‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 21 sur 89 · A sa chapelle d'Aix. D'après nos · texte numérisé non relu

A sa chapelle d'Aix. D'après nos

vieux poèmes, le palais d'Aix-la-Chapelle se composait de douze palais splendides, groupés autour d'un château plus magnifique encore. ( Karlamagnus Saga , histoire islandaise de Charlemagne, xme siècle, première branche, 12-20, et Richeri Historia, lib. III, §71.) Quant à la chapelle elle-même, l'architecte l'avait bâtie trop petite; mais Dieu fit un miracle et l'élargit surnaturellement. (Karlamagnus Saga, i, 12, et Girarl d'Amiens, Charlemagne, commencement du xne siècle, B. N. 778, f°105.) Devant le palais était ce fameux perron, celle masse d'acier sur laquelle les chevaliers essayaient leurs épées. La légende ajoute que c'était là l'antique résidence de Granus, père de Néron, et

« Donnera, pour la Saint-Michel, une très grande fête

« Le jour où vous devrez venir arrivera, le terme passera , 55 Et Charles ne recevra plus de nos nouvelles.

« L'empereur est terrible , son cœur est implacable ;

« Il fera trancher la tête de nos otages.

« Mais il vaut mieux qu'ils y perdent la vie

« Que de perdre, nous, claire Espagne la belle, GO <l Et de souffrir tant de maux et de douleurs.

« — Il en pourrait bien être ainsi, » s'écrient les païens. Aoi.

Le conseil de Marsile est terminé.

Le Roi mande alors Clarin de Ealaguer,

l'auteur de notre chanson racontera tout à l'heure que Dieu y lit jaillir une source d'eaux chaudes [tour en faire présent à Charlemagne.Cf.Philippe Mousket, Chronique rimée, v. 2440et suiv., et surtout le faux Diplôme présenté par les chanoines *d' Ai x à Frédéric Barberousse.

58. La vie. Tous les mots en italiques sont, comme nous l'avons dit, ajoutés ou suppléés par nous d'après le plus ancien manuscrit de Venise ou d'après les Remaniements. Nous ne répéterons plus cette observation.

li-2. Les laisses v et vi peuvent passer puni- l'un des types les plus parfaits des a Couplets similaires ». Nous appelons de ce nom plusieurs strophes consécutives OÙ LES MÊMES IDÉES SONT RÉPÉ- TÉES A PEU PRÈS DANS LES MÊMES TER- MES, MAIS SUR DES ASSONANCES DIFFÉ- RENTES. 11 en existe au moins neuf exemples dans le Roland, el ces répétitions peuvent être doubles, triples, quadruples ou même quintuples. M. Fauriel ne les regarde que comme des leçons diverses d'un même passage, copiées à la suite l'une de l'autre par un scribe inintelligent. M. <;. Paris les considère comme autant de versions remontanl à îles époques différentes, el cite à l'appui de son opinion le texte si précieux de l'Oraison funèbre de Ro-

land ; dans une première laisse, l'Empereur dit : Quand je serai à Laon ; et dans une seconde : Quand je serai à Aix. Donc, le premier de ces couplets aurait sa source dans une tradition du Xe siècle, et le second, plus antique, remonterait à la tradition des vme-ixe siècles. Tout autre est l'opinion de M. Génin, qui voit dans ces répétitions « l'œuvre d'un artiste, d'un poète », ou, en d'autres termes, un effet littéraire, un moyen dramatique. C'esl également le sentiment de M. d'Avril. Nous avons montré ailleurs comment ou ne pouvait adopter d'une façon absolue aucun de ces systèmes (première édition du Roland, Introduction, p. i.vi et suiv.) Parmi les groupes de Couplets similaires,

il en est où, comme ici, la répétition est presque littérale, el il faut, en ce

cas, donner raison à la théorie de M. G. Paris ; mais il eu est d'autres où les laisses, loin de taire double emploi,

Se COMPLÈTENT L'UNE PAR L'AUTRE. (Voir les couplets XL, xi. i, xi. il, etc.) Ce ne sont donc pas là ces variantes entre lesquelles on pouvail l'aire un choix ad libitum. Ici c'est Génin qui est dans le vrai , et nous avons vraiment affaire à un procédé artistique.

