‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 23 sur 89 · V. la noie du v · texte numérisé non relu

V. la noie du v

107. Gerin... Gerier. Ils sont compris au nombre des douze Pairs par la Chanson de Roland, par les Remaniements de Paris et de Cambridge, par la Karlamagnus Saga, etc. = Gérin seul esl conservé par l'auteur d'Ottinel et par celui du Voyage à Jérusal

111. Ils jouent aux tables. Le jeu des tables (c'est le tric-trac), et, plus encore, celui des échecs tiennent une très grande place' dans nos romans ; c'est . par excellence le jeu des barons. I ne partie d'échecs est la péripétie principale d'une de nos plus anciennes chansons, à'Ogier le Du nuis. Le fils d'Ogier, Baudouinet, joue aux échecs avec Charlot, le fils de Charlemagne ; il gagne la

parlie. Chariot, furieux d'avoir été é. liée

el mal en quelques coups, se précipite sur son adversaire et, d'un coup d'échiquier, Le lue sur place. De là toute la guerre de Charlemagne contre i >giei .

Dans Renaus de Montauban, même épisode. La lutte entre les fils d'Aimon el le grand Empereur a pour cause ou pour prétexte une partie d'i checs, à la

Suite de laquelle le lleVell de l'Empereur, Bertolais, est tué par Renaud. Édit. Michelant, p. 51.) = Voy. dans \c Saint Martin deM.Leco} delà Mari he

Les plus sages, les plus vieux jouent aux échecs, Et les bacheliers légers à l'escrime...

Sous un pin, près d'un églantier, 415 Est un fauteuil d'or massif :

C'est là qu'est assis le roi qui tient douce France. Sa barbe est blanche et son chef tout fleuri ; Son corps est beau, et fière est sa contenance.

A celui qui le veut voir il n'est pas besoin de le montrer.

120 Les messagers païens descendent de leurs mules Et saluent Charles en tout bien, tout amour. Aoi.

Blancandrin, le premier, prend la parole, Et dit au Roi : « Salut au nom de Dieu,

(p. 38), la représentation d'un pion pour jeu de labiés; nous le reproduisons ci-dessus.

118. Son corps est beau. S'il faut en croire la Chronique de Turpin, le grand Empereur avait huit pieds de haut. Sur ses [deux mains il élevait un cavalier armé et brisait aisément trois ou quatre fers à cheval. Tous nos poètes ont cé-

lébré la barbe blanche de Charles, ses yeux extraordinairement ardents et sa terrible regardeùre. Et tout le moyen âge a eu peur de ce regard, semblable à cet évèque dont parle le moine de Sainl-Gall, sur lequel l'Empereur jeta seulement un coup d'œil et qui fut soudain foudroyé. Cf. Nos Épopées françaises, 2e édition, II, 121.

« Du Glorieux, que vous devez adorer!

125 « Voici ce que vous mande le roi Marsile, le vaillant :

« Après s'être bien enquis de votre loi, qui est la loi du salut,

« Il veut largement partager ses trésors avec vous.

« Vous aurez des lions, des ours, des lévriers enchaînés,

« Sept cents chameaux, mille autours après la mue, 130 <r Quatre cents mulets chargés d'argent et d'or,

« Tout ce que peuvent porter cinquante chars.

« Vous aurez tant et tant de besants de l'or le plus fin,

« Que vous pourriez enfin payer tous vos soldats.

« Mais il y a trop longtemps que vous êtes en ce pays, 135 Et vous devriez retourner en France, à Aix.

« Mon maître vous y suivra, c'est lui-même qui vous le promet,

« Et il y recevra votre loi.

• // y deviendra, mains jointes, votre vassal

« Et tiendra de vous le royaume d'Espagne. »

L'Empereur élève alors ses deux mains vers Dieu;

Il baisse la tête et commence à penser. Aoi.

124. Le Glorieux. On pourrait aisétnenl composer une théodicée d'après les seuls textes de nos Chansons de geste. La spiritualité de Dieu est, de tous ses attributs, relui que nos poètes ont mis le plus volontiers en lumière, >'t l'épithète qu'ils accolent le plus souvent au mol « Dieu » est celle-ci : ■■ Dieu qui esl un pur esprit, Dex l'espirital. »

C'était là une protestation contre la pluralité des anciens dieux et contre leur matérialité grossière. = Dans la Chanson deBoland et dans la plupart de nos autres poèmes, Dieu esl encore qualifié de glorieux, el par ce mol il faut à la fois entendre la suprême béatitude, la suprême puissance . la suprême invisibilité. = On peut rapprocher de celte ssion les suivantes, qui sonl à peu près synonymes : Le Dieu de majesté, le Roi du m le . le Dieu du paradis.

