Son écu à boucle. L'écu, c'est le
bouclier chevaleresque. Il peut couvrir un homme debout, depuis la tête jusqu'aux pieds. Il est en bois cambré, couvert d'un cuir plus ou moins orné
« Il a réduit à mendier tant de puissants rois !
« Quand donc sera-t-il las de guerroyer ainsi?
" FI devrait bien se reposer à Aix.
« — Non, » répond Ganelon, «. ce n'est point là Gharlemagne.
530 « Tous ceux qui le voient et le connaissent,
« Tous vous diront que l'Empereur est un vrai baron.
« Je ne saurais assez l'admirer, assez le louer devant vous ,
« Car il n'y a nulle part plus d'honneur ni plus de bonté.
« Qui pourrait donner une idée de ce que vaut Gharlemagne ?
535 « Dieu l'a illuminé d'une telle vertu !
« Non, j'aimerais mieux mourir que de quitter son baronnage. » Aoi.
En vérité, » dit le païen, « je suis tout émerveillé • A la vue de Gharlemagne, qui est si vieux et si chenu.
el peint, ( le lotit solidement relié par une armature de bandes de métal qu'on faisait concourir à son ornementation. » Il esl muni d'enarmes ou d'anses dans lesquelles le chevalier passe le bras, cl d'une guige par laquelle il le suspend à son cou durant la marche. Au milieu (!.■ l'écu esl une proéminence, ci une saillie de métal . nommée boucle , d'où partenl des rayons lleuronnés. » De là
527. Tant de puissants rois. Nos Chansons donnent à Charles un cortège de rois : c< Un jour, à Pâques , fui le roi à Paris... — Le gentil roi, qui fut si aimable,— Tint cour plénière, large el merveilleuse... — Ce jour-là à sa table il j eu1 dix-sept rois, — Trente évêques, mi patriarche, — El mille clercs vêtus de belles chapes... Jugez par là du nombre des autres. ! Ogier le humus , \ . 3482 el sun .) Cf. le beau début d'.Kspreniont.
sans doute le mot : escut peint à purs. Nous plaçons ici sous les yeux de nos lecteurs deux écus empruntés à deux sceaux du xu siècle, el pour donna une idée de la manièi a donl se portail l'écu, nous reproduisons intégralemenl le sceau de Guillaume II . comle de Ne vers 1140).
« Il a bien, je crois, deux cents ans et plus. 540 « Il a peiné son corps par tant de royaumes !
« Il a reçu tant de coups de lance et d'épieu !
« Il a réduit à mendier tant de rois puissants !
« Quand donc sera-t-il las de guerroyer ainsi?
« — Ah ! » répond Ganelon, « ce n'est certes pas tant que vivra son neveu :
545 « Sous la chape des deux il n'y a pas un baron de sa taille :
« Son compagnon Olivier est aussi plein de prouesse.
« Les douze Pairs, qui sont tant aimés de Charlemagne ,
« Font l'avant- garde à la tête de vingt mille chevaliers.
« Gharlemagne peut être tranquille, et ne craint aucun homme. » Aoi.
550 « Je suis tout émerveillé, » dit le Sarrasin,
« A la vue de Gharlemagne qui est chenu et blanc.
541. Lance et êpieu. Lu lame chevaleresque se compose de deux parties :
1° le bois, le fût ou la hanste, liés haute , et qui le plus souvent est en bois
de frêne ; 2° le fer, qui est d'acier bruni, en losange, quelquefois triangulaire.
Les fers du Poitou et de Bordeaux semblent avoir été particulièrement céèbres. (G. Demay, le Costume de guerre et d'apparat , p. 39.) Au liant de la lance
est attaché le gonfanon ou Y enseigne , qui presque toujours est à trois langues ou à trois pans. = Le mot scpiet , dans le Roland, a partout le même sens que
le mot lance. = Voir ci -dessus le sceau de Thibaut IV, comte de Blois (1138), et celui de Galeran, comte de Meulan (1105).
« Il a bien, je crois, deux cents ans passés. <( 11 a marché en conquérant par tant de terres ! « Il a reçu tant de coups de bons épieux tranchants ! 555 « Il a vaincu en bataille et mis à mort tant de rois puissants !
« Quand donc sera-t-il las de guerroyer ainsi? « — Ce ne sera certes pas, » dit Ganelon, « tant
que vivra Roland ; « Il n'est tel baron d'ici en Orient ; « Son compagnon Olivier est aussi plein de valeur. 5G0 « Les douze Pairs, que Charles aime tant,
« Font l'avant -garde, à la tête de vingt mille Francs.