<;:>>. Balaguer. Balaguer,en Catalogne i Ballegarium, Valagaria), à trois lieues

Avec Estramarin et son pair Eudropin , 65 Priamus avec Garlan le barbu,

Machiner avec son oncle Matthieu,

Joïmer avec Maubien d'outre-mer,

Et Blancandrin, pour leur exposer son dessein. \ Il fait ainsi appel à dix païens , des plus félons : 70 « Seigneurs barons, vous irez vers Charlemagne ,

« Qui est en ce moment au siège de la cité de Gordoue.

« Vous porterez dans vos mains des branches d'olivier,

« En signe de soumission et de paix.

« Si vous avez l'art de me réconcilier avec Charles , 75 Je vous donnerai or et argent ,

« Terres et fiefs autant que vous en voudrez. »

« — Notre Seigneur parle bien, » s'écrient les païens.

Aoi.

Le conseil de Marsile est terminé :

« Seigneurs, » dit-il à ses hommes , « vous allez partir

de Lérida. C'est le point le plus lointain qu'aient atteint les armes de Roland. Roland se vante, en effet, dans un autre passage de notre poème (V. 200), d'avoir conquis celle ville à Charlemagne.

71. Cordoue. Le texte original nous donne Cordres. Nous avions, dans nus précédentes éditions, partagé sur Cordres l'opinion de M. Gaston Paris, t 11 est certain, disions- nous, que la ville désignée par « Cordres » esl près des Pyrénées. » Et, dans notre carte du Boland (première édition, t. II, frontispice), nous l'avions placée entre Valtierra et Tudcla. Mais l'étude des anciennes cartes nous a fait changer d'avis. Nos pères du xi<= siècle ne connaissaient que le nord de l'Espagne et ne supposaient pas que cette péninsule eût de la profondeur. Dans cette légère bande de terrain, au sud des Pyrénées, ils plaçaient toutes les villes quiavaienl eu jadis quelque renommée : Cordoue, Séville, etc. = En somme, nos épiques

avaient dans la mémoire un certain nombre de noms de lieux célèbres qu'ils déni liaient un peu au hasard. L'auteur du Roland est à coup sur le plus sérieux de tous, et néanmoins il n'est pas incapable d'avoir complètement ignoré la situation de Cordoue, dont il ne savail que le nom, et qu'il se Qgurail sans doute au nord de l'Espagne. = Ajoutons enfin (et personne encore n'a fait celle remarque) qu'au commencement du xme siècle on a fondé dans l'Albigeois une ville à laquelle on a voulu donner le nom de la célèbre ville espagnole, el qui s'est toujours appelée du nom de « Cordres ».

72. Branches d'olivier. Ces branches d'olivier sont un symbole de paix emprunté à l'antiquité. On les retrouve plus d'une fois aux mains des ambassadeurs dans nos autres Chansons de geste :

Portèrent rains d'olive : c'est senefîement — De pais, d'umilité, que il la vont querant. (Renaus de Monlauban, édit. Michelant, p. 37.) Etc. etc.

80 « Avec des branches d'olivier dans vos mains.

« Dites de ma part au roi Charles

« Qu'au nom de son Dieu il ait pitié de moi :

« Avant qu'un seul mois soit passé,

* Je le suivrai avec mille de mes fidèles, 85 <r Pour recevoir la loi chrétienne

« Et devenir son homme par amour et par foi.

« S'il veut des otages, certes, il en aura.

« — Bien, » dit Blancandrin. « Vous aurez là un bon traité. j> Aoi.

Marsile lit alors amener dix mules blanches 90 Que lui envoya jadis le roi de Sicile.

Les freins sont d'or, les selles d'argent ;

Les dix messagers y sont montés,

Portai des branches d'olivier dans leurs mains

En signe de soumission et de paix.

Et voici qu'ils arrivent près du roi qui tient la France en son pouvoir.

95 Charles a beau faire, ils le tromperont. Aoi.

Fig. 11. — Les messagers païens descendent de leurs mules. — Et saluent Charles...

(Vers 120, 121.) (Composition de Zier.)

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