JURÉ DE TUER ROLAND
C'est Aëlrotb^ lé neveu dé Mâcdle^ f
Qui le premier chevauchait.eni avaatj Sur ii(».'litUi^iâ il dit de inanvais mots :
« Félons. (1) Français, «lurea affaif & è bous.
(1) Les SarriaziAs^ comme les chrétiens, fbnt un grand usegt^ du mot félon. Il ne faut pas toigours î'entfendre dans le senS spécial de trattre. Il signifté é&fcsi feiéehant, ,petvéHj hkiheieià, éoiÉiÉe ît est indiqué dans le |;]0Bsaire de Burguy. On l'a vu avec ce seas à la page 5. Mais le mot félon k, dans les chansons de geste, un sens technique. Il signifie implicitement traître à Dieu, infidèle par excellence, ou, comme disent les orientaux, Ghiaour,
LA CHANSON Dfil ROLAND. 61
ce Vous a trahis, qui devait vous défendre.
« Fol est le Roi, qui vous laisse en ces gorges :
(( La douce France eH pdvdra so» reném^
<i Et Tempereur le bras iroit de son oorps. ^
Roland l'entend : Dieu ! qu'il en éttt ^aiid deuil !
11 éperonne et lance son ôheval.
11 va frapper Âelroth iaht qu'il peut,
Lui rompt l'écu^ détacha le haubert^
Ti*anche le sein et lui brise les os,
Toute l'échinë il sépare du d(»&;
Du coup de l9.aee il lui&it rendre Vhme ^
Frappant si bien qu'il ftdt brandir le cnrps
Et du chevri l'abat â pleine lanoe^
En deux moitiés il a le eôn brisé*
Bien qu'il soit mort, Rol&nd lui pâi40 ataiii :
« Outre, brigand 1 l'empereur û'est pas fou
(( Et n'a jamais aimé la trabison*
c< 11 a bien fait de nous laisser aiix ^erges*
« N'y perdra pas doUce France sft gloire*
(( Frappez, Français l h premier eoiip e«it néi^ l
<( A nous le droit, et ees gloutons (i) ont tort (2)<» AQI.
(4} lie méi jfldni^ h'fl 'pan le sëttè sijêeiâl àè la iottffâA&disie. Il est très-fréquemment ^pLoyé dans les chansons de geste.
(2) Dans nos poémès du moyen-âge , la préoccupation du droit domine toutes les autres. Nul n'attaque sans affirmer son droit : la croyance universelle est que le droit triomphe, mais avec l'assistance de Dieu. Voir plus haut, page 33.
Un duc est là qu'on nomme Falseron
Il était frère au roi des Sarrazins
Et possédait Datlen et Balbion.
n n'y a pas félon plus endurci.
Entre les yeux il a le front très-large,
Grand demi-pied Ton peut y mesurer.
Il a grand deuil de voir mort son neveu !
Il sort des rangs, il s'expose en avant ,
Poussant le cri de guerre des payons ;
Puis il commence à provoquer les Franks :
<( La douce France ici perdra Thonneur ! »
Mais. Olivier l'entend et s^en irrite ;
Des éperons il pique son cheval.
En vrai baron va frapper le payen,
Brise l'écu, fracasse le haubert,
Lui met au corps les pans du gon&lon,
Et des arçons il Tabat mort du coup.
A terre il voit le glouton qui gisait ;
Lors il lui dit avec grande fierté :
(( Je n'ai souci, brigand, de vos menaces.
m Frappez, Français, et nous les vaincrons bien. »
Il dit le cri de l'empereur : « Monjoye ! » aoi.
Un autre chef est là, c'est Corsablîs, Il est le roi d'un étrange pays.
Il interpelle ainsi les Sarrazins :
c( Nous pouvons bien soutenir ce combat,
(( Car les Français y sont en petit nombre.
« Ceux qui sont là nous devons dédaigner.
