LES PETITS
Je parlerai maintenant des rapports des chevaliers avec les gens de la ville et de la campagne. Le chevalier français aime ses inférieurs ; il a souci d'eux et il les traite en père de la famille (2). Ainsi, lorsque le seigneur assiégé fait une sortie , c'est son devoir et son honneur de ne rentrer que le dernier, quand tous les autres sont déjà en sûreté et il n'y nianque jamais :
Mais Bemars sait de guerre à grant plenté^ Que bien en fu norris tout son aé ; Dist à sa gent : a Trop i avons esté, Tomons nous en. » Et ils s'en sunt tornés; Trestout le pas ne s'i sant arrestés.
Va s'en Bernars, li sîres de Naisil, i
De toumoier ne fu plus entreprjins; ^ Les siens enmaine^ tout derrière s^est mis,
Au chief du pont fu grans li fouléis; Garins enchauce et ses niés Auberis;
(1) Crorin le Lohérain, tome 11^ page 220 du texte. — l'âge 234 de la traduction.
(2) La solidarité était si bien dans^ les mœurs au moyen âge, qu'un orateur politique très-célèbre en parlait le il janvier 1864 au Corps législatif comme d'un des caractères généraux de cette époque. « A côté des violences de ce temps^ disait M. Thiers à propos de n'importe quoi^ la Providence avait placé le sentiment de la protection du faible. »
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Et dist Bernars : « Passez tôt à loisir^ ,
Ne doutez home tant com je soie vis (1). »
Dans la même chanson, le trouvère raconte qu'Aimon donne à ses gens le signal du retour dans la ville et qu'en chevalier courageux et hardi , il reste avec ses fils sur le dernier rang pour supporter le grand poids de la poursuite (2).
L'auteur du poème sur le couronnement de Louis le Débonnaire fait ainsi l'éloge de la cour de Charlemagne :
Por la jpstice, la poure gent i vet;
Nus ne se claime qui très-bon droit n*en ait (3).
Dans la Bataille d'Aleschamps, voici venir Renouart,
L'espée an poings plus est fier que sangler.
Tout fier qu'il se montre, et il a lieu de l'être après les grands coups qu'il a irappés sur les Sarrasins , voyons l'accueil qu'il va faire à un paysan dont les fèves ont été endommagées (4) :
Un poures homs li commence à crier :
« Sire, merci, je vueil à vos parler.
Des Sarrazins me vieng à vos clamer.
Que en mes fèves vi ier matin entrer :
Onques por moi ne vorrent remuer, Totes lor vi essillier et gaèter.
Je's cttidai vendre et del pain acheter
(1) GanVi le Lohérain, tome II, page 51.
(2) Garin le Lohérain, page 259 de la traduction.
(3) Vers 32, édition de Jonckbloet.
(4) Vers 7063 à 7170.
xcvtii iHimoDiicrpiON.
Por mes enfani «t por ibol goùyemelr :
Ne lor avDie Autre chèse à done]r>
Or les convient trestoz de fain enfler. »
Dit Renoars : « Mar l'osèrent penser.
Par saint Denis^ ferai lor comparer^
Tôt le domage te ferai restorer,
Chascune cosse un denier acheter. »
Dist U vilains : « Jheeus vos puist sauver ! »
Ayaiit obtenu de Guillaume au Court Nez la peis mission de punir les Sarrazins qui ont <crobé la yitaiilè à ses hommes , » Renouart
lui enmaine le poure home chenu.
Desi as fèves ne sont arestéu.
Renoars monte sor un fossé herhu> Voit maint paien armé et fervestu^ fi 8K vds elère les aserîA à hu :
« Fil à (1)^ Sarrazin meseréu,
Mar i avez la favière abatu.
Je gart les fèves^ g'en aurai le tréu :
J'à en dourés mil mars d*or Un molti Où jà serés par les gueules pendu.
fil à , trop élistes béu
Quftâi ttîi poure home avez le siéh tolu.... '
9il à.,.u.| mar entractes es fèves; Ne*s aviés errées né semées, Li poures hom les avait ahanées, Se's devoit vendre à petites denrées. »
Après avoir ainsi vidé là questioti de droit , circonstance obligée dans ,une chanson de geste, Renouart tue les Sairasins et d<Mine leum armes et leurs chevaux au paysan.
Dist li vilains : « Ci a bones soldées ; Or sont moult bien mes fèves aohatées.
Bien soit de Teure qtt*el68 furent semées ! i»
(1) CSourtisanes.