Marsile. Ce personnage n'a rien
Qui sert Mahomet et prie Apollon; Mais le malheur va l'atteindre : il ne s'en peut garder. Aoi.
d'historique; mais son rôle est considérable dans la légende. Un Marsile figure dans le récit des < enfances » de Charlemagne ; c'est le frère de celte Galienne qui fui la première femme du grand empereur (Charlemagne de Girart d'Amiens, compilation du commencement du xj\e siècle, etc.). Dans le Karl de Stacker (poème allemand d'environ 1230), ce mèrne Marsile nous est présenté, tout au contraire, comme l'allié du jeune Charles. Mais ce n'est point là le vrai Marsile, et les poètes du moyen âge ont usé, ici comme ailleuis, de ce procédé qui consiste à domier le mèrne nom à des personnages de même physionomie. Voici maintenant ce qui concerne réellement le héros païen du Roland... D'après l'Entrée en Espagne (poème du xive siècle, mais renfermant des fragments du xiii* et qui copie ici le faux Turpin), c'est contre Marsile qu'est dirigée la grande expédition de Charles au delà des Pyrénées. Le fameux géant Ferragus, contre lequel luttent les douze Pairs et dont le seul Roland triomphe, n'est autre que le neveu de Marsile. Sous les murs de Pumpelune, le roi de France trouve devant lui le mèrne ennemi, et l'auteur de la Prise de Pampelune ( commencement du
Marsile, que Roland frappe d'un coup mortel quelques instants avant de mourir lui-même (cap.,xxi-xxiii).
8. Mahomet. L'auteur du Roland ne connaissait pas l'islamisme et s'imaginait, avec nos autres poètes, que les Sarrasins adoraient des idoles, tout comme les Grecs et les Romains. Les trois principales idoles des infidèles auraient élé; d'après nos Chansons de geste, Mahom (Mahomet), Apollin (Apollon), Tervagan (?); et c'est ainsi que nos pères mettaient sur le compte du mahométisme toutes les erreurs des paganismes anciens.
9. Aoi. Cette notation esl demeurée inexpliquée. 11 est inadmissible qu'oot soit pour avoi, lequel viendrait d'ad viam et signifierait: « Allons en route. » Il suffit, pour "renverser cette opinion de M. Génin, de remarquer qu'ad viam aurait donné dans notre dialecte, non pas avoi, mais à vere. C'est à tort que M. Michel a d'abord 'assimilé ce mot à notre euouae liturgique {scecidorum amen), et plus tard i au saxon abeg eu à 1 anglais aisay . exclamation du jongleur pour avertir le ménétrier que 'e couplet finit ». M Alex, de Saint- Albin traduit \ot par v Dieu nous aide <> et y voit (!) le .-erbe «xadjuder » ;
xjv siècle) nous fait assister à la ^h^rf«a^ne trouve, dans la Chanson, q
foi ;nè>->i£L:i~*^>rt venant du subjonctif adjuvet. Une troisième opinion de
ce siège célèbre : c'est alo-s que Marsile ordonne la mort des deux ambassadeurs de Charles, Basin et Bashx, et qu'il perd dix de ses meilleures v iliT"->: C'esi Marsile encore qui, dans Guide Bourgogne (xir siècle), résiste aux armées chrétiennes. Quant à la chronique de Turpin (qui, sauf les cinq premiers
III'.» , elle fait de Morslnyun frère de Beligand, et nous les montre ch i gés tous deus par l'émir de Babylone de tenir tète aux Français. Le récit latin rapporte, avec de grand détails, l'ambassade et la trahison de Ganelon , le désastre d ■ Roncevaux el la mort de
M. Michel vaut/mi >ur. bue les deux premières : a ArOi, suivant lui, serait un ueume. j/Lessneumearsont, comme on le saiL/la notation musicale qui cédé/la notation, sur portée ou notation odidoniennn»r Mai3 cette théorie n'a
chapitres, a dû étie rédigée vere lJGi^ encore étéappuyée d'aucune preuve. Le
mot aoi ne peut, suivant nous, '-tre explique que comme une interjection analogue à notre ohé! Ah u i . li.ms !.. mai in • ongl tfc •■, où l'on «lit : Boat alvny, corarrn nous d Ho, du canot.
10 Le roi Marsile était à Saragosse.
Il est allé dans un verger, à l'ombre;
Sur un perron de marbre bleu se couche ;
Autour de lui sont plus de vingt mille hommes.
Il adresse alors la parole à ses ducs, à ses comtes : 15 <c Oyez, seigneurs, » dit-il, « le mal qui nous accable : -
« Charles, l'empereur de France la douce,
<r Pour nous confondre est venu dans ce pays.
s Plus n'ai d'armée pour lui livrer bataille;
«t Plus n'ai de gent pour disperser la sienne. 20 i Comme mes hommes sages, donnez- moi un conseil
« Et préservez-moi de la mort, de la honte. >>
Pas un païen, pas un qui réponde un seul mot ,
Hors Blancandrin, du château de Val- Fonde. Aoi.
Blancandrin, parmi les païens, était l'un des plus sages , 25 Chevalier de grande vaillance ,
li. ..4 ses ducs, à ses comtes. Nos poètes qui n'avaient aucune connaissance réelle de? institutions des peuples musulmans, et qui d'ailleurs n'avaient pas le Moindre sentiment de la couleur locale, prêtent aux infidèles la même organisation politique qu'aux chrétiens.
Ils leur attribuent les mêmes lois, les mêmes usages, les mêmes costumes, etc.
