‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 44 sur 63 · A TUER ROLAND · texte numérisé non relu

A TUER ROLAND

S'est avancé le neveu de Marsile Sur un mulet qu'il touche d'un bâton.

Il dit au roi li^ellement en riant :

« Beau sire roi, je vous ai tant servi !

a J'ai tant souffert de labeurs et de peines, a Et tant gagné de batailles en champ !

« L'honneur du coup de Roland donnez-moi (1). « Je l'occirai de mon épieu tranchant, <i Si Mahomet me veut être propice ; 17* <( J'affiranchirai tout le pays d'Espagne, a Depuis les ports jusques à Durestant.

« Charles lassé, les Français rebutés^ a Vous n'aurez plus de guerre en votre vie. » A lui Marsile en a donné le gant. aoi.

(i) Le texte dit : "^

Dunez m'un feu : ço est le colp de Rollant.

Feu signifie fief, don, honneur, gr&ce. Il était dans les mœurs chevaleresques de solliciter l'honneur du premier coup. Dans la Chanson (fÀnHochey Baudoin Caudron le demande au comte de Flandres et l'obtient. Voir la traduction de M»* la marquise de Saint- Aulaire, à la page 71.

f 75- Quand le neveu tient le gant à son poing, Il interpelle avec fierté son oncle :

a Beau sire roi, m'avez fait un grand don !

a Cho|si»^j^2 doQO ooiUEe dq vo^ baroQ^s c( Nous combattrons les 4^iize popapaguons. » ^«o Tout le premier, Falseron lui répond (Il était frère au roi pf^yen l!l|ar|^ç) :

a Mon beau nciy^iji, vov|a p\ v^^ |i(^^* \Bg^, a Certainement noijs f^çqnif p^ttft |tte9P*> <c Les Fraoks que (îharte a V^riière a ^4^?

us- «ne5tju|ipp^^)u^^Pf^9«ârqpf.lr^

Le roi Corsai (1) çiçç^y? 4'»H^3Pp PÇ* i Un barbaresque, et çle très-gif ^ç %^t W* n a parlé comme un bon chevalier : .

Il ne voudrait pour riççi (2) être, Goup4* ^«î Voici venir Malpriinis de Briça^ ;

Plus vite il couçt que ne fait un chevd, Devant Marsile il s'écrie hautement :

« Je conduirai mon corps à Roncevaux, « Et si je joins Roland, je le tuerai. »

i\)i Ç9^> Çw#\ 0^ Ccïpçi^^Uia. U est feU vs^&^^\k>^ 4fli <^ 3i«r

10.66; d^^ ^pé^ldçiCQmhra^^ pagj» 25S; dana /« ÇJ^eiiç^^mq Ç(f^ d^ Dçnemcirche, p^Kf 49 j» dans Fçulfuu^ de CUiruJlie. (2) Le texte dit : pur tut l'or Deu.

LA CHAÇ^SQN pp ROl-ANp. -|1f

9f. Un amiral, l^ftpgr, étaiUèî

Noble a le cqit^§, yi§ftp ^F pt çil^.

l] est mp^^ |]^r ^p çJiQy^ ^p Si^?îT«k Et se fait fier de ses armes qu'il porte.

Pom* le com*age, il est bien renommé :

f-o S'il eût été chrétien, ^^ ^oUe yrgp {\] ! Devant le roi Mars^^. |l ^'^^^ ; c< A Roflfjçyap, ^ç Q0ïl4lWH W\ WiHl c( Roland est mo^ f\ jq ^fv^ lei ^ÇHY^, c< Comme OUy^eç ç^ ^5 l^s ^uzç j^iç^,

f o ^ « Les Ym^ ÎBW*?^* P^ ^^^ ?t fB^# ^%te'

c< Il sera las de ^^^p^ cg^^, i^V^fÇÇ?

<( Il laissera notçe Çf R|gfle fij^ çp^ î )^ Le roi pyeil 1> l^ei^c^up Ç^PÏP^? m*

m nyav5i^t\^i^ç4çMpçi{ïpf

Le pli|s félon en la iexr^ d'Espagne.

Se il vausist Jhésu croire ni aûrer^

l^ul milleur ohevalier ne pèust on trouver.

L*on appliquait la même réflexion aux belles Sarrazines ;

Assez f^ ^&^^, s>,te Chs^^ bî^pti^^.

{Foulque d^ Om^k, B4g« SSl.)

Devant Marsile il fait sa vanterie :

« A Roncevaux, je guiderai ma troupe ; <c Os sont vingt mille avec écus et lances, f ^ <( Je garantis Roland mort, si le trouve.

a N'y aura jour que Charles ne s'en plaigne. » aoi.

Arrive après Turgis de Tourtelouse.

n était comte et maître de la ville.

De nos chrétiens il veut faire un grand vide ; 1^0 Devant Marsile aux autres il s'ajoute :

c( Ne craignez rien, sire, car Mahomet

a Vaut plus, dit-il, que saint Pierre de Rome.