« Charles peut être tranquille, et ne craint nul
homme vivant. » Aoi.
« Beau sire Ganelon, » dit le roi Marsile, <( Mon peuple est le plus beau qu'on puisse voir. 565 « Je puis avoir quatre cent mille chevaliers
« Pour engager la lutte avec Gharlemagne et ses
Français.
« — Ce n'est pas encore cette fois, » répond Ganelon, « que vous le vaincrez, « Et vous y perdrez des milliers de vos païens. Laissez cette folie, et tenez - vous à la sagesse : 570 « Donnez tant d'argent à l'Empereur,
Que les Français en soient tout émerveillés, ci Au prix de vingt otages que vous lui enverrez, « Le roi Charles s'en retournera en douce France « Et derrière lui laissera son arrière - garde ; 575 « Je crois bien que son neveu Roland en fera partie, Avec olivier le preux et le courtois.
« Si vous m'en voulez croire, les deux comtes sont morts.
Charles, par là, verra tomber son grand orgueil " Etn'aura plusenvie de jamais vous combattre. » Aoi.
580 « Beau sire Ganelon, » dit le roi Marsile,
« Gomment m'y prendrai-je pour tuer Roland?
« — Je saurai bien vous le dire, » répond Ganelon.
« Le roi sera aux meilleurs défdés de Cizre,
« Et derrière lui aura placé son arrière -garde. 585 « Là sera son neveu, le puissant comte Roland,
« Et Olivier, en qui il a tant de confiance ;
« Vingt mille Français y seront avec eux.
« Pour vous, seigneur, assemblez votre grande armée.
« Lancez sur eux cent mille de vos païens
« Qui engagent contre eux une première bataille ; 590 « La gent de France y sera cruellement blessée;
« Je ne dis pas que les vôtres n'y soient mis en pièces.
« Mais livrez -leur un second combat :
« Roland ne pourra se tirer de l'un et de l'autre.
« Vous aurez fait par là belle chevalerie, 595 « Et n'aurez plus de guerre en toute votre vie. » Aoi.
« Faire mourir Roland là -bas,
« Ge serait ùter à l'Empereur le bras droit de son
corps.
« Adieu les merveilleuses armées de France! « Charles désormais n'assemblerait plus de telles
forces , « Il ne porterait plus au front couronne d'or, 000 Et toute V Espagne resterait en repos, »
Quand Marsile entend Ganelon, il le baise au cou; Puis il commence à ouvrir ses trésors. Aoi.
583. Cizre. C'est, comme M. P. Ray- I qui touche à Roncevaux et qui s'appelle rnond l'a démontré, la région même I encore du nom de Cize.
Marsile alors : « Pourquoi de plus longs discours? « 11 n'est pas de bon conseiller, si l'on n'en est point sûr :
005 Jurez -moi, sans plus tarder, jurez-moi sa mort. ■ Jurez-moi que je le trouverai à V 'arrière-garde , « Et je vous promettrai en revanche , sur ma loi , - Que je l'y combattrai si je l'y trouve. » Et Ganelon : « Qu'il soit fait, » répondit-il, « selon
votre volonté! »
Et voilà que, sur les reliques de son épée Murgleis, Il jure la trahison. La forfaiture est accomplie. Aoi.
Un fauteuil d'ivoire était là;
Sous un olivier, sur un écu blanc, 010 Marsile y fait porter un livre
Où est écrite la loi de Mahomet et de Tervagan.
Le Sarrasin espagnol y jure son serment :
« Si, dans l'arrière -garde de Charlemagne, il trouve Roland ,
< Il le combattra avec toute son armée. 615 S'd le peut, Roland y mourra.
- Kl les douze Pairs sont condamnés à mort. »
Et Ganelon : « Puisse notre traité ivussir! » A.OI.
LU
Voici venir un païen du nom de Valdabrtin;
C'est lui qui, pour la chevalerie, fut le parrain du roi
Marsile :
Clair et riant, ;i dit ;'i Ganelon :
620 Prenez mon épée : aucun homme n'en a de meil leure ;
« Le pommeau et la poignée valent plus de mille
mangons ; « Je vous la donne par amitié, beau sire; b Mais aidez -nous contre Roland le baron ce Et faites que nous puissions le trouver à l'arrière-
garde. « — Ainsi sera-t-il, » répond le comte Ganelon, « Et je vous garantis que nous les combattrons, « Et je vous promets que nous les tuerons. » Tous les deux se baisent à la joue et au menton. Aoi.