LES PETITS. CI
Le roman de Hugues^Capet est très-remarqoable par le rôle politique qu'y jouent les bourgeois (1). Du reste les inférieurs ne sont pas oubliés non plus sous le rapport du courage. Je me bornerai à indiquer ici le poème des Lorrains et plus particuUère* ment encore celui de Parise la duchesse (2), où Ricfaier et les autres bourgeois se montrent héroïques i faire envie aux douze pairs de France, si ces nobles chevaliers eussent été capables d'éprouver un tel sentiment.
La bienveillance à l'égard des petits était tellement dans les mœurs que le trouvère iHAgolani attribue le même sentiment aux chefs Sarraasins:
Et fier et fel envers les orguillios, Envers povres^ et humbles et pitos (3).
Aussi chacun s'intéresse au sort des héros : après avoir annoncé que Charlemagne finira par se réconcilier avec Renaud de Montauban, le trouvère ajoute :
De quoy moult rejoy furent duo, oonte et per. Chevaliers et bourgois, escuyer et bacheler^ Et tous bons ohrestiens delà et desà mer.
Les petits ne sont pas oubliés dans les chroniques rimées; ainsi dans la Chanson d'Antiache (4),
Et ribaut les férirent qui nés vont espargnant, A pelés et à hâves en vont moult occiant.
Paien sont desoonû, si s'en toment fuiant.
(i) Pages cvin, 27 et passim.
(2) Voir page 60 et suivantes.
(3) Ver» 841.
(4) n^ 37. Page 89 de la traduction.
en INTRODUCTION.
J'ajouterai ^e telle est la grande traditiion épi^e. Ainsi le roi Daçaratha appelle les quatre classes à là célébration de son grand sacrifiée de rAsvamédah. Est-il besoin aussi de rappeler que, dans le Schanameh, qui a tant d'analogies avec nos chansons de geste, l'énergique résistance d'un simple forgeron délivre la Perse de la tyrannie de Zohak [et que le tablier de euir de Kaveh devient) l'oriflamme des Iraniens ?
De tout ce qui précède, il résulte que le héros des grandes chansons de geste représente dans toute sa vérité, l'idéal chevaleresque et chrétien. Cet idéal,' saint Louis le réalise dans l'histoire ; Guillaume au Court Nez, notre Cid, en est le type le plus complet dans la poésie légendaire. Rolan4 en est l'expression véritablement épique. Roland peut nous dire comme Béatrix à Dante :
Guardami ben^ ben son, ben son Béatrice !
Regarde-moi bien; je suis bien^ je suis bien Béatrix ,
c'est-à-dire l'idéal.