<c Vous le servez : l'honneur du champ est nôtre;

« A Roncevaux j'irai joindre Roland, 1 zr <t Nul ne pourra le garantir de mort.

a Voyez ma lame, elle est et bonne et longue,

a A Durandal (1) je la veux opposer.

a Vous apprendrez laquelle a le dessus.

a Les Franks mourront s'ils s'exposent à nous.

(1) Durandal est l'épée de Roland. L'on raconte plus loin comment elle lui fut donnée. Les épées avaient un nom et étaient Toljet d'une grande vénération. Ge trait est commun à tous les po6mes chevaleresques. Les plus illustres épées sont l'œuvre d'un forgeron Scandinave^ nommé Galant ou de ses fils. Voyez Raoul de Cambray, au glossaire, et pages 19, 343, 347 ; Garin le Lonérain, page 111 de la traduction; Fierabras, pages 20 et 21; Doon de Mayence, vers 5031; la Chevalerie Ogier, page 471, etc. P. Michel et Depping, Véland le Forgeron; Wieland der Schmied, von Karl Simrock; Ozanam, Éludes germaniques, tome I«», page 262; Bekker, notes sur Fierabras,

f 3« (( Charles le vieux en aura deuil et honte, (( Plus ici-bas ne portera couronne. »

Arrive après Escremiz de Yalteme.

Il est payen et maître de sa terre.

Devant Marsile il s'écrie en la foule :

f 3y« A Roncevaux, j'irai vaincre l'orgueil ; « Si je le joins, Roland perdra la tête, <c Comme Olivier, qui commande les autres :

« Les douze pairs sont tous jugés à mort; <c Français mourront, France en sera déserte, a De bons guerriers Charles aura disette. » aoi.

Un chef payen, Esturganz, était là,

Estramariz aussi, son compagnon.

Ils sont félons et traîtres suborneurs.

Le roi leur dit : a Seigneurs, avancez-vous ; f vHc En Roncevaux allez aux défilés ;

« Vous m'aiderez à conduire ma troupe. »

Les deux payens répondent : a A vos ordres !

« Nous combattrons Olivier et Roland ;

<( Les douze pairs n'éviteront la mort.

fra c< Nos lames sont et bonnes et tranchantes,

<( Nous les ferons vermeilles de «sang chaud;

(( Français mourront, Charle en sera dolent.

' c( Nous vous ferons don de Terre-major ;

50 LÀ CHÀMSOM D18 ROLAND.

c( Yenes^y, Ihôl^ voab te VéiMfe naimeat^ c( De FempereUF Hdttô VdUs féi^M pféMfli» >^

-irn»

Vient en courant Mfi^^tiÈ dé Sigillé (1}.

Jusqu'à Samar il possède Ift tefl^ ; Pour sa beauté, âàmei^ M sont amieâ \ Il n'en est pas qui ne js'épàftoiiil^ En le voyant et qui ne Itll dou^ (â)< Nul payen n'A tant de eliéta]ei4#.

Par-dessus tottè^ du ffilUéti de kl fetdd, 11 crie ftU roi : <t Né toui «fli^ayëâ f(tô^ (( A Rc^œvattt, j'irai tâet Réktid ;

f^»- « Sire Olivier n'y sauvera sa vie;

(( Les douze pairs restent pour leur martyre. (( Et cette épée , etumàndiée en or pur^ (( Don de l'émir da Primer je vous jtist /( Qu'elle sera tei&iB 4o ttt&9 vermeil :

^7» c( FrançaîlB mourront^ France eh sera honnie.

(1) Si estoit YsembftTO c*on nommoit Margaria.

{HugueS'Capety page 19.)

(2) Tahi fùst amei des darnes^ sl'û len priât d'eimet, Froiecuer l^àj^diit la ^elit â'dutfe là ÉLt¥,

{JFoulqw de Candie.)

Je croix que Dieux Ta fait^ et qu'il est tou9 escris Pouf estre de ces damez apellez dous amis.

Il n'est ëame éa oè mondé, tant «Mt Manti tes dMiS^ Se Hues ly daignoit faire ung gracieulx ris, Que ly cuers de son ventre ne soit tous esclarcis.

{ftugiieS'CetpBf, page 146.)

UMti\a^

(( Charles le vieux^ à la barbe fleurie, c( Jour ne sera qu'il n'ait deuil et col^i (( Au bout d'un an nous atufons ptis la France^ (( Nous eoueherons au bourg de Saint-Denis (1) ! » f 7 r Le roi payen fait iin j^rôfond salut, aoi.

Arrive alors ChernuMe de Montnègre;

Ses longs cheveux vont balayant la terre ;

Il porte un faix plus lourd en s'amusant

Que ne le font quatre mulets chargés.

ifo Dans le pays, dit-on, dont il était,

Soleil ne luit et le blé ne peut croître ;

j€âiiais de pluie et jâniais dé tméë ; ^

Pierre n'y a qui ne soit toute hoîre.

Quelques-uns croient que les diables y restent (2). 7f) Chernuble dit : « l'ai qeint ma bonne épée^

<( A Ronce vaux, jf la. teindrai veroa^Ue ; .