« Charles ne peut leur en sauver un seul !
« Voici le jour où leur faudra mourir ! »
Mais l'archevêque avait bien entendu.
Il n'est personne à lui plus haïssable.
Il a piqué des éperons d'or fin,
Va le frapper d'une si grande force,
Qu'il rompt l'écu, déconfit le haubert.
Et dans le corps lui met son grand épieu,
Frappant si bien qu'il fait brandir le corps ;
A pleine lance il l'abat mort à terre.
Il se retourne et voit le glouton gir ;
Ne laisse pas de lui parler ainsi :
c( Maudit payen, vous en avez menti !
c( Charles, mon sire, est toujours notre appui.
c( Et nos Français ne pensent à s'enfuir.
(( Vos compagnons n'iront pas plus avant.
c( Je vous l'apprehds : vous devez tous mourir !
« Frappez, Français, et que nul ne s'oublie !
« Ce premier coup est nôtre. Dieu merci ! »
Pour retenir le champ, il dit : a Monjoye ! »
Angelier joint Malprimis de Brigal Son bon écu ne lui vaut un denier.
66 LA CSANaON m WJMfB.
Angelier rompt U bmelf âfi erb^.
Dont la mcûtié loi tombo 90? Ift tailVi Rompt le haiihft£t, pénMi^ d»ns li^ (4^ Et dans le poqi» enfûDoe 9m ^pi^u.
Le Sarraxin tpiobe im\ ^'w^. W^i L'ème de lui S^n 0IAB§¥lp Yit^ (4)- m-
Gérer atteint l'amlnd jtolafuer»
Lui rompt l'éço, démaille )e haubert, Et dans le ooeue il lui m^ 9m épeu, Frappant si luen qif'il traverse h eoq[is Et TatMit mort paj? teree & pleine Iw^e.
Olivier dit : c( N^e bataille est l^eUe 1 1)
Sanche le due joint Véem de Moriane Brise l^^f u ei^Yeft de fleuie et d'p?t Le bon haubert, ^ ne peut le sauver, Lui fend le ecfiur, le foi» el le pmi^ûQ * Et Tabat mort, quVm pleure ou qu'pfi en ne (S). Turpin lui ^t : « C'est up eoup ^e baron 1 1^
(1) Gette piéyisioii èe k destiné^ ftitm» de» pty«Bi ei éM tiattres se rencontre dans presque tous les poëmes^ dans le Covenant Vivien^ vers 1628^ dans la Chanson cf'iln^tocA^^.pagej 77 et 101 de la traduction^ dans Partie la Duchesse, 2« édition^ pages 19 et 22.
(2) Dicton qui ■# isetroove aveo ^ vari«Qtei| dws 4'^^utre^ poèmes^ notamment dans la fqtaifle. c^Afçfcf^oînf^ ver» ^^1>
L4 CHANSON DE ROjUAND. 67
Puis Anséis Imsm ^lt#v §ep j^Qy^lr Il va frapper Turgis de Tourtelouse, L'écu lui rompt au-dessus de la boucle, De^ son haubert brâfi h» 4^0^]^ II^^rU^] Lui met au corps 1^ |q? an l^Qi) épg}}.
Frappant si bisqua tfi^lJa ^ ^§\^^. A pleine lance il h tmvejf^ Rl^flr Et Roland dit : ii Y«il|i }^ omp fJ'^R kW¥^ ' ^
Puis Angelier, le Gascon de Bordeaux,
Son cheval picpie et lui lâche les rênes.
Il va frapper Ssn^mw de VflitenM?,
Lui froisse et rompt Vém ^h'U pftrlg f |} ç^.
Sur la timique il faussé le ha^ub^yt (1),
Le frappe au corp» autre Im ^m Plg»§îi?^i
A pleine lance, il Vêbif^i mort 4p sfijk^
Il dit apiïè» j « ÏQîMl ^ tpi^ fi^4Q§ î ^ A©î-
Et Gautier frappe i^jj payen, Estprgant, fka le reboj^ de Véen, par devant, Dçnt il enlève et le rpuge et \e blane.
