Lacune comblée. Voir la noie du v
// demeure avec Olivier, avec les douze Pairs, Avec vingt mille bacheliers, tous Français de France. Que Dieu descende à leur secours, ils vont avoir
bataille.
Ganelon le sait bien, le félon, le parjure; Mais il a reçu de Vor pour ne rien dire, et n'en dit
rien. Aoi.
Hautes sont les montagnes, et ténébreuses les vallées; 815 La roche est noire, terribles sont les défilés.
Ce jour même, les Français y passèrent non sans
grande douleur :
A quinze lieues de là on entendit le bruit de leur
marche.
Mais, lorsqu'en se dirigeant vers la grande Terre, Ils virent la Gascogne , le pays de leur seigneur, 820 Alors il leur souvint de leurs fiefs et de leurs domaines , Des jeunes filles et de leurs nobles femmes, Et il n'en est pas un qui ne pleure de tendresse. Mais, entre tous, le plus angoisseux c'est Charles, Qui a laissé son neveu aux défilés d'Espagne. 825 Il est pris de douleur, et ne peut s'empêcher de pleurer. Aoi.
Les douze Pairs sont restés en Espagne : Vingt mille Français sont en leur compagnie. Ils n'ont point peur et ne craignent point la mort. Quant à L'Empereur, il s'en retourne en France. // pleure de ses yeux et tire sa barbe blanche; 830 Sous Sun manteau se cache.
A son côté chevauche le duc Naimes :
Quelle pensée vous pèse? » dit -il au Roi. — Le demander, » répondit Charles, «
faire outrage.
J'ai si grand deuil , qu'il me faut pleurer : Par Ganelon France sera détruite.
c'est me
p Cette nuit je vis, dans une vision d'ange, a Je vis Ganelon me briser ma lance entre les mains, « Ce même Ganelon qui fit mettre mon neveu à l'arrière-garde.
« Et j'ai dû laisser Roland en un pays étranger. 840 « Si je perds un tel homme, ô mon Dieu, je n'en trouverai jamais le pareil! » Aoi.
Charles le Grand ne peut s'empêcher de pleurer : Cent mille Français sont pris pour lui de grand'pitié Et d'une peur étrange pour Roland.
C'est Ganelon, c'est ce félon qui l'a trahi; 845 C'est lui qui a reçu du roi païen riches présents ; Or et argent, étoffes et vêtements de soie, Chevaux et mulets, chameaux et lions...
Et voici que Marsile mande ses barons d'Espagne, Comtes, vicomtes, ducs et aumaçours, 850 Avec les émirs et les fils de ses comtes.
Il en réunit quatre cent mille en trois jours,
Et fait sonner ses tambours dans toute la ville de
Saragosse.
Et sur le sommet de la plus haute tour on élève la
statue de Mahomet ; Pas de païen qui ne la prie et ne l'adore. 855 Puis ils chevauchent en très grande furie,
A travers toute cette terre, par vaux et par monts.
833. La statue de Mahomet. « Il lit placer ses dieux sur le rempart et leur offrit des sacrifices. » (Keiser Karl Ma- (jnus's kronike.) Il est à peine utile de relever une luis de plus l'erreur de
notre poète et de tout le moyen âge, qui regardaient les musulmans comme adorateurs d'images et polylhéistes. Rien n'est plus contraire à la vérité.
Enfin ils aperçoivent les gonfanons de ceux de France. C'est l'arrière -garde des douze Compagnons : Point ne manqueront à leur livrer bataille. Aoi.
860 Au premier rang s'avance le neveu de Marsile ,
Sur un mulet qu'il aiguillonne d'un bâton.
A son oncle il a dit bellement, en riant :
« Beau sire roi, je vous ai bien servi;
« Pour vous j'ai dû subir bien des peines, bien des douleurs ; 865 « Pour vous j'ai livré bien des batailles, et j'en ai bien gagné !
« Frapper Roland, voilà tout le fief que je vous demande.
« Oui, je le tuerai du tranchant de ma lance,
« Si Mahomet me veut aider,
« Et je délivrerai toute l'Espagne, 870 <( Depuis les défilés d'Aspre jusqu'à Durestant.
« Charles sera épuisé, les Français se rendront,
« Et plus n'aurez de guerre en toute votre vie. j>
Le roi Marsile alors lui tend le gant. Aoi.
Le neveu de Marsile tient le gant dans son poing, 875 Et très fièrement interpelle son oncle :
« C'est un grand don, beau sire roi, que vous venez
de me faire.
« Choisissez -moi donc onze de vos barons, « Et j'irai me mesurer avec les douze Pairs. » Le premier qui réponde à cet appel, c'est Fausseron, 880 Frère du roi Marsile :
870. Aspre. Il s'agit ici «lu fameux passage tics Pyrénées, par Soraport et la vallée d'Aspc.
« Beau sire neveu , nous irons , vous et moi ;
« Tous deux ensemble, nous ferons certainement
cette bataille.
