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Le soir fut beau; le soleil était dair.
Le roi fût mettre à Tétable les mules.
En un verger il fait tendre une tente, <»» Les messagers il y fait héberger ; Douze sergents les ont bien accueillis.
Jusqu'au jour clair ils y passent la ni^t (2). De grand matin s'est levé l'empereur ; Charles ouït la messe et les matines , Et sous un pin l'empereur e^st allé.
Pour le conseil il mande ses barons (3) :
Par ceux de France il veut en tout marcher, aoi.
(1) Le texte dit : Saint-Michel del périf, ce qui veut dire, patron du monastère de Saint-Michel en péril de mer. Voir Garin k Loherain, page 184 de la traduction.
(2) Voir dans ^érard de RossiHon, édition F. Miohel/pagf» 320 et '6U, et daps Àgok&ft, vers 1247^ la réception .faite aux znessagers.
(3) Ici et aux pages 4, 3 et 10, le trouvère met : son amseill finer ou fenir, ce qui veut dire : fîxer sa résolution.
l6 Li bkÂNSON DE àdLAkÔ.
ÎII
COMMENT LÉS F&ÂlfÇAM DélibBRJSJtT 8tR hÉH PROPOSITIONS DU ROI MARSHiE,
Notre empereur est allé sous un pin.
Il a mandé ses barons au conseil , 7 «> Le duc Ogier, larchevèque Tjiirpin ,
son neveu Heiicy,
Le vaillant comte Asseiin de Gascogne , .
Thibaut de Reims et Milon son cousin ;
Gérer y fut et son ami Gèrin.
/7* Le preux Roland y vint en même temps ,
Avec le noble et vaillant Olivier.
Des Franks de France (1) ils étaient plus àe mille.
Ganes y vini , qiiii fit la Iranison.
Lors commença ce conseil de malheur, aoi.
%o II S^gneun» barons ^ dit Charles i'emiperear^ « Le M ^yéh m'a tWn^àiis liA ttiê»S*g«:
(1) G'estrà-dire de ia France proprement dite. Le mot francs servait aussi à désigner les hommes libres.
ifr
De son àvbif il m'offi^e gt*àtide j^ftH :
Ours et lions ^ lèvriéw énchaMéë j Sept cents chlBimiéaux et mille atitbiii<é tiiuéâ , Troià bénis knnlets charge de Vôt alrtije (1) ; Avec cela plue dé cinqlilâtnte ch^hs.
Mais il entend qtïe je M'en àilUe éii FMtoeè. Il me suivM dAns Ait , ma i^id«tiiSé { Il recevra âotrô loi èalutaire ^ Sera chrétien , de mot tiendra 'êlêê.. tèk^ ^ Mais je né saià â'ii eh isk lé dtaifâeili. ^ Et les Français disent : « Prenons bien garde ! » aoi.
Notre empereur a &u ^les raisons. *
Le preux Roland i^ qui point he 1q0 e^i^uvb; /f r Saute sur pieds (1) et Vient y )éontrêdir«.
Il dit au roi i^ Kb croyéE pâi litàrsile !
<c Depuis sept ansnôtn» ^mmes en Ekdpkgnts.
« Je vous <^»)^«i et fto^lës et 6oimaibl6 ^ i"» « J'ai pris Valteme et la terre de Fine,
ïc E^ Éàlagiiet, iët l*udêle et Séziïe.
(( Le roi Marsile! iQ n^a fait que trabir. . . !. ; « Il nous manda quin2fe mille des siens , li Chacun porlaiût'iûfflLé bîraûcbe d'toliVô ; •
(1) Le texte dit icï k tiWslfatil '^oM 'ésftW^'Wttfëft.
(2) Saute sur pieds. Cette 'eîjîlreisfeîoh Se "Wôitfe'tîalïls \^ chants gerbes et dans presque tons nos poëmés chcHiy érësquè^ ^ kotamipent dans Fteraôro^, pagre \fé;'A^ii'1iààù('tà'cM6i*àj/, |àge8 27 et 64; ixsàettfî^'ts Whirain, page 272 dô )& tr^(itîOti'.
^oi^ « Us vous disaient tous ces menées discours.
« De vos Français vous prîtes les avis.
<( On conseilla quelque accommodement.
