LES PAYENS
Clair fut le jour et le soleil luisant.
Bes deux c6tés les bataillons sont grands.
Les premiers corps se rencontrent devant.
Le preux Rabel et le preux Guiueitian Lâchent la rêne A leurs chevaux ôoulrattits ^ De l'éperon les lancent en avant, Et vont frapper de leurs épieux tràhchatitis. aoi.
Le preux Habel est chevalier hardi ,
11 a piqué des éperons d'or fin.
Il va frapper Torleu, le roi de Perse,
Cuirasse, écU, né soutiennent le coup;
n met au borps la pointe de Tépieti,
Et l'abat mort sur un petit buisson.
Les Franks disaient : « Le Seigheut Dieu nbus dde.
« Charle a le droit (1), ne dievons lui MUir. y> Aof .
Et Guineman joint le roi de Lérie,
Le bouclier ciselé lui fracasse,
Liii déconfit sa cuirasse frangée ,
Et dans le corps met fout le gonfalon.
11 l'abat mort, qu'on pleure ou qu'on en rie (2).
Sur un tel coup, ceux de France s'écrient :
« Frappez, barons, ne ralentissez pas,
(( Charle a le droit contre ces renégats.
« Dieu uous a mis du côté du bon droit, d aoi.
(1) Voir la note de la page 63. De même pour la tkofiM aoi-
vante.
(2) Voir là note de la page 66.
Malprime sied sur utl eheval tout blane^ Conduit sa troupe au milieu des Français; Il va frappant grands coups devant les autres ; L'un mort sur l'autre il va les reteuniaiit.
Sur le devant Baligant s'écriait :
« Les miens bat^ôns^ ^e j'ai nourris longtemps, <c Yoyex mon fils : il oberche Chàrlemagne ; « Que de barons il oombat de ises armes I <c Meilleur guerrier que lui je ne demande.
« Secourez-le de Vos éjpieux tranchants. -»
A ces mots, vont les pàyens en avant^ Durs sont les coups et le carnage est grand.
La bataille est merveilleuse et crueUe ; Telle ne fut avant ni depuis lors. AOi.
Grandes étaient et fières les armées,
Les bataillons se sont tous rencontrés,
Et les payons merveilleusement frappent.
Dieu ! que d'épieux brisés par la moitié,
Écus froissés, cuirasses démaillées !
Vous eussiez vu! la terre en est jonchée.
L'herbe dû champ, gui verte et tendre étcdt,
Du sang des corps est tout envermeillée I
L'émir payen réclame totis les sieûs :
« Frapper, barons, sur oette g^t chrétieniie ! >
Et la bataille est obstinée et dure;
Telle ne fdt avant ni depuis lors.
Et la mort seule y pourra mettre fin. aol
Baligant dit à ses payens : «Frappez, <x Car pour rien autre êtes venus ici.
« Vous donnerai femmes nobles et belles, «( Vous donnerai fie£s, domaines et terres, i» Payens disaient : <c Nous le devons bien &ire. i» A coups pléniers de leurs épieux ils frappent; Ils ont tiré plus de cent mille épées :
C'est un carnage et dur et douloureux ; Bataille a vu celui qui s'y mêla! aoi.
COIOIENT CHARLEllAGNE VIENT SECOURm LE DUC NAYME.
Notre empereur réclame ses Français :
« Seigneurs barons, vous aime et crois à vous.
a Avez gagné pour moi tant de batailles ,
c< Conquis d'États, dépossédé de rois !
<( Je vous en dois, je le sais, récompense :
<c Vous recevrez de moi terres et biens (1).
« Vengez vos fils, vos terres et vos hoirs, (( Qui furent hier occis à Roncevaux.
a Vous le savez, j'ai droit contre payens. o> — « Vous dites vrai, sire, » répondent-ils.
Ils sont vingt mille autour de l'empereur.
D'un même accord ils lui jurent leur foi ; Ne fedlliront pour mort ni pour détresse.
Il n'en est point qui sa lance n'emploie.
Ou de l'épée avec entrain ne frappe ; Et la bataille est cruelle à merveille, aoi.
Malprime allait par le champ de bataille;
À ceux de France il faisait grand dommagel
Nayme le duc fièrement le regarde,
Va le firapper en homme de courage.
De son écu lui brise la bordure,
De son haubert dégrafe les deux pans,
Lui met au corps le gonfedon entier.
Et l'abat mort entre sept cents des autres.
Le roi Canabe, un frère de l'émir.
Des éperons pique bien son cheval, Tire l'épée à garde de cristal ;
(!) £ de muncors, de teres et d*aveir.
174 LA GIUMSaN DE ROLAND.
Et frappe Nayme au milieu de son ca^guig, Dont il fraça^e et bri^e une moitié; L'acier pénètre et rompt cinq des attaphes ; Le capuchpu ne lui vaut uq d^niei^; Jusqu'à la chair l'apier tranche la ooiShy Dont il abi^t W pappoeau sur la terre.
Grand fut le coup : le duc reste étourdi «
Sûr qu'il t(^nfci4t, si Hieu m J'eAt ftid^.
Il embrassa 1$ çpu du destrier*
Si le payen avptit pu redPuWer,
Il était mort* le noble chevalier 1
Charles de France arrive à son secours, aoi.
Nayme Iç àw était en grande wgoisse ; Le Sarrazin à le £capper s'apprête.
. Charles lui dit : a Brigand, pour tQn ina)t|^fiW ! » Va le frapper avec toute sa force.
Brise l'écu, çpntr^ le cœur l'écra^se, De son haubert lui brise la vei^taille, .
Et l'abat mort; la selle en reste vid^.
Mais a grand deuil Charl^paagne le roi.
Quand il voit Nayme, à ses côtés, h]e^é (1),
(1) Le trouvère de Roland a déjà désigné Nayme comme le plus brave honmie de la cour. Les autres chansons parlent également de raffection que lui portait C3iarlemagne :