Gefreid d'Anjou portet l'orie flambe
Seint Piere fut, si aveit num Romaine, Mais de Munjoie iloec outpris eschange.
Le vers Seint Piere fut, si aveit num Romaine, a paru très énigmalique; et c'est en le supprimant que maints Rolandistes, rajeunisseurs ou traducteurs, ont tranclié la difficulté.
A Saint-Jean-de-Latran, à Rome, se trouvent deux très curieuses mosaïques remontant au neuvième siècle, et dont la restauration, parait-il, a été faite d'après des reproductions anciennes, notamment d'après un -dessin colorié conservé à la bibliothèque du Vatican.
Une mosaïque représente saint Pierre remettant un étendard vert à Charlemagne qui, en même temps que le pape Léon III, est prosterné devant l'apôtre; et au-dessous on lit ces mots en latin : « 0 )ienheureux Pierre, donne vie au uape Léon; donne victoire au roi
La grande armée comprend dans ses dix corps, groupés selon le pays et la race :
Charle ». L'autre mosaïque représente le Christ remettant à Charlemagne un étendard rouge.
La bannière verte est l'étendard de la ville des Papes; la bannière rouge est l'étendard de l'empire de Charlemagne.
Pour l'auteur de Roland, semble-t-il, les deux bannières n'en font qu'une, qui s'appelait d'abord Uomaine, et qui, à partir de la grande bataille de Saragosse qu'il raconte, prit le nom de Monjoie, conforme au cri il/on/oie dont on a vu l'explication au couplet 218,
Un fait certain, c'est que, dès la fin du onzième siècle, il s'était établi une tradition rattachant l'oriflamme capétienne à l'oriflamme carlovingienne, quoiqu'il n'y ait rien de commun entre la rouge bannière de l'Empire et l'étendard rouge que nos anciens rois allaient recevoir des mains de l'abbé du monastère Saint-Denis, quand ils partaient pour la guerre.
M. Marins Sepet a expliqué le cri de guerre Mont joie, entendu selon l'orthographe ordinaire, par l'histoire de la bannière royname, au moyen de conjectures ingénieuses dont voici une esquisse sommaire.
La bannière de Charlemagne lui aurait été solennellement remise par le pape Léon IIl sur la colline du Vatican. Or, cette colline était appelée Monljoie [Mont de la Joie), parce que c'est par cette colline que, sous les Césars, les empereurs faisaient à Rome leurs entrées triomphales, et que, sous les papes, les pèlerins joyeux apercevaient pour la première fois la basilique des apôtres. Pour perpétuer à jamais la mémoire de la cérémonie et du lieu de sa célébration, le nom de Montjoie fut donné à la bannière romaine que reçut Charlemagne: et le cri « Montjoie t » fut adopté par les Français.
Plus tard, quand fut arborée l'oriflamme de Saint-Denis, on adopta comme de raison le cri « Saint-Denis ! » mais sans renoncer au
Des Bavarois, soldats de fîère mine, fermes au poste et guerroyant en braves, que l'empereur aime par-dessus tous, mais moins pourtant que ses hommes de France, les conquérants de tant de beaux royaumes ;
Des Allemands, bien montés, bien armés, prêts à mourir plutôt que reculer;
De blonds Normands, aux beaux chevaux rapides, se tenant bien sur le champ de bataille, où ils mourront mais ne se rendront pas; car il n'est point de race plus guerrière ;
De forts Bretons, qui, gonfanons au vent, ont à cheval tout l'air de vrais barons;
Des Poitevins, des enfants de l'Auvergne, aux bons chevaux et aux belles armures ;
De roux Flamands, de solides Frisons, qu'on ne verra jamais tourner le dos ;
Des Bourguignons et des Lorrains qui portent de forts épieux dont le bois est très court; et qui
vieux cri Montjoie! De là le cri a Montjoie Saint-Denis ! » qui a si longtemps retenti sur nos champs de bataille.
(Lire, outre le Drapeau de la France de M. Marins Sepet, le curieux et savant ouvrage de M. Gustave Desjardins : Recherches sur les drapeaux français. M. Gustave Desjardins a notamment émis des doutes très motivés sur l'exactitude des inscriptions de la mosaïque qui contient l'oriflamme de Chariemagne. Peut-être serat-il amené à étendre plus loin ses doutes.)
bientôt donneront de fiers coups, tels qu'on verra les païens confondus, s'ils ont le cœur d'affronter pareils preux ;
Des barons Francs de haute contenance, de corps gaillard et d'âme valeureuse, qui au combat feront riche besogne.
Charle debout, dans le val, sur un tertre, vers l'horizon étendant sa main droite, leur donne à tous sa bénédiction.
Ils crient : «Monjoie! Bataille! La bataille ! »
Sur le gazon l'empereur se prosterne; tourne ses yeux vers le soleil levant, et dit à Dieu du plus profond du cœur :
c( Sois ma défense, ô Dieu, notre vrai père ; toi qui sauvas Jonas de la baleine ; les trois enfants du feu de la fournaise ; et Daniel de la dent des lions, qui dans la fosse allaient le dévorer!
» Que ton amour sur moi veille aujourd'hui; et fais de nous les vengeurs de Roland ! »
Ainsi prie-t-il; ensuite il se relève ; fait sur son front un grand signe de croix; d'un bond rapide enfourche son cheval dont l'étrier était tenu par Naime ; et, lance au poing, le corps noble et gail-
lard, le front serein, l'œil brillant d'assurance, devant les siens fièrement il galope.
De-ci, de-là, les clairons retentissent.
Plus haut qu'eux tous, le cor de Roland sonne ; et les Français touchés pleurent Roland,
Très noblement chevauche l'empereur, sur son haubert faisant flotter sa barbe.
Ses chevaliers, qui tous l'aiment, l'imitent.
Ils ont passé ces grands monts, ces hauts rocs, ces vaux profonds, ces défilés horribles. Les voilà hors du ténébreux désert, et engagés dans la marche d'Espagne...
Ils y font halte au milieu d'une plaine.