« Vers le payen vous mand&tes deux comtes;
c( L'un fut Basan et le second Basile :
^ / o « Il leur coupa la tète auprès d'Haltile (i ] .
c( Faites la guerre entreprise par vous ;
« Vers Saragosse aliénez votre armée ,
<c Assiégez-la plutôt toute la vie ,
« Et vengez ceux que le f^on occit. » aoi.
^ ' * " Notre empereur tient la tète baissée ,
Flatte sa barbe et tire sa moustache ,
 son neveu ne répond bien ni mal.
Tous les Français se taisent, honnis Gane.
Il saute en pieds ; il vient devantrle loî , }
» 2 « Et fièrement commence ses raisKms. ,
« N'écoutez-pas i a-t-il dit, les vaiuieiis, î, ,
(1) L'histoire de Basaq et de Basile est racontée dans le roman de laPrisedeFampeiuney dont M. Adolphe Mussafla vient de publier une édition à 'Vienne en Autriche^ 1864. - •
Lour dist as siens païens : « Ces mesaces che toî • '
« Prenies si«l| pendes dehors en mi TerixJi. » Lour li courèrent sour plus de cent et vint trois Des Païens et prisjtreiit li dous à celle fîcHj • Et pues les meinèrent i^ens nul ^utre çoroi
Dehors^ sili pen4rent. .... , . ,
Ënsi furent pendus sens liul délaiçmi^nt., ,^
Li messagierfijCarlon. . (Yers. 26*0 îi 2630,)
« Ni moi ni d'autre, hors qu'il vous en profite.
ce Lorsque le roi payen vous fait mander
« Qu'il deviendra votre homme à deux mains jointes, 2>nk Par votre don tiendra toute l'Espagne,
<c Et recevra la foi que nous gardons,
(( Celui qui dit de rejeter cette ofl&«
« N'a nul souci quelle mort nous mourions.
« Conseil d'orgueil n'a droit d'être suivi.
^io « Laissons les fous et tenons-nous aux sages. » aoi.
Nayme le duc vient après Ganelon {A) ;
Il n'y avait plus brave homme à la cour.
Il dit au roi : « Vous avez entendu
« Ce que le preux Ganes a répondu?
»»r « Il a raison ; qu'il soit donc écouté.
« Le roi Marsile est vaincu dans .la guerre ;
<c Vous avez pris toutes ses forteresses,
« Par vos pierriers avez brisé ses murs ,
(( Vaincu sa troupe et brûlé ses cités.
i*^» <( Quand il vous prie avoir merci de lui ,
« Qu'en garantie il ofiEre des otages :
« Lui faire plus, ce serait im péché.
<( Faut mettre fin à cette longue guerre. »
Les Franks disaient : « Le duc a bien parlé ! » âoi.
(1) Diminutif très'usité de Gane. L'on dit de même Karl-on^ Maraili-on.
il IfÀ. CHANSON OB RQUANO.
^Vi
COMMENT ROLAM) FA^'^' DESIGNER qÂJ^ POUR AÏ4^R EN AMBASSADE AUPRES DE MARSILE.
c( A Saragosse , auprès du roi Marsile ? »
Nayme répond : a J'irai , si vous voulez ; « Donnez-m'^n 4q»c le gfUit et 1§ \^^^ (i). » Le roi répqî^^ : (( Vouç êtes, ^9XW^, S^^Q} « Non, par ma barb^ et ^ c^tte pxpustocl,,, « Si loin de moi vous n'irez cette année.
« Asseyez-vou^ «juand pijl n^ voqs appeUe !
a Qui donc, sgiçi^eups, pourrons-nous envpyey a AuSarrazinçpii prde§wiÇOSse? p ^^ Roland répoiid : « J'y puis «jllei! trè^lii^. yt Olivier dit : « Non , yousf n'§n feyez rien.
« Votre courage çjst trop ijer pt farpuçlie.,
(i) Le gant et le bâton indiquent l'investiture d'une charge ou d'une mi$f iqn. ïioiand blessé o^fe son gant > Dieu OQÇEiiQf f^t^ faire hommage de lui-même. Dans Fierabras, page 10 : Karles tient son gant destre^ Olivier l'a baillé, fit H quens l'en reehut, si l'en a merchiié.
