II. va frapper Sànche, le riche duc
Lui rompt l'écu, lui brise le haubert,
Lui met au corps les pans du gonfalon,
A pleine lance il l'abat des arçons.
<c Frappez, dit-il, payens , nous les vaincrons ! »
Les Franks disaient : a Dieu ! quel deuil de baron ! »
AOI.
Le preux Roland, quand il vit Sanche mort.
On peut savoir quel grand deuil il en eut.
(1) Le trouvère veut parler sans doute de l'église du Saint- Sépulcre et des autres lieux-saints de la Palestine. La préoccupation de la croisade se retrouve dans presque toutes nos chansons de, geste.
(2) Voir la note de la page 79. Le texte porte :
Il li dunat s'épée e mil manguns.
Le trouvère ne veut pas dire que cette somme a été donnée à Gane : c'est une réminiscence de ces vers :
Tenez m'espée, nueiUeur n'en at nuls homs!
Entre les helz ad plus de mil manguns.
(Page 32.)
82 h\ CHANSON DE ROLAND.
Il éperonne, il ooiurt à toutp forÇQf
Tient Durandal, qui yç^ut plus cpe l'pr fin,
Et va firapper Yaldabrun tant Ç^% peut
Sur son bon cas(]^e orné de pierreries,
Tranche la tète et l'armure çt le corps,
Avec la selle, incru^e en or pur^
Profondément entre au dos du cheyal ;
Tous dQux sont morts^ qH'oi\ le blâme ou }e loue.
Payons disaient : a Ce coup nous est {jrqp dur 1 1>
Roland répond : a Ne puis aimçr le^ vôtres ;
a Par-Levers vouç est l'orteil et le tort } » aoi.
Un J^cain est là^ venu d'Âfrioue,
C*est Msj^c^idant, le fi^ du roi |ilalcu4-
Son armement est tout en or battu,
Plus que tout autre au soleil il reluit
Sur son cheval qu'U poqiine Saut-Per^i};
Aucune b0te aus3i vit^ ne courf .
Il va frapper Anséis sur l'écu,
I)ont Ifi vèrpxpil et Y^zm SQut hvî^ ;
De son haubert il fracasse les pans.
Lui met au corps et le fer et le bois.
Le comte est mort et s^ temps est fini (1).
Les Franks disaient : « Quel dommage, baron I »
(1) Dans Gaufrey, page i, Anséis est petit-fils de Doon de Mayence et fix de la suer Kaffwi.
T|irpi9 allait par le champ de bataille ;
Tel tonsuré jamais ne chanta messe,
Qui de son corps ait fait tant de prouesses.
« Dieu te le rende, a-t-il dit au payen;
« Tu m'as occis un que mon cœ^ur regre^ {i ). »
Sur Mâlcuidant il pousse son chevaU
Frappe si fort sur Fécu dQ Tplède,
Qu'il l'abat mort du coup sur l'herbe verte.
D'une autre part est le payen Grandogne , Fils de Capel, le roi de Cappadoce.
Son bon cb^vaï, qu'il upmme Mwwpre»
Est plus léger que n'est oiseau qiii yplç, Il éperonne, il a lâché la rêne , Il va firapper Gérin à gr^oide. force, Lui rompt l'écu venpeil, du cou l'enlève ; Il lui déclot en entiçar ^ cuirasse»
Lui met au corps tout sou gon£pJoju hten.
Et l'abat mort près d'uue baut^ roche.
Il tue encor son qopxji^g^op Qéyep, Et Béranger^ et Guy de Saint-Antoipei, Il va firaipper uu. riche, ^uq, Au^re^ .
(1) Ahi ! Géri, quel ami m'a loiu !
{Raoul de Ccmbr^yi, pa^ i2tt.)
La bataille est merveilleuse et hâtive !
Les Franks firappaient avec force et colère,
Tranchaient les poings, les côtes, les échines.
Les vêtements jusques à la chair vive,
Et le sang clair conlaill sur l'herbe verte.
Terre-major, Mahomet te maudit :
Plus que toute autre est ta race hardie (i) !
Il n'est payen qui n'ait exié : a Marsile !
c< Chevauche, roi, nous avons besoin d'aide ! »
Le preux Roland interpelle Olivier :
« Mon compagnon, n'est-ce pas votre avis, a Que Tarchevèque est bien bon chevalier?
t< Meilleur n*y a sur terre et soiis le ciel ! « U sait frapper et de lance et d'épée ! »
Olivier ^it : « Allons donc pour l'aider ! »
Et les Français, à ces mots, recommencent.
Durs sont les coups^ cruel est le combat.
Bien grande ^ërte il y a des «iiÉ^^éns.
Celui qui vit Olivier et Roland Frapper, tailler de leurs bonnes épées.
De bons guerriers poUira se scruveni]^!
(1) Buens chevaliers^ ayez en Diez ilanoe :
Sor totes gens est U barnez de France,
{Foulque de Candie,)
LA CHÂNS0I4 DE kÔLAND. S7
Notre archevêque avec son épieu Irappe.
Des payens morts on connali l)îen le nombre, Car c'est écrit dans les chartes et brefSs.
La Geste (1) dit plus de quatre milliers.
A quatre chocs les Franks oui résisté ; Mais le cinquième esi cruel et funeste !
Tous sont occis, ces chevaliers français, Soixante hormis ; Dieu les a préservés !
Ils se vendront bien cher avani qu'ils nieùrent.
mil