(1) Le roi de France est appelé le roi de, Saint-Dents. Voir le$ Quatre Fils Aymon, vers 3îil; Éaon àe Éordeatii;, page 2èÔ, etc., kc.

(2) Dans le Covenant Vivien, m yers 1619/11 ett aussi fait meô4 tion d'nn pays où le «oleil ne se lève jamais et ^ù rien ne pousse.

n n'est gnèrd adsiiséiLle que ïé trouvère, èî' exact dans ses mentions géographiques relatives & Is Ff ahee, aiil iinaginé fléMtmifé-: ment les noms des pays sarraxina^ Je crois q^e ces noms se rat- Uchent tous & quelque souvenir ou à quelque tradition. Mais^ après beaucoup de t^ntativéft; Suivies d'atitaot âé décsi^til^b^, j*ai renoncé , pour mon compte , à trouver l'expliçatioa de la pli^ft des noms de pays qui se trouvent dans la Chanson de Roland. Peut^ttrë ^friverait-on à quelques découvefrtes 'înléréssantél à l'aidé des racines arabes, mais plutôt pour les noms d'hommes.

c( Si je renconire en mon chemin Roland .

a Et ne l'attaque 9 on peut ne plus me croire ; c( Je conquerrai Durandal par Tépée, fia c( Français mourront, France en sera déserte. » Les douze chefs payens sont réunis ; Ils conduiront cent mille Sarrazins.

A la bataille ils s'excitent, se pressent.

Et vont s'armer dians une sapinière.

COMMENT OLIVIER RECOlqNAIT QtB LES SAfiRA2mS

s'approchent.

? 9 i- Ils se couvraient de leurs hauberts moresques,

Dont la plupart sont d'une triple maille ;

Ils ont lacé leurs bons casques d'Espagne ;

D'acier viennois ils ceignent des épées;

Écus sont forts, les épieux de Valence, »•.. Les gonfalons blancs et bleus et vermeils.

Ils ont laissé mulets et palefrois ,

Sur destriers ils chevauchent serrés.

Clair fut le jour et beau fut le soleil ;

Ils n'ont sur eux rien qui ne reflamboie.

Pour que ce soit plus beau, les clairons sonnent.

Grand est le bruit : les Français l'entendirent.

lalj-

Olivier dit : « Ami Roland, je crois

<c Que nous aurons bataille des payens. »

Roland répond : « Eh ! que Dieu nous Toctroie !

« Pour notre roi, nous devons résister ;

ce Pour son seigneur on doit sou&ir détresse,

« Tout endurer, et grand chaud et grand froid,

« Dût-on y perdre et du cuir et du poil.

ce Que chacxm pense à fournir de grands coups ;

«c Que contre nous gn ne chansonne pas (1) !

a Payens ont tort,^ chrétiens ont le bon droit.

ce Jamais de moi n'aurez mauvais exemple. » aoi.

'•xr

Sur un haut pin Olivier est monté.

Regarde à droite et, par le val herbu,

Il voit venir cette gent sarrazine.

Il appela Roland, son compagnon :

« Quelle rumeur j'entends venir d'Espagne !

« Que de hauberts, de casques flamboyants !

a Pour nos Français voici grande tourmente.

« Il le savait, le traître et félon Gane,

a Quand devant Charle il nous a désignés. »

Roland répond : a Taisez-vous, Olivier,

<c C'est mon paràtre et ne veux qu'on en parle. »

(1) La ptéoccupation du chansonnement se retrouve dans tous nos poëmes chevaleresques. Voir Raoul de Cambray, pages 96 et 162; le Covenant Vivien, vers 792, 1908; la Bataille (fAleschampsy vers 443, 471,' etc. L'on chansonnait auBsi^lesl^épées et les destriers.

fo 1 O

I « Vo

Sire ûliyief est monté sur un pin ;*

Or il voit bien le reyaume d'Eispagne

Et les payées ^ sont ei| si gf^ai^d nemb^e.

Il voit briller ees casijues d'or geinméisi (1),

Et ces écus et ees hauberts frangés,

Et ces épieu:^ et oes drapeau): bissés }

Mais il ne peut oompter les bataillons,

Tant y en a <iu'il n'en sait pas le nombre.

Il en est {qi4 en luironème troublé.

Du mieux qu'il put , il descendit du pin,

Vint aux Français et leur raconta tout.

Olivier dit : « J'ai vn tant de payons, (( Jamais sur teirre un bornée n'en vit plus. a Là, devant nous, ils sont bien cent mille hnmi^es, « Casques ^aeés, vêtus de blanes banberts, c( Lanee^ ^n V^ir, les épieu^i bruns luisants. / • V jT (( Bataille aurez pomme il n'en fut jatnais.

a Seignenrs français. Dieu vous donne çnnrag e !

« Tenez au eba^p, que ne soyons vainens ! i»

Et les Français : « Malbeur è qui s'enfuit !

(( Mais pour mourir pas un ne vous faudra* » agi.

(1) Gernmesj c'est-à-^ire orjié^'de p^erreriee.

LÀ QII4NSQN Dis BOl^ND. 5o

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