9e son fai^ibeirt il sépfi*^ ]fiSt {I9|iii, ^^^
(1) \mUn(4» ^^^Qàm» m» ioo.
Lui met au corps son bon épieu tranchant,
Et Tabat mort de son cheval courant.
Il dit après : « Vous n'aurez de garant (1). »
Et Beranger ! II frappe Estramariz, Brise Técu, déconfit le haubert, Lui £ait entrer au corps son fort épieu j Et l'abat mort entre mille payens.
Des douze pairs payens dix sont occis.
Il n'est resté que deux qui soient vivants :
Le roi Chemuble et le preux Margariz (2).
Margariz est très-vaillant chevalier.
Et bel et fort et rapide et léger I
Il éperonne ; il atteint Olivier,
Brise l'écu sur la boucle d'or pur.
Et lui conduit l'épieu le long des côtes.
Dieu ne permit que le corps fût touché :
La lance froisse et n'abat pas la chair.
(1) Ici et à la page 94^ j'ai conservé la rime en ant.
(2) Les autres ont été tués dans Tordre même où ils s'étaient offerts à Marsile. Chemuble va bientôt succomber; mais Ton ne voit pas la mort de Margariz et cependant il ne reparaît plus. Dana la suite de cespremier combat^ Turgis et Falseron sont tués une seconde fois. On peut supposer que quelque remanieur ou copiste aura supprimé ou altéré une strophe relative à Margariz. Peutêtre aussi l'a-t-on confondu avec Marganice, voir plus bas.
Rien ne Tairète, il dépasse Olivier,
Et, pour rallier les siens, du clairon sonne.
La bataille est merveilleuse et confuse !
Le preux Roland ne s'en e&aye pas.
Tant que le bois dure, il va de Tépieu.
 quinze coups, il le rompt et le perd.
Il tire alors Durandal, son épée.
11 éperonne et va frapper Chemuble,
Lui rompt le casque où luit maint escarboucle (1),
Coupe le cuir avec la chevelure,
Coupe les yeux et toute la figure.
Le blanc haubert dont la maille est menue ;
Et tout le corps jusques à l'enfourchure,
Avec la selle en or pur incrustée.
Jusqu'au cheval l'épée est arrivée.
Et fend l'échiné en suivant la jointure (2).
Homme et cheval tombent sur l'herbe drue.
Il dit après : « Brigand, malheur à toi !
« Tu n'auras, pas l'aide de Mahomet.
c( Ce glouton-là ne vaincra pas nos gens ! »
(1) Dans tous nos poëmes^ il est question de pierreries et de fleurs que les grands coups font voler^ notamment dans Raoul de Cambray, pages i02^ 121^ 123^ 160; dans Garin le Lokérain^ pages 147 et 301 de la traduction ; dans le Covenant Vivien, vers 633 ; dans la Bataille cfAleschampSy vers 6655 ; dans Fierabras, page 25.
(2) Ce vers est incomplet dans le manuscrit d*Oxford.
iO LA CHANSON i)E ROtANt).
COMMENT LES FRANÇAIS kÉP5tJSSl«5fT L'ATàNT-OàRBB
Roland s'en va par lé chaiii^ dé iiidtaîile.
Tient Durandal, qtii fcieii tratièhé ei hiéà tdillè
Les Sarrazihfe et leur fait gi*and dOùmiàgé.
Vous Feuàsiez vu jetet* l'un liiort stir l'autre ,-
Et le sang clair épandù èiit la placé.
Tout son haubert, ses brsis, en ûobi sâiigldnté,
Et du cheval le coH juèqd'âux ëflâules.
Olivier n'est en retard dé frapper;
Les douze pairs ne ^oht pds à hlâtnél*.