Il en est de même chez les Sarrazins. Voir Gaufrey, page 47.
LA CHi^SfON DIS ^OLANq. i5
a Et je ÇFmfl^9 «U^ wv^ ifftfls dH»HtiP«.
« Si le ïoi veut , j'y pu|? aj|pr teèi?-l)ifiî}. >) ^tt' Le roi répond : ^ T^fls le» ^^flx, tfô^-yQUjj^ « Ni vous ni lui n'y poçt§f ez le^ pie^s.
ic Par cette Im}^^ ici qu'pR ypjt Iflafl^çhif ^ <i Le» douzg p^ii^ y ^ï:Qnt p^l yenus. »
Tous les Ff^çais ge tp^is^ftti F^^t cpj[?-
» (^ :r Turpin 4e |iei^ ^ l^yp de 59?^ jr^g, (( Laissez, 4iMlj? yp§ FçaflÇai» y^Bft5t5^tt En ce pays ypu3 f <^|p§ gppt V»^ ij (( Ils ont eu tant de tray^ux pi dP mol !
<( Donnez à pioi l|s J>â.tQn et ]p ^ant :
î^7c? a Je m'ep irai yers jçe payen d'Espagi^ç. « Je voudrais voir un peu comme il est fait. » Notre empereuji* lui répond ^1^ PQ}èi:§ :
(( Âsseyez-vQus SOI? votre taj^ blanc ; « Ne parlez plus, si je ne vous commande. » agi.
^is (( Chevaliers franks, dit le, roi C^arlemagne,
^ Cl^isis^ez douQ u^ h^von d^ im twoe »
ic Qui portera mon message ft. Marsile. »
Roland lui dit : a C'est Gane, mon paràtre [1]. » Et les Frai^ç^ : a Ciertfi , il le peiJ^ bien faire I
(i) ïii^n 49 pi08 léffitliQ» ^e U» mota parère «( ^M6v qui manquent à 1^ langue u«u«l)9, CQiQOif le fut lenvqoer M. Oéntn.
jto « Vous n'enverrez aucun qui soit plus sage. »
Le comte Gane en eut beaucoup d'angoisses.
Il rejeta son grand manteau de martre ;
Il reste alors en blouse de satin ;
Ses yeux sont clairs et son visage fier, ^ ^ ^ Son corps est noble et sa poitrine large ;
Il est si beau ! tous ses pairs le regardent.
« Roland, dit-il, fou^ pourquoi cette rage?
c( Chacun sait bien que je suis ton par&tre (1 ) ;
« Tu m'as nonmié pour aller chez Marsile?
;i f • « Si Dieu permet que de là je revienne ,
(( Je t'en aurai si grand ressentiment
a Qu'il durera pendant toute ta vie ! »
Roland répond : <( C'est orgueil et folie !
«c Je n'ai souci, chacim sait, des menaces.
(1) Voir Berte aux grands pies :
Li premiers des enfans^ de ce ne dontez mie.
Que Pépins ot de Berte la blonde, l'eschevie, Orent-ils une fille skge et bien enseignie Femme Milon d'Âyglent, moult ot grant seignorie, Et fu mère Rollant.
La mère de Roland, qui avait épousé Milon en premières noces, fiit ensuite mariée à Gane. Sur Milon, voir Garin le lÀ>hérain, page 161 de la traduction, et l'édition provençale de Fierahras, par Immanuel Bekker, page 156 :
Ainsi prist Ghallemaine vers sa suer à aler En un chastel où molt amoit à seiomer.
Assez près de Bretiûgne :.Vanes l'oy nomner.
Un chastel que li dux (Milon) avoit là fet fermer.
Cette indication coïncide avec le passage d'E^nhard où Roland est désigné comme préfet de la Marche de Bretagne.
xfi a Pour un message , il faut un homme sage; « Si le poi veut , je le ferai potir vous. »
Gane répond : <c Pour moi tu n'iras pas : aoi. <!c Tu n'es mon homme et je ne suis ton sire (1). « Si l'empereur, pour son service, ordonne, ^<^ <c J'irai trouver Marsîle à Saragosse; « Mais j'y mettrai quelque retardement « Pour dissiper cette grande colère. »
Lorsqu'il l'entend, Roland conamence à rire. aoi.