le Roi très grand qui est au-dessus de nous.» = Les autres attributs de Dieu ne sont pas d'ailleurs exprimés avec moins de clarté.. Le Dieu de nos épopées est tout-puissant. Il est éternel, el à toul instanl nus poètes s'écrienl : CilDamedex qui fut, estet qui iert. Mais le titre que les trouvères se plaisent surtout à lui décerner, c'est celui de n créateur : Par Deu le créateur. — Par Deu qui tout forma. — Qui fist pluie et gelée. — Qui fist la rose en mai. — Qui nos fist à s'image, etc. etc. Rien n'était en réalité plus utile que de telles épithètes -i souvenl répétées . puisque le dogme de la création avait été méconnu de toute l'antiquité païenne. Kl tel est le point de vue pratique et élevé auquel on doil surtout considérer nos anciens poèmes.

L'Empereur demeurait là, tète baissée; 140 Car jamais sa parole ne fut hâtive,

Et sa coutume est de ne parler qu'à loisir. Quand enfin il se redressa, très fier était son visage :

« Vous avez bien parlé, » dit -il aux messagers. « Cependant le roi Marsile est mon grand ennemi. 445 <r Ces paroles que vous venez de prononcer, « En quelle mesure puis-je m'y fier?

« — Vous aurez de bons otages, » répond le Sarrasin; « Nous vous en donnerons dix, quinze, vingt, « Mon fils sera du nombre, dût-il y périr; 150 « Et vous n'en aurez pas de plus nobles.

« Lorsque vous serez de retour en votre palais seigneurial , « A la grande fôte de saint Michel du Péril, « Mon maître, c'est lui qui vous le promet, vous

suivra « A vos eaux d'Aix, que Dieu a fait jaillir pour vous, 155 « Et là consentira à devenir chrétien.

« — C'est ainsi, » répond Charles, « qu'il pourra encore se sauver. ■ Aoi.

Le jour fut beau, et commençait à décliner.

Charles fait conduire les dix mules dans ses étables;

Puis , dans le grand verger, fait tendre un pavillon 160 Et y donne l'hospitalité aux dix messagers :

Douze sergents en prennent soin ;

Jusqu'au jour clair ils y passent la nuit...

L'Empereur se lève de grand matin.

Charles entend messe et matines ; 165 Puis va s'asseoir sous un pin,

Et mande ses barons pour tenir son conseil :

Car il ne veux rien faire sans ceux de France. Aoi.

L'Empereur va sous un pin, Et mande ses barons pour tenir son conseil 170 C'est le duc Ogier et l'archevêque Turpin;

16G. Conseil. Près de l'Empereur ou du Roi frank se tient toujours, dans nos chansons, un conseil dont l'origine est germaine. Les Cours plénières de nos romans rappellent les Champs de mai. Mais il faut distinguer entre la « Cour plénière » et le « Conseil « proprement dit. Dans le Conseil , l'Empereur prend encore l'avis de ses barons, mais n'est aucunement forcé de le suivre. Ln d'autres termes, les conseillers n'ont ici qu'une autorité toute consultative, et c'est au Roi seul qu'appartient la décision. Le Conseil, d'ailleurs, semble se transformer plus d'une fois en liante cour, quand il s'agit de juger un des hommes du roi : c'est l'ancien placitum palatii; c'est le tribunal qui, à la fin de notre pi inné, jugera le traître Ganelon.

170. Ogier. Ogier le Danois, un dos plus célèbres héros de notre épopée nationale. 11 est fils de Geoffroi, roi de Danemark, qui est forcé de !<■ laisser en otage à la cour de Charlemagne. Les ambassadeurs du roi de France ayanl été insultés par Geoffroi, Ogiei esl condamné à morl et va périr, lorsqu'on se décide soudain à une grande expédition en Italie. Le Danois devienl rapidemenl le héros «le l'armée française : il est vainqueur, dans un double combat, de Caraheu et de Brunamont, et, grâce à

lui, Charles peut l'aire son entrée à Rome. (Chevalerie Ogier, poème du Ml" siècle, attribué à liailolieit de Pari-, vers L74-3102.) Ogier esl devenu le favori du roi de France, lorsqu'un jour,

