‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 45 sur 63 · POURQUOI ROLAND NE VEUT PAS SONNER DE SON COR · texte numérisé non relu

POURQUOI ROLAND NE VEUT PAS SONNER DE SON COR

i.so Olivier dit : u Payens ont gFaii4^ foroe,

a De nos Français nous n'ayons que bien pe\| ; « Ami lldand, sonnei; de votpe eor 3 .

« Charle entendra, ramènera l'aimée. >) Roland répond i «c Je ferais comme un fQU ; « En douce FraQoe y perdrais mon renom.

« Je frapperai grands coups de Dnrandal ; « L'acier sera sajiglant jusqu à. la garde (i). « Pour leur malheur les payens sont aux gorgei. « Je vous le dis, tous soût jugés à mert ! n^ mh

^Lt — <( Ami Roland, sonnez de votre cor :

iK Charle entendri', ramènera l'armée ; « c( Avec ses preu^ le roi nous secourra* »

Roland répond i » Ne plaise au Seignfiur ^m% « Que mes parents en soient hlÀmés pour moi, lùi,^ c( Et France douoe en tcMfnbe en déshonneur. « Je frapperai fort avec Dûrandal,

(1) Entresqu'al or, o'est-Mire jusqu'à Tor de la garde.

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c( A mon c6té ceinte, ma bonne épée ; « Vous en verrez la lame ensanglantée.

« Les payens sont rassemblés pour leur perte. c( Je vous le dis, tous sont livrés à mort. » aoi.

— « Ami Roland, sonnez de votre cor.

c( Gharle entendra, qui passe aux défilés.

(( Je garantis que les Franks reviendront. »

— a Ne plaise à Dieu, lui répondit Roland^ c( Qu'homme vivant puisse dire jamais

« Que j'aie été corner pour des payens!

« N'en auront pas mes parents ce reproche.

« Quand je serai dans la grande bataille, « Je frapperai mille et sept cents bons coups. « De Dufandal l'acier sera sanglant.

« Français isont bons ; ils frapperont en braves. « N'échapperont les payens à la mort. y>

Olivier dit : a Qui pourrait vous blâmer?

« Je les ai vus, les Sarrazins d'Espagne.

t^%r « En sont couverts et les monts et les vaux, « Et les coteaux (1) et les plaines entières. « Grande est l'armée à la gent étrangère.

« Nous n'y avons qu'une petite troupe. »

(I] LariZy lande^ pays inculte et inégal {Glossaire de Burguy).

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Roland répond : <t Mon courage en grandit, c< A Dieu ne plaise, à ses saints, à ses anges, « Que, pour moi, France y perde son renom !

ce Mieux vaut mourir que la honte me vienne.

(( Plus nous frappons, plus l'empereur nous aime ! >>

Brave est Roland; mais Olivier est sage.

Os ont tous deux un merveilleux courage !

Eidès qu'ils sont à cheval, sous les armes, Ils ne fuiront la bataille par crainte.

Bons sont les preux et leurs paroles fièrés.

Les Sarrazins chevauchent avec rage.

Olivier dit : <c Roland, voyez un peu, « Les voici près : Charle est trop loin de nous. « Sonner du cor tantôt vous ne daignâtes; <c Charle y serait, nous n'aurions nul dommage. (( Regardez là, vers les gorges d'Espagne :

- c( C'est une triste arrière-garde à voir !

<( Qui l'aura faite, il n'en fera plus d'autre ! » Roland répond : <c Ne dites tel outrage !

« Maudit le cœur qui s'intimide au sein !

« Nous resterons fermes en cette place ; « A nous ici de battre et de combattre (1) ! » àoi.

(1) J'ai essayé de rendre rallitération du vers : Par nos i ert e li colps'e li copies.

S8 UL CHANSOSr DB ROLAND.

Roland voit qu'il y aom batoille.

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n se IbXX fier plus que tigre et lion (i).

n parle aux Franks, interpelle OUyier :

«( Mon compagnon, ne parlez pas ainsi.

«( Notre empereur nons laissa des Français,

« Il en fit mettre à part ces vingt mille hommes;

« A son eseient, il n'y a pas un lâche I

<( Pour son seigneur, on doit souffirir grands mauii

« Tout endurer, et grands froids et i^^ands f^haudt.

«c On doit y perdre et son sang et sa ehaîr.

« Ya de ta lance et moi de Durandal,

«c Que me doniia le roi, ma bo^ne époe (3) ;

« Et^ si je meurs, (jui Faura powra dire ;

« — Fut cette épée à noble oheyaUer. -r-* n

(1) Lors ftt plus fiers que liépart ne lion.

{La BakûUe dAlesehamps, vers 349.)