Et les Français f frâ^peirf et riiàssdcàteili
Les Sarràiiilà du mëùréiit àii fee pôMéiit;
« Nos chevaiiets font Bièii, rf di^'àtcliéféqùe.
« Monjoye ! » dit-il. C W la dèfvisè 4 GhétrleS ! aoi.
Dans la méîêé Olivier a hriéé
Son bois de laûce ^ 11 n'en a qu'un trx>nçon ;
fl en frappa le pàyëfi Falseroil (1),
(1) Voir là noté âé la. page 68.
LÀ CilANSdN m ttDLÂND. 71
Romt^it reëtt m^tett de fleurs ti d'or^ Hors â6 te t6te il M mit les deia yeux ^ Et la ceirveHe eist tombée à ses pieds; Il le renverse avec sept cents des siens.
Puis il occit Ëstragus et Turgis (1) ; Mais le tronçon se brise à h peigûée; Roland lui dit : « Aini^ que fidtes-Toud? ^ (( En tel combat à quei sert ûh bâton f (( N'y ont valeur que le fér et l'acier; (( Où votre épée esi-elle^ Hauteckirë (S)^ c< Dont la poignée est d'or et dé bristel? ^ — « Je n'eus le tes^s de ki tirer^ Qit-il$ (( Car de firapper j'ai si gi^ende besogne 1 » àm.
Sire Olivier tire âa bonne épéei Comme Roland l'avait tant demandé^ En chevalier, il la motitrë bieiltôi) 11 va firapper Justin de Yatferré j Par le milieu lui fëlid toute la tètë^ Tranche le eorps et la euirsEScte ft fran^^ Avec la sellé inentttée en «a* pur.
Du destrier il partage l'échiné,
Il ubAt tout mort devant M sur l'herbe.
(1) Voir la note de ta page te.
(2) L'histoire de Hautedaire^ l'ép^ d'Olivier, est racontée dans le po6me de Girard de Viane, édition ie M. Tarbé, page 144*
Roland lui dit : <( Je vous nomme mon frère (1) ! a Pour de tels coups notre empereur nous aime ! » De toutes parts on s^écria : a Monjoye ! » i^oi.
Le preux Gérin est sur son cheval bai,
Et son ami Gérer sur Passe-Cerf.
Ils ont lâché la rêne, ils éperonnent (2)
Et vont jfrapper le payen Timozel^
L'un sur l'écu, Tautre sur le haubert,
Les deux épieux lui brisent dans le corps ;
Sur un sillon ils le renversent mort.
Je n'ouïs dire et je ne sus jamais
Lequel des deux y fut le plus agile.
Esprévariz, fils d'Âbel, était là ;
C'est Angelier de Bordeaux qui le tue.
Turpin après leur ocdt Siglorel;
Cet enchanteur a déjà vu Tenfer,
Où Ta conduit Jupiter, par magie (3).
« Nous en voilà délivrés ! r> dit Turpin.
Roland répond : « Le brigand est vaincu !
c( Frère Olivier, que de tels coups me plaisent ! »
(1) Roland^ depuis cette adoption, donne souvent 1^ nom de frère à Olivier, dont il devait épouser la sœur Aude.
(2) Ici et aux pages 62 et^93, le texte dit : brocher ad ait, ce qui veut dire : à toute force, àj'envi. (F. Génin.)
(3) Le moyen âge considérait les dieux du paganisme comme ayant une existence réelle en qualité de démons ou de magiciens. Voir la note de F. Génin.
Et la bataille est devenue horrible !
Franks et payens mervejUleux coups y rendent. Frappent les uns, les autres se défendent.
Et mainte lance est brisée et sanglante , Maint gonMon rompu, mainte devise.
Tant de Français y perdent leur jeunesse, Ne reverront leurs mères, ni leurs femmes, Ni ceux de France attendant aux passages, aoi.