(Lois une île ces pal lies il ."tIh-c- dont

nos épopées ont tant abusé, son fils, Baudouinet, est tué par le lils de l'Em-

pereur, par Chariot (v. 3152-3180.) De là une haine irréconciliable du Danois contre le roi de France. 11 veut tuer Chariot, et, sur le point de tomber aux mains de ses ennemis, se réfugie à la coin- du roi Didier, àPavie. Charles déclare la guerre au Lombard, et lui livre une formidable bataille où Ogier fait en vain des prodiges de valeur (v. 3181- 5838). C'est alors qu'a lieu ce fameux siège de Castelfort, qui a été si populaire durant tout le moyen âge. Ogier, affamé et tout près de succomber, parvient à s'ouvrir un chemin; mais, de nouveau poursuivi, il est fait prisonnier, et le voilà captif à Reims (v. 5884- 9424). Charles l'y veut laisser mourir de faim, mais une invasion des Sarrasins le force un jour à faire un nouvel appel au courage du Danois, qui se bal contre le géanl Bréhus et sauve la France (v. 9425-12969). Il reçoil en récompense

le Comté de llainaiil , e1 y meiirl en odeur de sainteté (v. 12970-13042).= Toute cette légende d'Ogiei s'esl formée en même temps que celle de Roland, cl remonte par conséquent aux vme-ix" siècles. = Ajoutons qu'Ogier n'esl pas mis dans noire poème au rang de?

douze Pairs , mais qu'il reçoil cel I -

neur dans le Voyage à Jérusalem, <it>< île HmtnjotjHe. lie/taux de Montauban, Fierabras, Oltinel et VEntrée en Espagne.

Turpin. Il y a eu \i\i véritable ai chevêque de ce nom . lequel vécul sui le siège de Reims, depuis 756 (ou 753, suivant la Galliu christiana), jusqu'en 811 ou 788 (ou 79i, suivant la Gallia I. Il a donc été réellement contemporain du grand désastre de Roncevaux, qui eul

C'est Richard le Vieux et son neveu Henri ;

lieu en 778. Mais leTurpin de nos épopées présente des traits que l'histoire n'a point fournis. Il est né à Rome, si l'on en croit la Karlamagnus Saga (xme siècle), 011 en France, suivant la Chanson d'Aspremont (xine siècle).

L'auteur de ce dernier poème ajoute que ïurpin fut abbé de Jumièges avant d'être élevé au siège de Reims. = Quoi qu'il en soit, il est partout le type de l'évêque militaire. Dans Aspremont, on le voit porter au front de l'armée chrétienne le bois de la vraie croix, qui devient, entre ses mains, éblouissant comme le soleil. Dans Ogier (xir3 siècle), c'est lui qui livre à Charlemagne 1'' Danois endormi; mais il a pitié de cet illustre vaincu, et ne permet pas qu'il meure de faim dans sa prison. Après s'être couvert de gloire dans tous les combats que racontent YEntrée en Espagne (xine-xiv siècle) et Gui de Bourgogne (xne siècle), l'Archevêquesoldat meurt à Roncevaux (v. 2252). = La Chronique qui porte son nom se garde bien de le faire ainsi succomber dans la grande bataille, et le l'ait survivre au désastre, qu'il raconte. C'est lui qui, d'après ce singulier récit, célébrait la messe des morts auprès de Charles, lorsque l'Empereur vit passer dans le ciel les Anges qui emportaient l'âme de Roland. = Turpin est compté au nombre des douze Pairs parles Remaniements du Roland ( XIIIe siècle, etc.), le Voyage à Jérusalem (xir3 siècle), la Karlamagnus Saga ( XIIIe siècle), Otinel (xme siècle), V Entrée en Espagne (xme-xive siècle) et la Chronique de Weihenstephan (xrve-xve siècle). Lu résumé, c'esl dans notre poème qu'il faut chercher les éléments les plus antiques de sa légende. = Il est nécessaire de dire ici deux mots de la célèbre « Chronique de Turpin ». Dans sa thèse De pseudo - Turpino , M. G. Taris est arrivé à cette conclusion scientifique que les cinq premiers chapitres ont été écrits, vers le milieu du XIe siècle, par un moine de Compostelle, et les chapitres vi et suivants, entre les années 1109-1119, par un moine de Saint- André de Vienne ». Cette dernière par-

tie est la moins sincère. Rédigée par un faussaire d'après quelques-unes de nos Chansons de geste et de nos traditions épiques, qui y sont trop souvent défigurées, ce document apocryphe reproduit cependant, par rapport à la légende de Roland, un état de la tradition qui est peut-être antérieur à la donnée de notre chanson.