« Malheur à l'arrière -garde de la grande armée de
Charlemagne !
Nous la tuerons : c'est dit. »
Aoi.
885 D'autre part est le roi Corsablin,
Il est de Barbarie ; c'est une âme perfide et mauvaise ;
Cependant il parle ici tout comme un bon vassal :
« Pour tout l'or de Dieu, je ne voudrais être lâche.
« El si je trouve Roland, je le défie et l'attaque.
« C'est moi qui suis le troisième compagnon , élisez le quatrième. »
Mais voyez-vous accourir Malprime de Brigal? 890 II court plus vite à pied que ne fait un cheval ,
Et devant Marsile s'écrie à haute voix :
(( A Roncevaux ! j'y veux aller,
<r Et si j'y trouve Roland, je le tue. » Aoi.
892. Roncevaux. « Je suis allô à Roncevaux il y a environ huit ans. J'ai parcouru tranquillement et attentivement le chemin qui sépare celle abbaye de Saint-Jean-Pied-de-Port. J'ai suivi le chemin du Val -Carlos. Partout la gorge est extrêmement resserrée. Jl est impossible que toute l'armée ail passé par ce col ; elle a dû se diviser, et , selon moi , passer par Iran, par le Val -Carlos, par la route qui domine le château Pignon , et aussi par la voie antique de la vallée d'Aspe à Somport (commune d'Urdos).
Les passages difficiles du Val -Carlos ont une longueur de dix kilomètres : dans beaucoup d'endroits, deux hommes ne peuvent passer de front. Sur l'autre route, que je n'ai pas suivie, il y avail au moyen âge deux hôpitaux : Orisson et Ueculus, Ces deux chemins partent
également de Saint-Jean-Pied-de-Port, et viennent se rejoindre, avant Roncevaux, près de l'ancienne chapelle d'Ibagneta. L'abbaye est bien déchue. Si mes souvenirs son! exacts, elle n'offre pas de vestiges d'architecture remontant au delà du xivc siècle. En 1862, elle était encore occupée par douze chanoines. La bibliothèque m'en a paru fort délaissée. On y montre une paire de souliers de velours violet, comme ayant appartenu à Turpin : ces souliers sont à la mode du temps de François Ier. On y conserve aussi une prétendue masse d'armes de Roland : c'est un boulet de bronze attaché par une chaîne à un solide manche de bois. Et voilà où est aujourd'hui tombé le souvenir de Roland! » (Mémoire manuscrit de M. P. Ravmond.)
Il y a là un émir de Balaguer, 895 Qui a le corps très beau, le visage fier et clair,
Et qui, dès qu'il est monté sur son cheval,
Est tout glorieux de porter ses armes.
Son courage est renommé;
S'il était chrétien, ce serait un vrai baron. 900 II vient devant Marsile, et, de toute sa voix :
« A Roncevaux ! » dit-il, <r j'y veux aller;
« Et si je trouve Roland, il est mort.
« C'en est fait aussi d'Olivier et des douze Pairs ;
« Et tous les Français périront dans le deuil et la honte. 905 « Quant à Gharlemagne, il est vieux, il radote :
« Il renoncera à nous faire la guerre.
« Et l'Espagne en toute liberté nous restera. »
« Le roi Marsile vingt fois lui en rend grâces. Aoi.
Il y a là un aumaçour de la terre des Maures ; 910 Dans toute la terre d'Espagne il n'est pas un tel félon.
Il vient devant Marsile, et fait sa vanterie : « À Roncevaux! » dit-il. « J'y veux mener mes gens, « Vingt mille hommes avec lances et écus. Si je trouve Roland, je lui garantis la mort; Les Français mourront dans la douleur et lahonlc, 915 « Et, tous les jours de sa vie, Gharlemagne en pleurera. D Ai M.
D'autre part est Turgis, de Torto?n :
C'est un comte, et cette ville lui appartient. Faire du mal aux chrétiens, voilà son rêve. Devant le Roi, il s'aligne avec les autres :
920 « Pas tant d'émoi, » dit-il à Marsile.
« Mahomet vaut mieux que saint Pierre de Rome ;
« Si vous le savez, l'honneur du champ est à nous.
« A Ronce vaux j'irai joindre Roland :
« Personne ne le pourra préserver de la mort.
925 « Voyez cette épée, elle est bonne, elle est longue;
« Je la mettrai devant Durendal :
« Quelle sera la victorieuse? Vous le saurez.
« Si les Français engagent la lutte, ils y mourront.
« Charles, le vieux Charles, n'en tirera que douleur et honte,
630 « Et plus jamais en tête ne portera couronne. » Aoi