui il dise « Arrête! » ; que la nuit tarde, et que le jour demeure.*

Voici venir son ange couturnier, qui promptement le rassure en ces termes :

(c Charle, chevauche; et le jour te luira! La fleur de France est morte. Dieu le sait... Du peuple impie tu pourras te venger. »

Il dit; le roi remonte sur sa selle*.

1. Dans l'Iliade, quand !a nuit met fin au combat, l'impétueux

Quel grand miracle est fait pour Charlemagne ! Le clair soleil immobile s'arrête.

Les païens fuient; les Français les poursuivent; au Val-Ténèbre enfin ils les atteignent; et, les poussant jusque sur Saragosse, l'épée aux reins, ils les tuent par milliers.

Grands sont les coups ; terrible est le massacre.

Voies et chemins sont coupés aux païens, quand, devant eux, paraît le cours de l'Ebre...

Ajax ne peut s'y résigner. Que Jupiter prenne parti contre les Grecs! Mais qu'il fasse luire encore son soleil 1

— «0 Dieu, rends-nous le jour, et combats contre nous! » s'écrie le héros.

Dans la Bible, au livre de Josué, il est dit ;

En ce jour, Josué parla à l'Eternel, et l'Eternel livra les Amorrhéens aux enfants d'Israël.

Josué dit devant tout Israël : « Arrête-toi, soleil, sur Gabaon; » et toi, lune, demeure dans la vallée! »

Et le soleil s'arrêta, et la lune demeura dans la vallée d'Aïaloii, jusqu'à ce que fût terminée la victoire, la victoire vengeresse d'Israël.

Aussi est-il écrit dans le livre des chants héroïques : « Le soleil s'est arrêté au milieu du ciel; il n'est pas allé se reposer; et pourtant le jour avait atteint son terme. Il n'y a jamais eu un jour comme celui-là. Pas un pareil ne l'a précédé, pas un pareil ne le suivra, ce jour, pendant lequel Dieu lui-même obéit à la parole d'un héros, pendant lequel Jéhovah lui-même combattit avec un homme pour Israël. »

L'eau est profonde et le courant rapide ; pas de bateaux, de barques, de chalands.

Les Sarrasins, invoquant Tervagant, sautent dans l'eau.

Mais nul salut pour eux...

Les mieux armés, étant les plus pesants, tout aussitôt coulent au fond du fleuve.

D'autres, légers, vont flottant à vau-l'eau.

Chance inutile! Ils boivent tant et tant, qu'ils sont noyés dans d'horribles angoisses.

Chacun leur dit : « Rappelez-vous Roland ! »

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