171. Richard. Il s'agit ici (comme le prouvent les v. 3050 et 3476) de Richard, duc de Normandie. Que ce Richard soit un personnage historique, c'est ce qui semble hors de doute, et le poète qui l'a introduit dans notre légende a pensé à Richard I, duc de Normandie, dit le Vieux ou sans Peur (f 9(JG). Nous avons dans son nom, comme dans celui de Geoffroi d'Anjou, un précieux élément de critique, et il devient par là très probable qu'une autre Chanson de Roland a existé avant la nôtre, vers la lin du Xe ou le commencement du xi° siècle.

Il est, à tout le moins, permis d'affirmer que des chants populaires lyriques étaient depuis longtemps consacrés à notre héros. = La légende épique de Richard est d'ailleurs assez riche. Dans Renaus de Montauban (xnr3 siècle), il se refuse énergiquemeni à l'aire périr son homonyme, Richard, lils d'Aimon, qui a été très injustement condamné par Charlemagne. Au commencement de YEntrée en Espagne (xme-xive siècle), il nous est présenté comme le chef du parti de la paix. -Mais le poème où il tient le plus de place est la Chanson des Saisnes, et il devait certainement remplir an plus grand rôle dans ce poème perdu, qui avait pour titre : les Barons Hérupois. Dans la C/ianson des Saisnes (xinc siècle) , Richard est, en effet, avec Geoffroi d'Anjou, Salomon de Bretagne et Huon du Mans, un des chefs des Hérupois révoltés contre le grand Empereur. Charles est obligé de traiter avec eux et d'aller, pieds nus, faire amende honorable à ces rebelles.

=r Richard est placé dans le collège des douze pairs par Gui de Bourgogne (xme siècle), Renaus de Montauban (xme siècle), Fierabras (xine siècle), etc.

C'est le brave comte de Gascogne, Acelin ; C'est Thibaud de Reims et son cousin Milon. Gerier et Gerin y sont aussi, •175 Et le comte Roland y est venu avec eux, Suivi du noble et vaillant Olivier.

Il y a là plus de mille Français de France. On y voit aussi Ganelon, celui qui fit la trahison. Alors commence ce conseil de malheur. Aoi.

180 <r Seigneurs barons , dit l'empereur Charles ,

« Le roi Marsile vient de m'envoyer ses messagers.

172. Acelin est nommé une autre fois, au vers 2882, où l'on voit qu'il ne faisait point partie de l'arrière -garde. Il est un de ceux qui soutiennent l'Empereur dans leurs bras, alors qu'il tombe en pâmoison devant le corps inanimé île Roland.

173. Thibaud de Reims est un des comtes qui seront plus tard chargés par l'Empereur de garder les corps des héros morts à Roncevaux. Alors, comme ici, son nom est associé' à celui de Milon (v. 2433). C'est à lui qu'est confié, lors de la grande bataille contre Baligant, le commandement du sixième corps (v. 3058). = Ce nom de « Thibaud de Reims » a-t-il pénétré dans la légende de Roland à l'époque où régnait le premier comte de Champagne de ce nom (ami. I0(j:i) ? Nous ne le pensons pus, parer que Reims ne faisait point partie du comté de Champagne. = Milan est un de ceux qui sont chargés de conduire sur des carettes les corps d'Olivier, de Tin pin ei de Roland i v. 2971 ). Dans les Remaniements du Roland, il est un des messagers que Charles envoie à sa sœur Gille.

178. Ganelon n'a dans le Roland qu'une vie individuelle, el sa famille n'y est pas constituée à l'état de geste. Il en esl à peu près de même de l'Entrée en Espagne, où il est encore montré sous les traits d'un baron courageux el lovai .

ot do la Prise de Pampelune , où il est déjà, au contraire, dénoncé comme un traître. C'est à son instigation que, d'après ce poème traditionnel, Basin et Basile sont envoyés comme ambassadeurs à la cour du roi Marsile, et c'esl lui qui tente de faire assassiner par les païens un troisième messager, nommé Guron. = Mais quand nos épiques furent atteints de la monomanie cyclique ; en d'autres tenues, quand ils voulurent classer tous leurs personnages en des familles distinctes, ils imaginèrent de faire de Ganelon le fils de Griffon d'Hautefeuille , qui lui-même fut présenté comme le troisième fils de Doon de Mayence. Voilà donc Ganelon installé dans cette geste de Doon qui, avec celle-, du Roi ei de Garin de Montglane, est une de nos trois grandes Gestes : et de là vient ce nom de Mayençais qui fut donné aux traîtres de nos romans. On ne s'arrêta pas en si beau chemin ; l'auteur de Jourdain de Blaives (xiie siècle) alla jusqu'à créer décidément une quatrième geste, « celle des traîtres, o el l'auteur de Parise la duchesse (xne siècle) énuméra avec quelque complaisance les - douze traîtres < de la race de Ganelon. Voir Gaufrey, édit. Guessard, \ . 3999 etsuiv. ; Renaus de Montauban , édit. Michelant, pp. 421-442, etc. Cf.

la Noie de notre première édition, Il , PP. 78-81.