(2) L'on verra plus bas dans quelle circonstance CSiarlemagnè donna Duraadal à Roland. Gonsulier les ^ptes de rédii^n {«OTencale de Fierabras, par Bekker.

COMMENT l'aRQPIVÈûUE DONNE l'aBSOLUTION AUX FRANÇAIS AVAîîT y^ REpCQNTRB.

(1 2 S D'autre part est rarehevèque Turpia.

Il éperonDe et moute sur un tertre, Parle aux Français et teur dit oe aermon :

(( SeigQaurs barons, Charle ioi nous laissa.

« Pour notre roi, uous devons bien mourir.

ii3o « La chrétienté aide|( à soutenir.

« Bataille aurez, tous vous en êtes sûrs, « Car de vos yeux vous voyez les payens.

« Confessez-vous (1), demandez gràee à Dieu.

(c Vous absoudrai pour vos àmés ^érir.

m y- a Si vous mourez, VOUS serez saints martyrs $ « Sièges aurez en haut du paradis (2). »

Ils mettent pied è terre e|t se prosternent.

Au nom de Dieu les bénit l'arohevèqué :

Pouè pénitepce, il enjoint de frapper.

(i) Jje texte dit : Qamez vos culpes.

(2) Il ¥ ^, de nombreux exemple» d^ ce» prqmes^os de pavidii dans les poëmes; chevaleresques^ dans 1$ Çweaanf Fû)ien> vos» 375^ et dans la Chanson d'Antioche, etc.

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Et les Français se remettent sur pieds.

Ils sont absous et quittes de leurs fautes.

Au nom de Dieu Turpin les a bénis.

Ils ont monté leurs destriers rapides.

Ils sont armés comme des chevaliers;

En appareil de bataille ils sont tous.

Le preux Roland interpelle Olivier :

« Mon compagnon, vous le savez très-bien,

c( Que Ganelon nous a mis dans un. piège.

« Il a reçu de For et des présents.

(( Notre empereur nous devrait bien venger !

« Le roi Màrsile a fait marché de nous ;

« Mais il sera payé par nos épées. » aoi.

Voici Roland aux défilés d^Espagne, Sur Yaillantif, son bon cheval rapide (1).

Il est armé ; ses armes lui siéent bien.

(1) Dans toutes les chansons de geste, le cheval a une personnalité bien marquée ; il est l'ami du chevalier : voir Garin le Lohérain^ page 342 de la traduction; Fierabras, page 8; Âubéry le Bourgoing, etc., etc. Voir l'histoire touchante du cheval dans la Cheva' lerie Ogier pages 228, 428, 441 ; celle du cheval de Guillaume au court nez dans ia Bataille cCAlesdiamps, de celui de Nayme dans Agolanl, etc., etc. Il en est de même dans les épopées anciennes, notamment dans le Schanameh, où Raksch joue un rôle très-animé auprès du héros Rustem.

Le baron va tenant son fort épieu (1),

Contre le ciel le fer en est tourné ;

Un gonfalon tout blanc tient au sommet.

Les franges d'or lui battent jusqu^aux mains.

Noble est son corps, son front clair et riant.

Son compagnon vient après, le suivant,

Et les Français rappellent leur garant.

Il regardait les payens fièremebt^

Et les Français d'un air modeste et doux.

Il leur a dit ces mots courtoisement :

« Seigneurs barons, allez d'un pas tranquille.

«c Ces Sarrazins vont chercher grand martyre.

<K Nous en aurons un bel et bon butin.

«c Nul roi de France en eut un aussi riche. x>

Comme il parlait, les troupes se rencontrent, aoi.

Olivier dit : <c Pourquoi donc parlerai-je ?

« Vous n'avez pas daigné sonner du cor.

« De l'empereur vous n'avez pas l'appui.

« Ce n'est sa faute ; il n'en sait mot, le brave !

ce Ceux qui sont loin ne sont pas à blainer.

oc Chevauchez donc de toute votre force,

<t Seigneurs barons, tenez-vous ferme au champ.

« Au nom de Dieu, soyez bien décidés

« A recevoir et donner de grands coups.

(1) Le texte dit palmeiant son épieu^ de palma.

ce N'oublions pas la devise de Charles ! »

Et les Français poussent leur cri de guerre.

Qui les ouït alors crier : « Monjoye! »

D'un gra^d courage aura le souvenir.

Ils partent, })ieu ! avec quelle fierté I

Ëperonnant pour aller le plus vite ;

Ils vont frapper : qu'ont-ils de mieux à faire ?

Les Sarraziçs ne sent pas effrayés.

Franks et payenis, voici qu'ik se Fenoootrent!

XYIII

CE qu'il advient aux cêefs payens qui avaient

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