Charles le Magne en pleure et se tourmente.
Mais à quoi bon ? Il ne peut les aider !
Mauvais service a rendu Ganelon Lorsqu'il vendit les siens à Saragosse.
Il y perdit ses membres et sa vie, Quand la cour d'Aix à mort le condamna, Puis avec lui trente de ses parents.
Qui de mourir n'avaient pas la pensée, aoi.
La bataille est merveilleuse et pesante. Y frappent bien Olivier et Roland, Notre archevêque y rend bien mille coups.
Les douze pairs ne sont pas en retard.
Tous les Français frappent de même cœur.
Meurent payens et par mille et par cents.
74 LÀ tSHANBON Dfi ItOLAND.
Qui ne s'enfuit, n'évitera la mort.
Qu'a veuille ou non, îl y laisse ses jours.
Mais les Français y perdeht kttfs tnèdlleurs (1)^ Qui ne verront leurs pères ni leurs proehed^ Ni l'empereâr qui lés attend aux gorges; On sent en Frauee une tdurlnènlé étrange.
On y entend te ionnerre et le vent:
11 pleut, il grètef et détnesui*émenti La foudre to^bé et lM)tiyent et menn.
On setit trëtnbler la terre en téHté De Saint-Michel de Paris jusqu'à Sens, De Besançon jusqu'au port de Wissant (2).
Pas de xûtàmn detit ted murs ne se erèvénti  midi même y à grandes ténèbtës; Pas de clarté si le ciel ne se feiid.
Nul ne le voit qui fbrt ne s'épcmvftiite.
Plusieurs disaient qtle tout eM temiiiié ^ Que c'est la fin de ce slèète prësexit (3).
L'on ne sait rien et l'on ne dit paà vrai :
C'est le grand âettil pour la mdrt de Rdland !
(1) Le texte dit : lor meillors guarnemeuz. Ce qui signifie vêtements^ équipement^ armement et aussi défense.
(2) Le port de Wissant entre Boulogne et Calais est souvent mentionné dans les poëmes du moyen âge. Voir Guy dé Éoltrgogne, vers 80^ la BihHtlè tfife«c^^à> veifi 2947/ ëtcf./ ët<^.
(3) Ce dist li vin al autre : « Siteles est fenix. »
[Gérard de Bossiilon^ page 286.)
LA cak^BÔi^ 0B ftdLÂND. 78
LA GRANDE âbMÉ ÎM QÂÉËÂÎJixn ArTAÔCB & SON TdÛR
NOTItBI AàlUÉRB-GlRBE.
Tous les F^àiiçdis oixï frappé de bdîl tàètit. Ils ont occis les payëiïs pàl* milliers.
De ôènt milliers il tlè s^ett sauVé dèM.
Roland a dit : « Nos hommes sont très-braves ! (( Et sous le ciel nul n'en a de meilleurs.
(( n est ^crit dans la Gëstè ftaiiçaise (( Que Charleineigné A de bads eombsltiants ! v) Les Français Tout pàt* le èhtoip dé hàiàSI^; ' Chacun recherche aved «liiitftir lés sîenâl, Et tendrement Jïlëiire Sui* ses pslirënfïi; Surgit Marsile avë& sa ^rsUicië àtinéé ! këû
Marsile vient le lohg d'tlrie tâlléè.
Avec le gros dé^ pdyené réùnli^, Qu'il a rangés en trente bâtâillônâ; De pierres d'or les casques reluisaîèrit, Les bons écus, les cuirasses frangées.
Mille elairons y sonnent la fanfare ; Grand est le bruit paë teutë la ûonMe.
<( Frère Olivier, mon ami, dit Roland,
a Le félon Gane a juré notre mort,
c( La traliison ne peut être celée.
c( Grande vengeance en prendra Tempereur.
