‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 147 sur 194 · PROLOGUE FANTAISISTE · texte numérisé non relu

PROLOGUE FANTAISISTE

Le 9 août 1873, dans la salle de la Tour-d’Auvergne QE M. Jean Richepin offrit à la presse et aü Paris littéraire Ets une curieuse représentation composée de trois actes en

vers : Le Duel aux Lanternes, comédie de Paul Arène;

l'Etoile, drame d'André Gill et Jean Richepin: la Ronde

de Nuit, comédie d’Ernest d’Hervilly. Les trois pièces ee furent jouées avec le plus grand succès par le poète lui- EE même et une troupe de ses amis. Voir les teuilletons | dramatiques de l’époque.

(Note de l'éditeur.

Mesdames et Messieurs, c’est comme un fait exprès, Ni Rien ne marche. Tantôt nous pensions être prêts; is On avait répété; chacun savait son rôle.

Tee Celui-ci très tragique, et celui-là très drôle. | Au son du piano plaquant de doux accords

Notre premier comique a le toupet tout dtoit

HE

NOUS AUTRES GUEUX

Nous étions à notre aise, au milieu des décors, Comme un poisson dans l’eau, comme une fleur dans l’herbe.

LA

C'était charmant. C'était parfait. C’était superbe.

Tout à coup, au moment de lever le rideau, La scène nous paraît un horrible radeau Ballotté par les vents, battu par la tempête, Et nous ne savons plus où donner de la tête.

De frayeur. L’amoureux, transi, reste si froid Qu’en les touchant à peine il frappe les carafes. Le père noble fait des sourcils en paraphes

Et roule de gros yeux blancs et dépareillés.

Bref, nous hésitons tous, stupides, effrayés, Ahuris, et craignant la colique ou la crampe, Devant la formidable aurore de la rampe.

Ah! lorsqu’on se sent là pour la première fois, Près d'affronter ces yeux braqués, et sous le poids De ce silence affreux qu’il faut bien que l’on trouble, | On regarde ce gouffre en tremblant, on voit double, ee On voudrait fuir, se taire, et de plus se montrer. + On sent là comme un chat qui ne veut pas rentrer. Que faire cependant ? Il faut lever la toile.

Oh! comme on resterait volontiers sous ce voile! ne Mais le public murmure et déjà fait : Ah! Ah D Il faut se décider. Alors un brouhaha re S’élève : on crie, on court, on s’appelle, on se cherche, On embrasse un portant, on enlace une perche,

On se serre la main en tombant dans des trous,

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