‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 10 sur 63 · DU CHRISTIANISME. XLI · texte numérisé non relu

DU CHRISTIANISME. XLI

gime romain, et qui, en établissant son pouvoir temporel^ a assuré pour dix siècles l'indépendance du spirituel. Aussi comprend-on que, lorsque le Pape plaçait sur la tête du roi barbare la couronne d'Occident, le peuple pouss&t cette acclamation : Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat (1).

Il n'est pas étonnant non plus qu'une poésie originaire de ces exploits à la fois guerriers et religieux, etrevifiée parles croisades, se rattache directement à la papauté. Sous ce rapport, nos chansons de geste sont la traduction en chants populaires de la célèbre mosaïque de Latran dans laquelle saint Pierre donne l'étole à Léon III et l'étendard à Charlemagne. Aussi, dans la Chanson de Roland, l'empereur , avant de marcher contre l'émir Baligant,

Hecleimet Deu et l'apostle de Rome.

De même, Guillaume au Court Nez^ .

Deu reclama et le baron saint Père Qai le deffende de la gent pautonnière.

Renouart, dans le même poème de la Bataille d'Aleschamps^ s'écrie :

En Deu me (i et el baron saint Piëre.

C'était l'un des cris les plus ordinaires de nos chevaliers. Je rappellerai aussi que, dans l'énumération des conquêtes de Charlemagne, le trouvère de la Chanson de Éoland rapporte qu'il a conquis au Pape le tribut de l'Angleterre.

(1) Ozanam, Études germaniquesy tome 11^ p. 60^ 64, 133 et 145.

XUI INTRODUCTION,

Oa a accusé Charlemague d'avoir pesé sof h chef da rËgliâe , mais cette appréciation e)st au moinç exagérée. S'il a mérité d'être appelé « le sergent de Dieu x» et, comme Constantin, mais à plus juste titre, « l'évèque du dehors ; d s'il a été le bouclier et répée de l'Ëgliise , il a respecté sa liberté au de* dans, et fait appliquer ses canons, «c Les Capitulaires, dit D.. Pitra, ont laissé intacte la suprématie de l'Église ; dictés et délibérés avec des évéqueS| ils n'ont, le plus souvent , réglé que ces questions mixtes où l'accord des deux puissances est indispensable (1). ^ Il faut sgouter que nos premiers rois, s'ils pesaient sur les élections ecclésiastiques, étaient peu disposés à dogmatiser. Ce son| les plus mauvais, notamment Chilpéric y% qui l'ont essayé.

D'ailleurs, nos poëmes chevaleresques ont été composés trois siècles après les événements qu'ils racontent. Ils reproduisent l'idéal, non du siècle de Charlemagne, mais de l'époque où Louis YII écrivait à Henri II : ce Je suis roi tout aussi bien que fc le roi d'Angleterre, mais je ne pourrais pas dé- « poser le plus petit derc de mon royaume (2). ïf Le souffle de Nicolas I" et de Grégoire YII a passé sur le monde chrétien. Au point de vue des rapports du spirituel avec le temporel, les poèmes Iran-» çais semeuveat dans une atmosphère plus normale, plus épique, si je puis m'ezprimer ainsi que le Ma-^

(1) Des canons et des coUeetUms eanmriques de itglise gfwgue. Paris^ 1858.

(2) Cité par Hippeau^ dans l'introduction à la Vie de saint Tho^ ma9 le Martyr, Gaen^ 1859.

TURPIN OU DU CLERGÉ. XLUf

mayana, et surtout que le Maha-Barata, qui a les ^Jlures d'un plaidioye; clérical, ce qui est uae mauvaise condition pour la beauté et rbarm^ni^ d'un poôme.

TUEPIN ou DU CLERGÉ.

Comment s'est introduit, dans la Chanson de Mo-' land et ailleurs, cet étronge personnage d^l Turpin, archevêque de fieims, que le trouvère a reiidu si touchant et si épique ? Pour le bien comprendre; il faut se rappeler qu'il y a eu successivement, dans les premiers temps de la monarchie, deux types de prélaifi ; d'abord l'évèque gallo-romain, et ensuite l'évéque frank.

Les évèques gallo-rxunajins, comme le témoignent leiir pQésie et leur prose, donnaient dans tous les ^pa^efuents du bel-esprit, et ils employaient tn^ sQ^y^nt ^ £c)rmes adulatrices envers les maîtres d^:l§^< lep^e. Assurément, ces prélats ne mancm^9^i>( P/9^ de vertus; ils put eu le courage d'un sejij^^IiQup, 4^un ^a^it Aignan, celui d'un pasteuv qu^ j^ dévoue pour sauver son troupeau; leur hé*ro](SBie était celui du mfirtyre. Mais il n'y eut pas, sous les premiers Mérovingiens, beaucoup d'exem** pies du genre d'énergie dont saint Nicétius fit preuve, lorsqu'en présence du roi d'Austrasie, Théodebert, il interdit à ceux de ses leudes qui étaient excommuniés, Feutrée de la catibédrale de Trêves.

XLIV IN^TRODUGTION.

Les Barbares étaient entrés de bonne heure et en assez grand nombre dans la vie monastique, et y avaient apporté leur fierté et leur indomptable énergie qu'ils y tournaient au bien. Bientôt Charles Martel opéra une véritable révolution, lorsqu'il fit arriver aux évéchés des seigneurs de race franque. Il y eut en Germanie des apôtres qui étaient neveux de Pépin le Bref, qui* avaient siégé dans les conseils de Charlemagne et commandé ses armées comme les saints Adalhard et Wala. Ce dernier dormait en plein air dans un sillon, avec une selle pour oreiUer. L'idéal chevaleresque s'était substitué & celui des catacombes (1).

La papauté prit parti contre cette nouvelle forme de l'épiscopat, qui, sauf l'hérédité, assimilait le monde ecclésiastique au monde féodal. Dès le règne de Charlemagne, et notamment aux conciles de 743, de 803 et de 813, il était fait défense aux évoques d'aller à la guerre ; mais ils continuèrent à se battre, paï*ce qu'ils étaient d'une race guerroyante et parce qu'ils craignaient, s'ils ne le faisaient pas, qiie les biens de TÉ^lise fuiïsenl envahis par les laïques. Le caractère religieux ou défeinsif de la plupart des guerres, explique, justifie peutêtre ces entraînements guerriers , auxquels ,* d'ailleurs, les évoques franks n'étaient pas capables de résister.

(1) H. Martin, Histoire de France, tome II, pi^ 186. -^ Montalembert. Les Moines d^ Occident y tome II, page 272, 500 à 573.— Ozanam, Études germaniques , tome II, pages 270-273.

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