‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 96 sur 194 · A COQUELIN CADET · texte numérisé non relu

A COQUELIN CADET

Qui a joué ce poème partout et ailleurs.

O vieil habit, relique orde des temps anciens, Quel Nestor des marchands d’habits sait d’où tu viens ? Quel centenaire nous contera les années

Que tu passas parmi les bardes surannées

D'une arrière-boutique, où de fades parfums S’entassent dans les plis des vêtements défunts ? Et quel Homère enfin, dénombreur de batailles, Dira les abdomens, les dos, les reins, les tailles Qui luttèrent avec ta laine, et les assauts

Que tu subis, depuis les baisers roux et chauds Du soleil qui müûrit le drap, jusqu’à l’averse Aiguisée en aiguille insensible qui perce ?

Qui sait les froids grêlons et les rayons ardents Dont sur ton cuir tanné s’ébrèchèrent les dents ?

GUEUX DE PARIS

Qui sait le nom des vents dont la farouche horde Pour se suicider s’est pendue à ta corde?

O vieil habit, relique orde des temps anciens,

Te rappellerais-tu toi-même d’où tu viens ?

À coup sûr, ce n’est pas de cette maison neuve Qui vend pour vingt-neuf francs des complets à l'épreuve, Qui par les voix de la réclame a convoqué

La basse gomme, et qui N’EST PAS au coin du quai. Non, non, vieil habit, toi dont la coupe est austère Tu n’eus pas pour berceau ce banal phalanstère Qui fait sur l’acheteur planer comme un condor Dans une écharpe rouge un grand calicot d’or. Non, tu viens du bon temps où le tailleur sincère, Tirant le fil, soignant le nœud sage qui serre, Ignorant la machine à coudre et les tramés

Laine et coton, faisait des pantalons aimés

Et lui-même cousait jusqu'aux ourlets futiles,

Et repliait sous lui ses jambes inutiles.

Ah! je voudrais les voir, nos habits nouveau-nés, Faits sur mesure en vingt-quatre heures, façonnés Sans Âme, comme on fait la cuisine à prix fixe, Eux dont l’étoffe est brève et l’affiche prolixe, Oui, je voudrais les voir souffrir ainsi que toi, Vivre en plein air au dos d’un vagabond sans toit, Avoir des entretiens avec la belle étoile,

Des souffles de l’hiver s’enfler comme une voile, Se soûler de printemps mouillé, d'été cuisant,

SAS ON ENT NT UE PAT LT OS, Se TRS SAR AL AE ŸL | aus TOR r + ul Lu Ma à A, AÉUE à C2 à 64 AU “it 2 ee ARE ’ d PR té À 2 Ÿ Lx L eee déntnesss » Donne - — Momo . ur A LL, 4 ds ss in LE 206 mur +" ve” PSS DA AR 4 LAS OM AO PE SE 2 1 OR à de, D'écth LEE, LES à te + Lie cer) 6 à L

KA UN A VE 7 Etre dE À

AR EU Et M ATEN TR VRP Atbntat ner CRT AP

EE VAE fee ru ACTES AU soi LATE PA EAN SLT IACAN TE LIU AU Ne a

Je voudrais les y voir, nos habits d’à présent, Les voir durer le temps qu’on a mis à les faire, Êt se fondre, noyés dans ce bain d’atmosphère! Car vous ne supportez ni le froid, ni le chaud, O Belle Jardinière, ô Pont-Neuf, ô Godchau!

Mais toi, sublime habit, toi, malgré tes reprises, Tes lambeaux reliés par des Gcle grises,

Tes pans déchiquetés en scie, et tes revers

Où des taches sans nom font des ordres divers, Malgré ton bras qui, pris de spleen, baïlle à l’aisselle, Malgré ta couleur vague aux tons d’eau de vaisselle, Malgré tout, tu sais vivre encore, et tu tiéns bon, Aïeul de vêtement, tissu chauve et barbon,

Cuit dans des Saharas, gelé dans des Islandes, Vétéran, éternel honneur des houppelandes! Cambronne des habits, en face du trépas,

Tu lui diras : « Je meurs, mais je ne me rends pas! »

Êt je t'ai salué, triste mais toujours digne, Sur le dos incliné d’un pêcheur à la ligne.

ei ee LA d Done, De: ai LE, 2 & eu ve: > on raies ess — ner -c où. a : ag ee ” TD és de ; 842 | LR ESS î re Fe 22 * er LÉ

GUEUX DE PARIS

Page 1