16. France la douce. Voila bien l'épithéte dite « homérique >>, qui est le résultat d'une constatation une fois faite. mai-î que l'or: généralise et que l'on applique universellement. « Alors même qu'Achille serait blessé ou paralysé, Homère l'appellerait encore Achille aux pieds légers. » li en est ainsi dans nos
Chansons de geste où fleurit l'épithète épique. La fiancée de Roland y est toujours appelée « Aude au vis cler » ; la France y est toujours « Fiance la douce»; Charles a l'emperere magnes »; toutes les villes sont qualifiées « fort cité » ou « cité antie a ; tous les héros ont la « chière hardie », etc. Ce n'est pas d'ailleurs le seul procédé homérique qu'on puisse constater dans nos anciens poèmes. On y trouve également le.-, lonçs discours des ambassadeurs ou des combattants, les répétitions littéraires d'un certain nombre de vers, les descriptions d'armures, etc. Cependant nos trouvères ne connaissaient pas Homère ; mais les allure? de la poésie primitive sont partout les mêmes.
Homme de bon conseil pour aider son seigneur :
« Ne vous effrayez point, dit-il, au Roi.
« Envoyez un message à Charles, à ce fier, à cet
orgueilleux ; « Promettez-lui service fidèle et très grande amitié. 30 « Faites-lui présent de lions, d'ours et de chiens, « De sept cents chameaux, de mille autours qui aient
mué ; « Donnez-lui quatre cents mulets chargés d'or et
d'argent , « Tout ce que cinquante chars peuvent porter. « Bref, donnez-lui tant de besants d'or pur, « Que le roi de France enfin puisse payer ses soldats. 35 « Mais il a trop longtemps fait la guerre en ce pays « Et n'a plus qu'à retourner en France, à Aix. « Vous l'y suivrez, — direz -vous, -- à la fête de saint Michel.
31. Mille auteurs qui aient mué. Des faucons ont plus de prix après avoir l'ait leur mue, qui est une véritable maladie, parfois mortelle. Cf. Frédéric IL Liber de Venatione, xlvi , el Ducange . .m mol Muta.
36. En France à Aix. Le nom de France est donné cent soixante- dix fois, dans le Roland, à tout l'empire de Charlemagne, lequel, en dehors de la
li. ■ proprement dite, renfermait,
d'après notre Chanson, la Bavière, l'Allemagne, La Normandie, la Bretagne, le Poitou, l'Auvergne, la Flandre, la Frise, la Loi raine el la Bourgogne. C'esl ainsi qu'Aix- la -Chapelle esl en France, et qu'on se trouve également en France au sortir des Pyrénées. Il esl vrai qu'en
plusieurs autres passages de notre poè
i e même mol o France i esl employé dans an sens plus restreint el pour désigner le pays qui correspondait au domaine royal avant Philippe- Auguste.
, Voir la nomenclature des dix corps d'armée de Charlemagne, vers :;uii el
miiv.i Mais il ne Tant pas perdre de vue
le sens général, qui est, à beaucoup
pies, le plus usité. En résumé, le pays tant aimé par le neveu du grand empe-
reur, c'est noire France du nord avec ses frontières naturelles du côté de l'est el ayant pour tributaire toute la France du midi. (L'idée politique dans les Chantons de geste, par L. G., p. 8i.)
37. A la fête de saint Michel. Saint Michel occupe dans le Roland une place dont il convient de tenir compte. C'est le jour de la Saint -Michel que Charles donne une grande fête à l'occasion de la soumission de Marsile et de la fin de la guerre. (V. 37 et 53.) Au moment où Roland va mourir, un tremblement do terre agite le sol de toute la France, et l'un des quatre points extrêmes que le
poète indique est Saint-M ichel-du-l'éril.
(Y. 1428.) Enfin, quand Roland meurt*, c'est saint Michel du Péril qui descend |aes de lui. (V. -2394.) Or Saint-Micheldu-Péril, c'est le mont Saint-MicheL, pies d'Avranches, et la « feste seint Michel », dont il est ici question, tombe le 1() octobre. D'anciens Martyrologes attestent que l'on célébrait ce jour-là l'apparition, en 708", du glorieux archange a saint Auberl , évoque d'Avranches, el «"est cette apparitionqui donna sujet .i ce prélal de bâtir la fameuse abbaye dû mont Saint-Michel, = Celte
îiO
« Et là, vous vous convertirez à la foi chrétienne, « Vous serez son homme en tout bien, tout honneur. 40 « S'il exige des otages, eh bien! envoyez -en « Dix ou vingt, pour avoir sa confiance. « Oui, envoyons-lui les fils de nos femmes. « Moi, tout le premier, je lui livrerai mon fils, dût-il
y mourir.
<( Mieux vaut qu'ils y perdent la tête 45 « Que de perdre, nous, notre seigneurie et notre terre , « Et d'être réduits à mendier. »
El les païens de répondre : « Nous vous l'accordons volontiers. » Aoi.
« Par ma main droite que voici, » dit Blancandrin, « Et par cette barbe que le vent fait flotter sur ma
poitrine , « Vous verrez soudain les Français lever leur camp. 50 Et s'en aller dans leurs pays, en France.
« Une fois qu'ils seront de retour en leur meilleur
logis , « Charles, à sa chapelle d'Aix,
fête du 10 octobre a été célébrée dans toutes les églises de la seconde Lyonnaise et jusqu'en Angleterre. (Synode d'Oxford, en 1222, Calendarium Exoniense, etc.) Quant au nom même de saint Michel du Péril , il est tics plus populaires, et, dans les textes des xiexae siècles, on voit souvent figurer le récit de certains pèlerinages ad sancti Michaelis periculum ou ad montem sancti Michaelis de periciilo maris. = Quoi qu'il en soit , saint Michel du Péril et la fête du 10 octobre jouent dans le Roland un rôle trop important pour que notre poète n'ait pas, à tout le moins, connu très particulièrement l'abbaye normande et son pèlerinage.