CCLX1V
L'Émir lui-même a formé dix autres corps d'armée.
Dans le premier il a mis les géants de Malprouse ;
Dans le second les Huns, et dans le troisième les Hongrois ; 3255 Dans le quatrième, les gens de Baldise-la-Longue,
Et dans le cinquième, ceux de Val-Peineuse ;
Dans le sixième, ceux de Joie et de Maruse.
Dans le septième sont les Leus et les Thraces.
Les hommes d'Argoilles composent le huitième, et ceux de Clairbonne le neuvième ; 3260 Enfin les soldats barbus de Val -Fonde forment le dixième et dernier corps d'armée :
C'est une race qui fut toujours l'ennemie de Dieu.
Tel est, d'après les Chroniques de France, le dénombrement de ces trente colonnes.
Elle est grande, cette armée où tant de clairons retentissent !
Voici que les païens s'avancent, et ils ont tous l'aii de vaillants soldats... Aoi.
32G5 L'Émir, — un très riche et très puissant homme, - A fait devant lui porter le Dragon qui lui sert d'enseigne ,
Arec l'étendard de Tervagan et de Mahomet,
Et une idole d'Apollon, ce méchant dieu.
Dix Chananéens chevauchent alentour, 3270 Et s'écrient d'une voix très haute ,
€ Qui veut être préservé par nos dieux
<r Le prie et serve à genoux. »
Païens alors de baisser la tête et le menton ,
Et d'incliner leurs heaumes clairs.
3275 « Misérables ! » leur crient les Français, « voici l'heure de votre mort.
« Puissions-nous aujourd'hui vous voir honteusement vaincus !
« Que notre Dieu préserve Charlemagne,
« Et que cette bataille soit une victoire pour notre empereur ! » Aoi.
L'Emir est un homme de grand savoir; 3280 II appelle son fils et les deux rois :
« Seigneurs barons, votre place est sur le front de l'armée,
« Et c'est vous qui conduirez toutes mes colonnes ;
« Je n'en garde avec moi que trois, mais des meilleures :
« L'une composée de Turcs, l'autre d'Ormalois, 3285 « La troisième des géants de Malprouse.
« Les gens d'Occiant resteront à mes côtés,
« Et je les mettrai aux prises avec Charles et les Français.
« Si l'Empereur veut lutter avec moi,
« Il aura la tête séparée du buste :
3290 « Qu'il en soit bien certain; il n'a droit qu'à cela. » Aoi.
CGLXVII
Les deux armées sont immenses, splendides les bataillons.
Entre les combattants il n'y a ni colline, ni tertre, ni
vallée, Ni forêt, ni bois ; rien qui les puisse cacher les uns
aux autres.
C'est une vallée découverte où ils se voient à plein
les uns les autres.
3295 « A cheval, » s'écrie Baligant, « armée païenne, « A cheval, et engagez la bataille. »
C'est Amboire d'Oliferne qui porte l'enseigne des
païens ; Et ceux-ci de pousser leur cri : <r Précieuse! » Et les Français de leur répondre : « Que Dieu vous
perde aujourd'hui ! »
3300 Et de répéter cent fois d'une voix forte : «. Monjoie !
Monjoie ! »
L'Empereur fait alors sonner tous ses clairons, Et surtout l'olifant, qui les domine tous. « La gent de Charles est belle, » s'écrient les païens; Ah ! nous aurons une rude et terrible bataille! » Aoi.