« Bataille forte et rude nous am^ons.
c( Homme ne vit un tel rassemblement.
c( J'y frapperai, moi, de ma Durandal,
a Et vous, ami, frappez de Hauteclaire.
a En tant de lieux nous les avons portées,
€( Et nous avons gagné tant de combats !
« On ne pourra fodre chansons contre elles ! » AOi.
Marsile voit le martyre dçs siens.
Il fait sonner ses cors et ses trompettes.
Puis il chevauche avec sa grande armée (1).
Devant chevauche un Sarrazin, Abisme.
Il n'y a pas plus félon dans la bande.
Il est souillé de vices et de crimes.
Il ne croit pas en Dieu, fils de Marie.
11 est tout noir conune la poix fondue.
Il aime mieux trahison et carnage
Que tout l'argent et tout l'or de Galice.
On ne le vit jamais jouer ni rire ;
Mais il est brave et d'une grande audace,
(i) Le texte dit : Sa ^ant ost bante; c^est-à-dire^ convoquée par le ban. De môme^ à la page 12^ Roland dit à Gharlemagne : En Sorraguoe menez vostre ost banle.
Et pour cela cher au payen Marsile , Tient le dragon où sa gent se rallie.
Jamais Turpin n'aimera ce payen.
Dès qu'il le vit, il voulut le frapper.
Tranquillement il se dit en lui-même :
c( Ce Sarrazin parait fort hérétique !
<c II sera mieux que j'aille pour l'occire :
(( Je n'aime pas les félons de la sorte (1).
a Je n'aime pas couards ni couardise. » aoi.
Notre archevêque engage la bataille Sur le cheval qu'il prit au roi Grossaille, En Danemark , après l'avoir occis.
Le destrier est léger et rapide, A les pieds fins avec les jambes plates, La cuisse courte et la croupe bien large, Les côtés longs et l'échiné bien haute.
Blanche la queue et la crinière jaune.
Petite oreille avec la tète fauve.
Aucun cheval qui lui soit comparable.
Turpin de Reims hardiment éperonne.
Ne manque pas de courir sur Abisme, Va le frapper sur son écu d'émir, Recouvert d'or, améthystes, topazes,
(17) Ouc en sa vie n'ama païen nul dis.
(La Bataille d*AleschampSy vers 4425.)
78 Li. GHAMOI^ m iiei^AND.
De diamants, d'e868s}K>iiiilé8 ai^e&l^ ; L'émir Galaf lui towHiut eet éc)i, Qu'au Yal-Métas im dial)}e la| 49^9^- Sans épargner, Tu^pîa^pp^ reçu; Après ce coup^ U ^^ Y^^^ ViB. deni^v.
D'un flanc à l'auMe i} perjie h paypp* Et l'abat HViii i}i|r ^flu placQ vi^.
Et les Françaig ^Ol ; f^ Qfl^ sm ^^^me^ ^ a Avec Tiirpiu Ift pfou, est ^^ipfj g^r^e ! n
Les Franks voyaient les piif «ns si peaft^^^iix 1 De toutes parts les champs en pont pcmv^rto.
Chacun réclame Olivier et Roland ?
Les douze pairs pour ëtçe leurs garants.
Alors TurpiB leu|* dit toi|t ce qu'il pensie ; a Seigneurs barons, n'aUez pas défoilUr I « Au nom da Dieu, que vous ne fuyiez pas !
a Qu'on n'aille pa«i cbansonner contre mw 1 « Il nous vaut mieux mourir en combattant I a C'est notre sort : nous finirons ici :
<c Après ce jour, ne serons plus vivants.
« Mais je vous suis bien gaxant d^une ebç^e, « C'est que le saint paradis vous attend i <c Vous siégerez pafvmi les |}ienhrareui;: I » Et sur ces mots, les Français s'enhardisseiit. U n'est aucun qui i^'ait crié : « Monjoye ! r> aoi.
lA ClUNflON m ^PI-AJÎP. 79