« Il me veut donner une large part de ses richesses, « Des lions, des ours, des lévriers enchaînés, « Sept cents chameaux, mille autours après leur mue, 185 « Quatre cents mulets chargés d'or arabe , « Plus de cinquante chars tout chargés. « Mais il y met cette condition : c'est que je retourne

en France.

« Il s'engage à me rejoindre dans mon palais d'Aix, <■ Pour y recevoir notre loi, qui est la loi du salut. 190 « Il se fera chrétien et tiendra de moi ses Marches. « Mais en a-t-il vraiment l'intention, voilà ce que je

ne sais pas.

« — Prenons bien garde , » s'écrient les Français.

Aoi.

L'Empereur a fini son discours.

Le comte Roland, qui point ne l'approuve, 195 Se lève, et, debout, parle contre son oncle : « Croire Marsile serait folie, » dit- il au Roi. « Il y a sept grandes années que nous sommes entrés

en Espagne.

« Je vous ai conquis Commible et Nobles ;

l'J8. Nobles. Ge n'esl pas Constantinople, comme l'a cm Génin; ce n'esl poinl Grenoble, comme Le suppose un des continuateurs du faux Turpin; et nous ne saurions davantage admettre, avec M. P. Raymond, qu'il s'agisse ici d'Orthez, dont l'ancien château a porté le nom de Nobile. A coup sur, Nobles ou Noples est en Espagne. = Le plus ancien récil auquel ait donné lieu la prise de celle ville, et qui soit parvenu in extenso jusqu'à nous, est celui de la Karlamagnus Saga (xuv siècle) :

Olivier et Roland s'emparent de Nobles sur l'ordre exprès de Gharlemagne ; ils niellent à mort le roi Fouré , que l'Empereur leur avait commandé d'épargner, et cherchent, niais en vain, à effacer la

trace de ce sang injustement répandu.

Charles, malgré tout, s'aperçoit de la désobéissance de son neveu, et lui donne alors ce coup de gan! sur le \ isage qui esl resté si célèbre dans notre légende épique i I"' branehe de la Saga, ôl . 52). ( Jette version est la seule qui nous permette de saisir le sens des vers 1775-177!) de notre Roland : Ja priai li Noples seinz la vostre cumant; — Puis od les ewes lavât les prez de V sanc : — Pur ço le fist ne fust aparissant. = Vu autre récit nous est fourni par l'Entrée en Espagne (xmc-xive siècles) : Nous v voyons Roland abandonner son oncle au milieu d'une grande bataille contre les Sarrasins et s'échapper avec les onze autres Pairs, pour s'en aller conquérir

« J'ai pris Valtierra et la terre de Pina, 200 « Avec Balaguer, Tudela et Séville.

« Mais, quant au roi Marsile, il s'est toujours conduit en traître.

« Jadis il vous envoya quinze de ses païens,

« Portant chacun une branche d'olivier,

« Et qui vous tinrent le même langage. 205 « Vous prîtes aussi le conseil de vos Français,

« Qui furent assez fous pour être de votre avis.

« Alors vous envoyâtes au païen deux de vos comtes :

« L'un était Basan , l'autre Basile.

« Que fit Marsile? Il prit leurs têtes, là-haut, dans les montagnes au-dessous de Haltoïe.

210 « Faites la guerre, comme vous l'avez entreprise;

« Conduisez sur Saragosse votre armée;

« Mettez-y le siège, dût-il durer toute votre vie,

« Et vengez ceux que le félon Marsile a fait mourir. »

Aoi.

L'Empereur tient la tête baissée.

215 11 tourmente sa barbe et tire sa moustache ; A son neveu ne répond rien, ni bien ni mal. Tous les Français se taisent, tous, excepté Ganelon. Ganelon se lève, s'avance devant Charles, Et très fièrement commence son discours :

Nobles. <-'t'.-.[ .m retour de cette équipée qu'il est frappé par Charles , quitte le camp français et l'ail sou voyage en Orient, i V. le ms. IV. \.\i de \ f° I77--2I7.I

l'.i'.i. /." terre de Pina, c'esl évidemment l.i petite ville de Pina, près de - isse.

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